Une invention australienne qui éblouit Hollywood

Nom:Jim Frazier
Pays / Territoire:Australie
Droit(s) de P.I.:Brevets
Date de publication:1 juillet 2010
Dernière mise à jour:16 septembre 2015

Généralités

Jusqu’à la fin des années 80, Jim Frazier faisaient des films sur la faune pour David Attenborough. Il était frustré par les limitations qu’imposaient les objectifs offerts à l’époque sur le marché, et décider de se confectionner le sien propre.

“La faune ne pardonne pas – on n’a pas le temps de préparer la caméra et de choisir son angle comme on le voudrait. De même, avec les petits sujets, tels qu’insectes et araignées, il est difficile de faire la mise au point à la fois sur le sujet et le fond. Je voulais que tout soit net, et j’avais besoin d’un objectif suffisamment adaptable pour me permettre de réaliser rapidement les images que je voulais”.

Les physiciens de la Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization (CSIRO) australienne me dirent que ce que je recherchais était impossible, et le conseil de l’Export Market Development Grant a refusé d’appuyer le projet, mais le caméraman Jim Frazier a décidé néanmoins de poursuivre, et c’est ainsi qu’il a inventé un nouvel objectif qui a révolutionné l’industrie internationale du film.


Systèmes optiques grand angle, à grande profondeur de champ et à mise au point de très près, présentés dans la demande de brevet PCT/AU2005/001675 (PATENTSCOPE® search)

Invention

Dans les années 80, Frazier ne cessait de reconstruire ses objectifs et, au prix de beaucoup d’efforts et de nombreux essais, a conçu un objectif à grande profondeur de champ et à simple rotation à leur extrémité. L’optique qui permet de réaliser un tel objectif est très complexe, mais Frazier a commencé à obtenir des résultats positifs.

L’objectif de Frazier présente trois caractéristiques révolutionnaires :

  • Une mise au point “une fois pour toutes” qui retient tout clairement, depuis la proximité immédiate jusqu’à l’infini;
  • Un pivot qui permet, sans que l’on ait à bouger la caméra, de tourner l’objectif dans n’importe quelle direction, y compris à 360 degrés si nécessaire; et
  • Un rotateur d’image incorporé, qui permet une rotation de l’image à l’intérieur de l’objectif sans que l’on ait à tourner la caméra.

L’objectif de Frazier offre une profondeur de champ qui permet de voir clairement à la fois ce qui se trouve à proximité immédiate et à l’infini. C’est une brillante invention, et lorsque Frazier a commencé à l’utiliser dans son travail, elle n’a pas manqué d’attirer l’attention. Personne n’avait jamais vu la clarté et la profondeur qu’il obtenait dans ses prises de vues, qui étaient uniques.

Partenariats

En 1993, Frazier a été invité à parler à la conférence sur l’imagerie Montage 93 organisée aux États Unis d’Amérique. Après l’avoir entendu, le cinéaste John Bailey et Victor Kemper, directeur de l’American Society of Cinematography, l’ont contacté pour lui faire part de l’intérêt qu’ils portaient à son objectif. Pour savoir comment l’objectif fonctionnait et comment il produisait des images d’une telle qualité, ils ont demandé à Frazier de faire une vidéo. Quelques jours plus tard, Panavision frappait à la porte de Frazier.

À ce stade, Frazier a jugé utile de faire appel à un avocat pour protéger les droits de propriété intellectuelle de son invention. Il s’est adressé à Peter Leonard, avocat international spécialiste des contrats de haute technologie de chez Gilbert et Tobin à Sydney pour défendre ses intérêts.

Au départ, Panavision a envoyé à Frazier un contrat type de trois pages, mais son avocat lui a recommandé de ne pas le signer. Peter Leonard a réécrit le contrat, et Frazier a renvoyé un document de 30 pages à Panavision. L’avocat a non seulement protégé l’invention de Frazier, mais l’a aidé à négocier un contrat faramineux avec Panavision, considéré comme le meilleur fabricant d’objectifs du monde.

Ce contrat était structuré de telle manière que Panavision ne pourrait jamais revenir et dire qu’elle connaissait déjà l’optique utilisée dans cet objectif. Les représentants de Panavision ont rencontré Frazier en terrain neutre à Hong Kong, région administrative spéciale de la République populaire de Chine, et la société a dû signer un accord de confidentialité avant de voir l’objectif. Panavision s’est vu accorder une licence pour produire et vendre l’objectif de Frazier.

Brevets

“Le marché était que Panavision ferait breveter le dispositif à ses frais, mais que je serais propriétaire du brevet”, a déclaré Frazier. Aux termes du contrat, la société cinématographique de Frazier, Mantis Wildlife Films (Mantis) perçoit un droit sur chaque objectif de Frazier que fabrique Panavision, et lorsque Panavision loue ces objectifs, elle perçoit également un pourcentage sur les tarifs de location.

Un brevet a été délivré pour l’objectif le 10 mars 1998 aux États Unis d’Amérique. Par la suite, Frazier a obtenu plusieurs brevets en Australie et dans d’autres pays pour son objectif ainsi que pour d’autres inventions similaires relatives à des systèmes optiques.

L’une des questions importantes concernant la demande de brevet déposée par Frazier aux États Unis d’Amérique est que Frazier n’a pas suivi la procédure normale, ce qui n’a pas manqué de susciter par la suite quelques problèmes critiques. Pour présenter les caractéristiques et l’originalité de son système optique et montrer en quoi il se distingue de l’état de la technique, Frazier a présenté une vidéo destiné à l’utilisateur de son objectif. Lorsque celui ci a été breveté, Panavision et Frazier ont engagé des poursuites contre Roessel Cine Photo Tech, Inc. pour violation de leur brevet. Au procès, il a été constaté que la vidéo que Frazier avait présentée avec sa demande de brevet avait été réalisée avec un objectif différent. Le tribunal a conclu que la vidéo était trompeuse pour l’examinateur du brevet, et par conséquent, le brevet a été déclaré inopposable pour raison de conduite inéquitable. Néanmoins, les brevets ne se sont pas heurtés à de tels problèmes dans les autres pays.

Résultats commerciaux

Lorsque Frazier a présenté son objectif à Panavision, la société n’a pas réussi à déterminer comment il était conçu. Mais elle a reconnu sa valeur. À plus de 1 million de dollars É. U., ce brevet aurait été l’un des plus gros jamais pris par Panavision, mais les revenus ont déjà commencé à rentrer. Presque un spot publicitaire sur deux réalisés aux États Unis d’Amérique utilise l’objectif Panavision/Frazier, et nombreux sont les réalisateurs qui n’entrent pas sur un plateau de cinéma sans un tel objectif.

Les avantages pour l’industrie cinématographique sont énormes. Indépendamment des possibilités uniques qu’offre cet objectif, il a en outre réduit considérablement les coûts de production. Ce qui prenait ordinairement trois jours à tourner n’en prend plus qu’un, car l’objectif de Frazier a permis d’éliminer la nécessité pour les équipes de tournage de monter des échafaudages savants chaque fois que le réalisateur veut un nouvel angle de prise de vues. Il suffit maintenant d’ajuster le pivot. L’Academy of Motion Picture Arts and Sciences a décerné le Prix de la prouesse technique (Technical Achievement Award) à Frazier pour ses objectifs.

L’innovation et la protection assurée par un brevet, clés de la réussite commerciale

L’exemple de Frazier montre que la créativité d’un individu, combinée à la protection qui se doit de sa propriété intellectuelle, peut déboucher sur une brillante réussite commerciale. Le partenariat avec Panavision était dans l’intérêt des deux parties, et toutes deux en ont tiré profit. Pour le monde du cinéma, cet objectif révolutionnaire a ouvert des horizons jusque là jugés inaccessibles.