Acheter vert : comment l’extraction de l’or change de couleurs

  • Nom: Corporacion Oro Verde (Oro Verde)
  • Pays / Territoire: Colombie
  • Droit(s) de P.I.: Marques
  • Date de publication: 28 janvier 2013
  • Dernière mise à jour: 25 septembre 2015

Oro Verde, Colombie

Depuis le XVIIe siècle, des personnes d’origine africaine luttent pour vivre dans des régions éloignées, fortement boisées du Chocó, un département sur la côte occidentale de la Colombie. Connus sous le nom d’Afro Colombiens, les habitants du Chocó ont été à l’origine amenés dans la région en tant qu’esclaves pour travailler dans les mines d’or. Vivant et travaillant en petites unités familiales, ces mineurs et leurs familles étaient souvent déplacés loin de leurs domiciles, désavantagés par la société et économiquement sous estimés.

À partir de 1980, le Gouvernement colombien a lancé un certain nombre de programmes dans la région visant à encourager la communauté isolée. Un tournant a été atteint en 2000, lorsque les mineurs afro colombiens du Chocó ont uni leurs efforts avec des entrepreneurs sociaux et formé la Corporacion Oro Verde (Oro Verde), une organisation à but non lucratif.

Établie dans le Chocó, Oro Verde a modernisé l’extraction et la production d’or traditionnelles, ouvert de nouveaux canaux de commercialisation et développé la capacité sociale des habitants de la région. Marque de l’organisation à but non lucratif, photographie [Image : enregistrement de la marque auprès de l’UKIPO (Office de propriété intellectuelle du Royaume Uni)]

Établie dans le Chocó, Oro Verde a modernisé l’extraction et la production d’or traditionnelles, ouvert de nouveaux canaux de commercialisation et développé la capacité sociale des habitants de la région. En outre, l’organisation à but non lucratif a mis en œuvre des politiques environnementalement durables pleines d’imagination dans la région.

Savoirs traditionnels

Traditionnellement, les mineurs aux pratiques artisanales et à petite échelle du Chocó (y compris les municipalités de Condoto et Tadó) entreprennent un travail minier intensif, mais hautement qualifié au moyen d’outils manuels. L’extraction minière traditionnelle dans le Chocó est effectuée de plusieurs façons, l’une d’entre elles étant le lavage à la batée (ou “mazamarreo”), une technique qui est utilisée en été et emploie une batée en métal pour ramasser le gravier d’un lit de rivière. Par ailleurs, l’exploitation minière de l’extrémité des rivières (ou “zambuillidero”) est une méthode qui est utilisée pendant les étés prolongés; elle se définit comme l’extraction par un mineur des sédiments à l’embouchure de la rivière. Ces sédiments sont passés au tamis en quête d’or, qui est recueilli, pesé et vendu.

Engagés dans l’extraction minière pendant les saisons sèches et pluvieuses, les membres des petites exploitations minières artisanales du Chocó travaillent généralement dans un relatif isolement. De plus, leur travail est souvent peu performant sur le plan économique, soumis aux fluctuations des prix et repose sur des intermédiaires pour faciliter la commercialisation. En conséquence, les orpailleurs de la région sont dépourvus de pouvoir de lobbying et d’accès direct aux marchés et ont donc souvent été pris dans un cercle vicieux fait de désavantages, de dettes et de pauvreté (et sont notamment touchés par une mauvaise santé et un environnement fortement dégradé).

Les habitants du Chocó s’en sont cependant remis à sur leurs traditions minières artisanales à petite échelle et aux auspices d’Oro Verde afin d’améliorer leurs capacités socioéconomiques tout en protégeant l’environnement.

Recherche développement et partenariats

Oro Verde – ou “or vert” – a été créé par Catalina Cock Duque, une experte en politique sociale et entrepreneuse colombienne. Avant de créer Oro Verde, Mme Cock Duque a cofondé en 1997 une organisation communautaire appelée “Les Amis du Chocó” (Amichocó), une entité qui élabore des stratégies de durabilité environnementale et de commercialisation pour les Afro Colombiens dans la région (l’organisation est par la suite devenue une branche consultative d’Oro Verde).

Par le biais d’Amichocó, l’entrepreneuse sociale et ses collègues ont mené des initiatives de recherche développement (R D) incluant des contacts et des entretiens avec des membres du secteur de l’activité minière artisanale à petite échelle. Lors de ces entretiens, les mineurs du Chocó ont confirmé leur désir de préserver et de développer des pratiques minières artisanales au lieu de sous traiter l’activité minière ou de vendre leurs terres à de grandes sociétés minières.

Complétant ses expériences dans l’organisation communautaire par des études universitaires en politique et planification sociale dans une université du Royaume Uni, l’experte sociale devenue entrepreneuse sociale est retournée en Colombie et a commencé à travailler avec 12 communautés afro colombiennes à Condoto et Tadó. Peu après, Mme Cock Duque a créé Oro Verde.

En commençant par la base, l’entrepreneuse a tout d’abord travaillé sur un budget très limité et a pu compter sur la générosité et le soutien de sa famille, d’amis et de bénévoles. Au cours de ces premières phases, Mme Cock Duque a établi une stratégie de recherche développement qui incluait l’établissement d’une relation de confiance et de transparence avec les habitants du Chocó.

Par exemple, en travaillant avec des conseils communautaires (entités juridiques créées en 1993 et composées de familles ancestrales de la région) et des bureaux municipaux, l’entrepreneuse a pu remporter l’assentiment général en faveur de l’initiative Oro Verde. Une fois établie, l’organisation à but non lucratif a continué à relever d’importants défis, y compris quant à la manière d’accomplir sa principale mission : le renforcement des capacités pour les hommes et les femmes de l’activité minière artisanale à petite échelle du Chocó.

En leur qualité de propriétaires ancestraux de la région, Mme Cock Duque a assuré que la participation afro colombienne à la structure et aux aspirations de l’initiative Oro Verde était primordiale. Afin de guider l’évolution de l’organisation à but non lucratif, elle a également consulté des experts en durabilité environnementale et en entrepreneuriat communautaire.

Principalement grâce à ces collaborations, Mme Cock Duque a pu développer les capacités de décision et de gestion des travailleurs du secteur minier artisanal à petite échelle de la région, notamment en améliorant leurs techniques de négociation avec leurs partenaires, tels que les gouvernements et entreprises.

Oro Verde – ou “or vert” – a été créé par Catalina Cock Duque, une experte en politique sociale et entrepreneuse colombienne (Photo : Ute Vogel)

Un important soutien financier a été apporté à l’initiative à ce stade précoce par Both ENDS, une organisation non gouvernementale (ONG) qui soutient des programmes de protection de l’environnement et de lutte contre la pauvreté depuis son siège à Amsterdam, aux Pays Bas. Disposant de fonds garantis, Oro Verde a entamé une série d’améliorations au sein de la communauté, notamment l’élaboration de nouvelles manières de coordonner, suivre et mettre en œuvre les procédures du secteur minier artisanal à petite échelle.

Les représentants communautaires de la région ont reçu une formation en matière d’initiatives de sensibilisation pour l’organisation à but non lucratif, comme des visites aux mineurs (où les objectifs d’Oro Verde étaient expliqués) et la prestation de programmes de formation sur les méthodes de commerce et d’encadrement, y compris les pratiques comptables pour l’industrie minière aurifère.

Par ailleurs, les acteurs du secteur minier artisanal à petite échelle ont été formés dans le cadre d’ateliers (financés par Amichocó) à des techniques de création de produits à base d’or comme la joaillerie pour le marché international (malgré des débuts prometteurs, cette initiative a été abandonnée, car les clients avaient tendance à préférer l’approvisionnement en produits d’or brut de la région, plutôt qu’en produits finis).

Imperturbable face à ces premiers revers, Mme Cock Duque s’est concentrée sur ce qui est sans doute l’innovation la plus importante d’Oro Verde : améliorer la réputation et moderniser les procédures de travail des Afro Colombiens du Chocó. À cet effet, l’organisation à but non lucratif a créé de nouvelles normes internationales pour la communauté minière artisanale à petite échelle qui seraient cautionnées par des certifications. La clé de ce processus était l’idée, relativement nouvelle à l’époque, d’“exploitation minière responsable”, une exploitation minière à la recherche de métaux précieux qui se penche sur les incidences environnementales, socioéconomiques et culturelles du secteur.

En collaboration avec plusieurs partenaires, y compris Rainforest Rescue International (RRI), une organisation à but non lucratif de recherche qui œuvre pour protéger les environnements vulnérables et est sise à Galle, à Sri Lanka, Oro Verde a aidé en 2004 à mettre en place l’Alliance pour l’exploitation minière responsable (ci après dénommé “Alliance”).

Par l’intermédiaire de l’Alliance, une organisation qui élabore des pratiques minières durables d’un point de vue économique et environnemental, tout en recherchant l’équité pour les travailleurs, Oro Verde a créé un système indépendant de certification d’exploitation minière aurifère pour les mineurs afro colombiens vivant dans le Chocó.

Connu sous le nom de Programme d’or vert certifié (Certified Green Gold Programme – CGGP), le nouveau plan couvre 10 points cruciaux, élaborés en concertation avec les conseils communautaires. Certains de ces points visent à limiter la destruction écologique engendrée par l’exploitation minière; supprimer l’usage des produits chimiques dans les pratiques minières; assurer l’égalité entre les sexes; abolir le recours au travail des enfants dans les mines; et limiter l’activité minière en forêt à 10% de la surface de celle ci.

Avec le personnel d’Amichocó pour assurer un suivi et fournir une assurance qualité pour le CGGP (qui est, en outre, basé sur des normes établies par l’Organisation internationale de normalisation, une entité mondiale d’établissement de normes composée de diverses organisations de normalisation nationales), les processus de certification de l’Alliance ont remporté un soutien national et international.

L’initiative du CGGP a été acceptée par le Pacific Institute of Environmental Research (IIAP), une entité public privé qui développe la gestion durable des ressources naturelles de Quibdó, Chocó. En effet, l’IIAP a par la suite endossé le rôle de tiers certificateur pour le programme.

Le CGGP couvre 10 points essentiels, notamment des mesures garantissant que la destruction écologique provoquée par l’exploitation minière est maintenue à un minimum (Photo : Brodie Ferguson)

Le CGGP d’Oro Verde définit une piste claire et vérifiable – ou chaîne de traçabilité – à laquelle les travailleurs du secteur minier artisanal à petite échelle doivent se conformer pour être certifiés. Pour répondre aux normes de la chaîne de traçabilité, les orpailleurs de la région doivent apporter leur or (qui a été extrait conformément aux critères préétablis du CGGP) à un point de collecte local, qui est géré par le personnel de l’organisation à but non lucratif, où il est pesé et consigné.

Suite à ce processus, les membres du conseil communautaire confirment le poids de l’or (ou du platine) et paient au mineur sa valeur marchande ainsi qu’une prime de 2%. À partir de là, les membres d’Amichocó gèrent le reste de la chaîne de traçabilité, qui inclut le transport et la commercialisation du minerai jusqu’au moment où il trouve un acheteur (dont des négociants en or, des fabricants et bijoutiers internationaux).

Chaque étape de la chaîne (qui peut subir des processus à valeur ajoutée, via des microraffineries, où l’or est raffiné et mis en lots) est par ailleurs étroitement surveillée et l’or est frappé d’un numéro unique du CGGP. Ce numéro spécifique peut en outre être suivi par les clients intéressés ou les professionnels par l’intermédiaire d’une base de données gérée par Amichocó.

L’initiative d’exploitation minière responsable d’Oro Verde a non seulement amélioré les processus d’exploitation minière des Afro Colombiens, mais elle a également apporté crédibilité, transparence et légitimité à ce qui était historiquement une industrie minière artisanale à petite échelle très mal gérée. Bien que satisfaire aux normes du CGGP puisse se révéler chronophage (il faut plusieurs mois pour se conformer à ses normes strictes), environ 1400 mineurs représentant plus de 100 familles ont adhéré au plan.

Grâce à la certification, la communauté de l’activité minière artisanale à petite échelle de Chocó a pu relever ses méthodes et normes de production d’une manière vérifiable et viable – dans l’ensemble, il y a eu une augmentation de plus de 14 kg d’or (pur à 85%) et de 4 kg de platine par an. Ces orpailleurs ont également pu garantir des prix justes pour leurs marchandises, une sécurité sur leur lieu de travail et un environnement durable. Avec l’accroissement des capacités de production et d’encadrement des conseils communautaires, le rôle joué par Amichocó et l’IIAP a diminué pour devenir celui d’un entrepreneur n’intervenant que selon les besoins.

L’influence d’Oro Verde sur la métamorphose de l’industrie a, pendant ce temps, continué à s’accroître et à s’étendre. En 2012, l’on dénombrait 24 organisations locales, régionales et nationales dans quatre pays associées aux normes de certification pour une exploitation minière responsable de l’organisation à but non lucratif. La même année, 15 employés travaillaient au siège d’Oro Verde et les membres de la communauté afro colombienne ont bénéficié de pouvoirs par l’intermédiaire de représentants siégeant au conseil d’établissement de l’organisation à but non lucratif.

Gestion de marques et commercialisation

Afin d’intégrer le marché international des métaux précieux et de faire concurrence aux rivaux bien établis, Oro Verde s’est appuyée sur une réputation propre fondée sur la transparence, la qualité et l’équité. À cette fin, Oro Verde a travaillé avec ses partenaires pour veiller à ce que les produits en or et en platine de l’organisation soient distinguables et traçables jusqu’à leur origine et leurs processus de production. Biodiversa Foundation (Biodiversa), une société de marketing créée par l’organisation à but non lucratif afin de faciliter la gestion de la marque et la commercialisation, fait partie intégrante de ce processus.

Les membres du conseil communautaire confirment le poids de l’or (ou du platine) et paient à l’orpailleur sa valeur marchande ainsi qu’une prime de 2% (Photo : Enough Project)

Biodiversa (qui travaille en étroite collaboration avec Amichocó, les deux organisations partageant les mêmes bureaux) a amélioré la marque “Green Gold” (or vert) de l’organisation à but non lucratif en collaborant avec des partenaires internationaux, notamment l’Alliance et la Fair Trade Labeling Organization International (FLO), une association mondiale qui fait la promotion de l’équité dans le commerce entre les producteurs et les entreprises.

Biodiversa (qui travaille en étroite collaboration avec Amichocó, les deux organisations partageant les mêmes bureaux) a amélioré la marque “Green Gold” (or vert) de l’organisation à but non lucratif en collaborant avec des partenaires internationaux, notamment l’Alliance et la Fair Trade Labeling Organization International (FLO), une association mondiale qui fait la promotion de l’équité dans le commerce entre les producteurs et les entreprises.

En travaillant avec l’Alliance et la marque de certification Fairtrade de la FLO gérée indépendamment (qui identifie les producteurs, y compris les mineurs, répondant aux normes FLO), la société de marketing a créé un deuxième système de certification et une marque pour le secteur minier artisanal à petite échelle appelée Fairmined. Destinée à compléter la marque “Green Gold”, la norme du CGGP et le label Fairtrade, la certification Fairmined a relevé les normes de production de la communauté minière artisanale à petite échelle (par le biais de séminaires de formation pour les mineurs dispensés par la FLO) et a accru la notoriété de la marque pour Oro Verde.

Une importante part des exigences de certification consiste à veiller à ce que les produits aurifères certifiés et non certifiés des orpailleurs afro colombiens soient séparés lors des phases de traitement, de raffinage et de fabrication. La séparation est en partie assurée parce que Biodiversa ne signe des contrats qu’avec des raffineries présélectionnées et des communautés minières artisanales à petite échelle précertifiées, de manière assez distincte du processus de la chaîne de traçabilité minutieusement surveillé. Les labels et certifications Fairmined et Fairtrade, qui sont apposés simultanément sur les produits en or et en platine d’Oro Verde, ont facilité la commercialisation pour l’initiative communautaire.

Les métaux distinctement labellisés de l’organisation à but non lucratif ont été commercialisés auprès d’entreprises telles que Cred Jewelry (CRED), un fabricant d’accessoires installé dans le West Sussex, au Royaume Uni. Non seulement CRED a pu bénéficier des avantages économiques liés à l’achat de ses matières premières auprès de l’organisation à but non lucratif, mais étant l’un des membres fondateurs de l’Alliance, ce joaillier a fait la promotion de l’“exploitation minière responsable” tout en contribuant à la notoriété de la marque Oro Verde.

Le joaillier britannique a mis en place une stratégie marketing sur son site Web – intitulée CRED Sources – grâce à laquelle, il met en avant les origines de ses métaux précieux [notamment l’or jaune et l’alliage d’or blanc et platine 18 carats (K)]. En effet, depuis 2011, tous les produits de CRED (y compris les alliances, bracelets, boucles d’oreilles et autres accessoires) ont été créés avec de l’or et du platine fournis par l’intermédiaire de Biodiversa.

L’or et le platine Fairmined et Faitraded sont par la suite devenus une marque prisée, en particulier auprès des professionnels et des consommateurs désireux de connaître l’origine et l’incidence socioéconomique des produits qu’ils achètent. En outre, Biodiversa gère tous les contrats commerciaux d’Oro Verde (y compris les accords avec les raffineries) et la logistique (comme les contrats internationaux de l’organisation communautaire pour l’achat et la livraison des produits) tout en élaborant et en mettant en œuvre des stratégies d’investissement pour l’organisation à but non lucratif.

Depuis 2012, les mineurs certifiés du secteur minier artisanal à petite échelle du Chocó ont reçu un prix équitable pour leurs produits en or et en platine, qui a été calculé à un minimum de 95% du taux de la London Bullion Market Association (LBMA, une association clé de l’industrie, qui fixe quotidiennement le prix de l’or sur le marché international). En outre, les orpailleurs ont reçu une prime Fairtrade (s’élevant à 10% du montant LBMA applicable) qui est investie dans des initiatives économiques, sociales ou environnementales dans le Chocó.

La même année, Oro Verde, par le biais de Biodiversa, a commercialisé de l’or raffiné 24 carats et des lingots d’or brut et a vendu du platine à l’état brut et en poudre. L’organisation à but non lucratif a par ailleurs géré des accords de commercialisation avec plusieurs entreprises (comme S&P Trading, un joaillier installé en France) dans un certain nombre de pays, notamment le Canada, le Danemark, les Pays Bas, l’Allemagne et le Royaume Uni.

Marques

Les communautés minières certifiées doivent se conformer aux normes de l’OIT ainsi qu’à la réglementation nationale en matière de travail des enfants, notamment à l’interdiction pour toute personne de moins de 15 ans de travailler dans une mine (Photo : Adriana Gome)

L’initiative Oro Verde – ou “or vert” – a été lancée afin de recréer une marque pour le secteur minier artisanal à petite échelle en Colombie et pour commercialiser leurs produits distincts sur un marché de niche. Les fondateurs de l’organisation à but non lucratif avaient donc à cœur de protéger les droits de propriété intellectuelle dans l’intention de maintenir leur stratégie de marque libre de toute entrave. À cette fin, Mme Cock Duque et ses collègues se sont donc appuyés sur le système de la propriété intellectuelle.

Une marque pour OroVerde a en effet été enregistrée (2010) sur l’un des marchés les plus lucratifs de l’organisation, les États Unis d’Amérique, par le biais de l’Office des brevets et des marques des États Unis d’Amérique. La même année, une nouvelle demande (qui était en suspens depuis 2012) pour la marque Green Gold a été déposée sur un autre marché essentiel pour l’organisation à but non lucratif, le Royaume Uni, par le biais de l’Office de propriété intellectuelle du pays (UKIPO).

Composé d’une sphère dorée sur une vague verte avec l’inscription “Green Gold” défilant sous la vague, la marque de commerce et l’image de l’organisation à but non lucratif ont créé une marque mémorisable et distinctive pour la communauté minière artisanale à petite échelle du Chocó. La marque a par ailleurs trouvé un écho auprès des professionnels et des consommateurs du monde entier. De ce fait, Oro Verde a pu renforcer son identité auprès des consommateurs et signer des accords commerciaux lucratifs avec des clients à l’échelle internationale.

Environnement et santé publique

Malgré l’association historique de l’or avec le pouvoir et la richesse, et malgré la polyvalence de ce métal, sa recherche a parfois abouti à des résultats indésirables, tels que la dégradation de l’environnement et des conditions de vie des mineurs, y compris des travailleurs du secteur de l’activité minière artisanale à petite échelle. En 2012, l’industrie minière a déversé environ 180 millions de tonnes de déchets toxiques (y compris des métaux lourds et des produits chimiques) dans les rivières, les lacs et les océans à travers le monde (Earth Works, 2012). Ces polluants ont souvent eu des effets néfastes sur la vie humaine, animale, végétale et marine. Oro Verde est à l’avant garde des entreprises du secteur qui ont élaboré des stratégies pour arrêter ce processus. Dans le cadre de la stratégie d’exploitation minière responsable de cette organisation à but non lucratif, plusieurs mesures ont été prises pour préserver l’environnement dans les régions minières aurifères et protéger la santé (et les droits) des travailleurs, notamment des jeunes et des femmes travaillant dans les mines.

Oro Verde a veillé à ce que les méthodes d’exploitation minière traditionnelles soient maintenues et encouragées. Les travailleurs certifiés des mines artisanales à petite échelle sont formés pour mettre de côté la terre arable avant certaines activités minières et la remettre en place après l’exploitation minière afin de rétablir autant que possible l’état initial de l’environnement. Ces travailleurs sont également encouragés à s’engager dans la diversification de l’utilisation des terres, y compris dans des activités non minières telles que l’agriculture ou la pêche, type de gestion forestière connu en tant que système de “foresterie analogique”.

Les communautés minières certifiées doivent se conformer aux normes de l’OIT ainsi qu’à la réglementation nationale en matière de travail des enfants, notamment à l’interdiction pour toute personne de moins de 15 ans de travailler dans une mine (Photo : Adriana Gome)

Les mécanismes de foresterie analogique, qui visent à maintenir l’état naturel des forêts lors de l’extraction de leurs avantages économiques, font également partie intégrante de l’initiative CGGP d’Oro Verde dédiée aux mineurs des exploitations artisanales à petite échelle. En revanche, les exploitations minières modernisées utilisent généralement des produits chimiques et des pelles mécaniques à échelle industrielle qui ravagent l’environnement et entraînent de ce fait la dégradation des sols, la déforestation et les déplacements de populations (humaines et non humaines).

Le fait est que 650 à 1000 tonnes de mercure sont répandues dans le sol chaque année dans le monde, en raison des activités d’exploitation minière artisanales à petite échelle. Ces produits chimiques facilitent l’exploitation minière, mais ils dégradent les conditions de vie des travailleurs : l’exposition au mercure entraîne des troubles rénaux, digestifs et musculaires. En outre, ces polluants sont nocifs pour l’environnement, y compris pour la zone biogéographique du Chocó, zone écologiquement riche qui s’étend de la frontière nord de la Colombie avec le Panama vers le sud le long de la côte de l’océan Pacifique (cette zone importante compte plus de 10 000 espèces de plantes et 900 espèces d’oiseaux; Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques, 2002).

L’organisation à but non lucratif a, quant à elle, veillé à ce que les produits chimiques potentiellement toxiques, tels que le mercure et le cyanure utilisés, depuis longtemps par les mineurs artisanaux et industriels pour faciliter l’extraction des métaux, soient interdits dans l’exploitation minière certifiée Fairtrade/Fairmined.

En outre, Oro Verde a mis en œuvre des politiques qui renforcent les droits des travailleurs et de leur famille, y compris les droits et la santé des femmes et des jeunes. La protection des enfants, en particulier, est une question d’autant plus sensible que les pires formes de travail des enfants ont été constatées dans le secteur de l’exploitation aurifère artisanale à petite échelle (Organisation internationale du Travail, OIT, 1999).

Les communautés minières certifiées sont tenues de respecter les réglementations de l’OIT et nationales sur le travail des enfants, y compris l’interdiction pour quiconque de travailler dans une mine avant l’âge de 15 ans. La réglementation d’Oro Verde va toutefois plus loin que cette disposition de l’OIT en exigeant qu’aucun enfant (de moins de 18 ans) ne soit autorisé à travailler dans des conditions dangereuses dans une mine. En outre, selon les critères de cette organisation à but non lucratif, le travail des enfants dans le secteur minier ne doit pas remplacer l’école ni la participation à des activités sociales ou de développement physique.

L’organisation communautaire a également travaillé sur la valorisation du rôle des femmes dans l’industrie. En 2011, Oro Verde et Amichocó ont coopéré avec un certain nombre d’experts et d’organisations (notamment des cinéastes, des spécialistes de l’égalité des sexes et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, une institution spécialisée de l’Organisation des Nations Unies) dans le cadre d’études sociales et de séminaires sur le rôle des femmes dans la communauté.

Ces coopérations ont donné lieu à la création d’un film documentaire éducatif décrivant la vie d’une femme travaillant dans une mine (appelé “Mama Chocó”) et à l’élaboration d’un projet de plan de travail pour la mise en œuvre de politiques relatives à l’égalité des sexes dans le cadre des stratégies de développement de l’organisation à but non lucratif. En fin de compte, le pouvoir des hommes et les femmes de la communauté minière d’Oro Verde a été renforcé par le droit à la négociation collective

Pour mettre en œuvre ses stratégies socioéconomiques et environnementales, l’organisation à but non lucratif s’est appuyée sur deux incitations financières pour les mineurs : la prime du commerce équitable, pour les causes sociales, calculée sur la base de 10% du prix LBMA, et la prime écologique, pour les initiatives environnementales, calculée sur la base de 5% du prix LBMA.

En 2007, la communauté afro colombienne avait protégé 7900 hectares de forêt tropicale dans la région et restauré les zones qui avaient été fortement exploitées et dégradées (Photo : Luis Perez)

La prime du commerce équitable a permis aux mineurs (par le biais d’un processus démocratique au sein des conseils communautaires) d’améliorer la production par l’achat de matériel minier, de développer des projets communautaires tels que la construction de nouveaux logements pour les travailleurs, ou d’investir dans une caisse de retraite. Cette prime a également servi à améliorer la santé des familles afro colombiennes dans la région à travers des projets de santé communautaires.

La prime écologique a, quant à elle, été utilisée pour un certain nombre de programmes environnementaux, tels que l’apport de fonds permettant aux mineurs de diversifier l’utilisation des terres en développant des sources de revenus agricoles et en participant à des ateliers de formation sur la gestion des terres, notamment la plantation d’arbres.

Résultats de l’entreprise

Oro Verde a modifié les règles et élevé les normes de l’exploitation minière artisanale à petite échelle en Colombie. Cette organisation à but non lucratif a ensuite augmenté les revenus et amélioré le statut social des mineurs, tout en œuvrant en faveur de la protection de l’environnement. En conséquence, le modèle opérationnel d’Oro Verde a été applaudi sur la scène internationale.

En effet, le modèle opérationnel de l’organisation à but non lucratif a été adopté non seulement en Colombie, mais également par plusieurs pays et organisations à travers le monde. Par exemple, son programme de certification “Green Gold” a été utilisé dans un programme pilote géré par Transfair, organisation à but non lucratif qui est basée aux États Unis d’Amérique et qui coopère avec des communautés de producteurs à travers le monde.

De même, des pays du continent américain tels que la Bolivie (État plurinational de), l’Équateur et le Pérou ont intégré le programme de certification “Green Gold” dans leurs activités minières artisanales à petite échelle. En 2009, des pays d’Afrique ayant une activité d’exploitation minière artisanale à petite échelle étaient prêts à leur emboîter le pas.

Forte de son influence mondiale croissante, Oro Verde a décroché la Médaille d’or (2009) décernée par l’Initiative SEED, organisation internationale qui soutient les programmes d’entrepreneuriat à petite échelle, à vocation sociale.

En outre, depuis sa création, Oro Verde a vu ses capacités augmenter d’année en année. Entre 2005 et 2008, par exemple, l’organisation à but non lucratif a vu les ventes d’or et de platine augmenter de 355%. En 2008, Biodiversa, branche commerciale et marketing d’Oro Verde, a acheté de l’or pour une valeur d’environ 181 millions de pesos colombiens (COP, soit 102 000 dollars É. U.) à des acteurs de l’exploitation minière artisanale à petite échelle du Chocó, et en a vendu pour une valeur d’environ 174 millions de COP (98 000 dollars É. U.) à des bijoutiers. À la fin de la même année, les ventes de l’entreprise de marketing ont atteint environ 400 millions de COP (227 000 dollars É. U.).

En outre, les conseils communautaires certifiés d’Oro Verde ont géré environ 143 000 hectares de terre collective dans les municipalités de Condoto et Tadó (dont la population se chiffre à environ 30 000 personnes). En 2012, les métaux précieux de l’organisation à but non lucratif ont été vendus à un certain nombre de vendeurs au détail de bijoux dans plusieurs pays, tels que l’Australie, le Canada, la Colombie, le Danemark, la France, l’Allemagne, les Pays Bas, la Suède, la Thaïlande, le Royaume Uni et les États Unis d’Amérique.

Oro Verde et Amichocó ont coopéré avec un certain nombre d’experts et d’organisations dans le cadre d’études sociales et de séminaires sur le rôle des femmes dans la communauté. En 2012, 28% des mineurs certifiés dans la région étaient des femmes (Photo : Banque mondiale)

Le drapeau vert est levé

Lancée avec un budget serré, mais une stratégie claire pour développer les capacités d’une communauté marginalisée, Oro Verde a montré comment une initiative communautaire permet de revitaliser des populations, de tirer parti de leurs savoirs ancestraux et d’entrer dans l’économie moderne avec des produits compétitifs.

En développant les compétences et les procédures des mineurs, et en créant une marque de marché de niche soutenue par des certifications industrielles et par le système de la propriété intellectuelle, l’organisation à but non lucratif a ouvert de nouvelles voies de commercialisation, élevé les revenus et préservé l’environnement dans des régions éloignées de la Colombie.

Les travailleurs afro colombiens peuvent être fiers de leur rôle dans la protection de leurs traditions minières aurifères, l’élévation des normes de l’exploitation minière et le développement de leurs capacités socioéconomiques et de leur potentiel.