Tracer la piste technologique en Afrique de l’ouest

Nom:theSOFTtribe Limited (SOFT)
Pays / Territoire:Ghana
Droit(s) de P.I.:Droits d'auteur et droits connexes, Marques
Date de publication:14 septembre 2010
Dernière mise à jour:11 juillet 2012

Généralités


La créativité et la capacité à improviser des solutions permettent
à l’équipe theSOFTtribe de se jouer des contraintes.
(Photo : theSOFTtribe)

Herman Chinnery Hesse ne craint pas les défis. Il a renoncé à une vie confortable de concepteur de logiciel à Londres en 1990, bien décidé à prouver à des amis sceptiques ce qu’il leur avait toujours soutenu, à savoir que son pays natal, le Ghana, était un pays de cocagne pour les entrepreneurs aux idées novatrices.

Sans capital initial en dehors de ses maigres économies, sans infrastructure ni matériel autre que son vieil ordinateur, le jeune homme a compris clairement qu’il ne devait compter que sur les seules ressources à sa disposition, à savoir sa détermination et son talent pour créer des logiciels. “Je savais que je n’étais pas un génie,” dit Chinery Hesse, “mais j’avais vu moi même aux [États Unis d’Amérique] comment il était possible de créer une entreprise prospère à partir d’une bonne idée.” Et c’est ainsi qu’est née S.O.F.T. (rebaptisée ultérieurement theSOFTtribe Limited), à un moment où l’industrie ghanéenne du logiciel était inexistante.

Avec un simple progiciel qu’il avait mis au point en travaillant en indépendant au Royaume Uni, Chinery Hesse a décroché son premier contrat avec une agence de voyages ghanéenne avant même d’arriver à Accra. Le paiement lui a permis et à son partenaire, Kojo Gyakye, d’acheter un deuxième ordinateur. Lorsqu’ils ont réussi à obtenir leur premier contrat, pour mettre au point une application réseau, l’entreprise ne disposait même pas d’un réseau à elle sur lequel faire fonctionner le programme. Les jeunes entrepreneurs n’ont pas tardé à percer lorsque la multinationale Nestlé® basée en Suisse a chargé theSOFTtribe de concevoir un logiciel de gestion de la production pour ses opérations au Ghana. Chinery Hesse rit au souvenir de l’expression amusée des cadres de Nestlé lorsqu’il les a finalement laissés visiter le “siège” de theSOFTtribe, un bureau improvisé dans sa chambre chez ses parents. “Mais alors, je ne risquais plus rien” rappelle t il, “le projet était pratiquement terminé et nous les avions persuadés de nous prendre au sérieux”.

Innovation

En tant que start up africaine, theSOFTtribe a dû persuader chaque nouveau client potentiel qu’il valait mieux faire appel à elle qu’à des concurrents internationaux ayant pignon sur rue. La stratégie de l’entreprise consistait à offrir des systèmes spécifiquement conçus pour être plus fiables dans le contexte africain, et à leur apporter en plus un meilleur appui technique que ses concurrents.

Les produits theSOFTtribe ne sont pas nécessairement très complexes, mais l’entreprise se rend compte que la simplicité peut constituer un avantage au Ghana. La clé du succès de l’entreprise est son concept novateur fondamental de “tropicalisation”, qui prend en compte les caractéristiques uniques des entreprises et de l’environnement social de l’Afrique. Les systèmes de theSOFTtribe sont conçus pour répondre aux conditions les plus difficiles du monde en développement. Chinery Hesse l’explique de la façon suivante :

Convivialité : “Le processus de formation et la documentation ne peuvent pas impliquer une expérience préalable ou des compétences dans le domaine des technologies de l’information. Rendre le logiciel facile à utiliser est le premier défi, mais il est également crucial de veiller à ce qu’un personnel non qualifié puisse assurer l’entretien du système. Un système “tropicalisé” capable de fonctionner sans un administrateur qualifié de bases de données”.
Tolérance aux communications : “On ne compte qu’environ deux lignes téléphoniques pour cent personnes en Afrique. Les pays africains disposent généralement d’une bande passante Internet plus limitée que la plupart des immeubles de bureaux des États Unis d’Amérique. Les systèmes logiciels doivent donc être conçus de façon à continuer à fonctionner quand les lignes téléphoniques sont en panne. La bande passante disponible étant limitée, les systèmes doivent également être économiques, compte tenu du volume d’informations transmises.”

Tolérance à l’alimentation électrique : “Au Ghana, il est courant de subir trois pannes de courant par semaine, chacune durant souvent plus de deux heures. Dans ce contexte, un système capable de redémarrer immédiatement après une panne évitera de perdre chaque année plus de 13 jours à cause des pannes.”

Tolérance financière : “Il nous faut des systèmes à budget limité et d’un bon rapport coût efficacité. Ces systèmes doivent également être fortement modulaires pour qu’une solution à l’échelle de l’entreprise n’implique pas une installation immédiate, mais plutôt à moyen ou long terme, à mesure que les fonds nécessaires seront disponibles.”


Les cybercafés BusyInternet sont bondés jour et nuit.
TheSOFTtribe a mis au point le logiciel Limpopo pour gérer
les comptes de Busy. (Photo : BusyInternet)

La formule adaptée aux besoins locaux s’est révélée efficace. L’entreprise est parvenue à se tailler une part de marché que Chinery Hesse estime entre 60 et 70% face à la concurrence de certaines des entreprises les plus connues du monde. Pour des clients comme la Haute Commission britannique à Accra, qui utilise le paquet Akatua pour gérer les salaires de son personnel recruté localement, les raisons de choisir le produit de theSOFTtribe sont claires : “Il répond à nos besoins et un appui technique local est facile à obtenir”, déclare l’administrateur des systèmes.

Partenariats

Jusqu’au milieu des années 2000, theSOFTtribe a fourni efficacement un logiciel d’entreprise et des services de consultation au marché d’Afrique de l’Ouest sur la base de ses modèles existants. Il est cependant apparu clairement que le marché pour ses produits dans la région approchait le point de saturation. Malgré des antécédents impressionnants, Chinery Hesse et son équipe ne sont pas parvenus à décrocher des projets financés par l’État. L’entreprise n’avait pas les moyens de rivaliser avec des entreprises mondiales de logiciel ni de s’implanter sur les marchés étrangers. C’est à ce moment que la direction de l’entreprise a pensé à des partenariats avec des grandes entreprises de réputation internationale.

Cette situation a incité Chinery Hesse à engager des négociations avec Microsoft Corporation (Microsoft®) au sujet du potentiel offert par l’un des groupes de produits Microsoft comme base pour les produits de SOFTtribe. En 2006, les deux entreprises ont conclu un accord aux termes duquel SOFTtribe était autorisé à utiliser Microsoft Dynamics NAV, une plate forme logicielle permettant à aux concepteurs du logiciel d’ajouter des niveaux de fonctionnalité à la plate forme existante. L’avantage pour Chinery Hesse est que son entreprise peut à présent se concentrer sur l’optimisation de produits reposant sur les bases solides de Microsoft Dynamic NAV. Microsoft a intérêt à collaborer avec un partenaire africain bien établi. Microsoft et son homologue ghanéen entretiennent maintenant une relation formelle et collaborent étroitement pour développer les entreprises SOFTtribe en Afrique et à l’étranger.

Chinery Hesse a également établi un partenariat stratégique avec BusyInternet, principal centre de technologie de l’information et de la communication (TIC) du Ghana appartenant et exploité par des intérêts privés. BusyInternet a été créé en 2001 et a pour unique mission de fournir à la fois des services commerciaux et de développement social en offrant une pépinière de petites entreprises et de pionniers de la technologie, ainsi que des cybercafés ouverts 24 heures sur 24 et immensément populaires. Au sein d’un partenariat mutuellement bénéfique, BusyInternet utilise le logiciel theSOFTtribe, et environ 1800 visiteurs par jour utilisent les installations de BusyInternet.

Gestion de la propriété intellectuelle

Chinery Hesse est convaincu que le succès commercial de son entreprise est dû presque entièrement à la création et à la vente de ses actifs de propriété intellectuelle. La direction de l’entreprise note que le sous développement des structures de protection intellectuelle au Ghana a accru ses coûts de transaction. “Dans un pays pauvre comme le Ghana, la propriété intellectuelle est encore très peu protégée et la copie illégale de logiciel est la norme,” explique Chinery Hesse. “Engager des actions en justice contre des particuliers n’est pas rentable pour nous. Nous avons généralement protégé nos produits par des moyens technologiques, par exemple en écrivant un logiciel personnalisé difficile à copier et nécessitant l’aide de SOFTtribe pour être installé. Plus nous nous développerons, plus nous aurons besoin de structures juridiques efficaces de protection de la propriété intellectuelle”.

Le marché conclu avec Microsoft témoigne de l’importance accordée par theSOFTtribe à sa propriété intellectuelle. L’un des aspects les plus importants de ce marché est que, même si l’entreprise ghanéenne de Chinery Hesse utilise la plate forme de produits de Microsoft, elle conserve les droits de propriété intellectuelle sur tous les perfectionnements ultérieurs apportés à ces produits, ce qui encourage l’innovation et assure à theSOFTtribe un cadre pour préserver son capital intellectuel.

Création de marques

L’entreprise était connue à l’origine sous le nom de S.O.F.T., mais pour se doter d’un nom de marque plus original, elle en a changé en 2004. L’ancien nom S.O.F.T. était trop souvent confondu avec celui d’autres entreprises, produits et imitateurs, enregistrés – délibérément ou non – suivant des variantes similaires. En conservant l’élément “soft” tout en ajoutant une touche plus africaine, on a créé le logo de la marque theSOFTtribe, que l’on voit souvent dans les bureaux et les hôtels du Ghana.

Concession de licences

L’un des produits theSOFTtribe récemment mis au point et de plus en plus utilisé est son logiciel de gestion des microfinancements basé sur la plate forme Microsoft Dynamics. Inspiré de méthodes de microcrédit bien établies utilisées pour réduire la pauvreté et encourager le développement social, ce logiciel permet d’octroyer des prêts d’un faible montant pour promouvoir les entreprises au niveau communautaire. L’entreprise permet à des organismes de microfinancement de la région d’utiliser ce logiciel sous licence. Conformément à l’accord avec Microsoft, theSOFTtribe conserve les droits de propriété intellectuelle sur le logiciel et le produit des droits de licence.

Résultats commerciaux

Aujourd’hui, theSOFTtribe est numéro un sur le marché ghanéen. Ses systèmes sont notamment utilisés pour la gestion, la facturation des cybercafés, les réservations et ventes de billets d’avion, la gestion des livres de paie, des fonds de microfinancement et des plantations et le logiciel sur mesure, comme celui qui a été mis au point pour l’industrie ghanéenne du bois d’œuvre. TheSOFTtribe compte plus de 70 salariés, dont le plus grand rassemblement de rédacteurs de codes du Ghana, qui ne se consacrent pas uniquement aux demandes internes d’une seule organisation. Elle compte plus de 250 clients, dont certains aussi éminents que de grandes multinationales comme Pepsi® ou Unilever® et le géant pétrolier Total® S.A. theSOFTtribe exporte vers 11 autres pays de la région. Tout cela a été accompli sans recourir à l’emprunt, et ce n’est que depuis peu que certains groupes d’investissement s’intéressent à SOFTtribe. L’entreprise de Chinery Hesse a gagné plusieurs prix, dont le Ghana Millennium Excellence Award en 2005.

Le succès de SOFTtribe a amené Chinery Hesse à créer une autre société, Black Star Line (BSL) en 2007. BSL s’inspire d’Amazon.com® et de PayPal®, et s’efforce de donner à l’Africain moyen des opportunités de créer de la richesse.

Faire appel à la créativité et à l’ingéniosité

Fort de son expérience personnelle, Chinery Hesse est convaincu que la technologie constitue le seul moyen pour l’Afrique et d’autres régions pauvres de s’enrichir. Il soutient que le manque d’infrastructures appropriées rend ces régions moins compétitives, mais les entrepreneurs et créateurs des pays en développement peuvent obtenir des résultats remarquables dans le secteur TIC. La protection de la propriété intellectuelle démultiplie la créativité et l’ingéniosité. Comme l’a dit Chinery Hesse, “tout ce que nous sommes parvenus à réaliser… repose sur la création et la vente de notre propre propriété intellectuelle.”