Diagnostics for the Real World : Diagnostic sur place facilité

Juin 2018

Catherine Jewell, Division des communications, OMPI

Dans un monde de plus en plus interconnecté, la menace des maladies infectieuses est peut-être plus grande aujourd’hui qu’à tout autre moment de l’histoire de l’humanité.  Combattre et prévenir ces maladies représente un énorme défi, en particulier dans les régions du monde où les ressources sont rares, et seule la détection précoce permet de relever ce défi.  Un outil de diagnostic sur place révolutionnaire, mis au point par le Mme Helen Lee et son équipe chez Diagnostics for the Real World, permet aux professionnels de santé, dans les régions du monde où les ressources sont limitées, de tester les patients, d’établir un diagnostic et de les soigner en l’espace de quelques heures.  Le docteur Lee, qui a aussi créé l’Unité de développement des diagnostics de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), nous présente plus en détail cet appareil remarquable et nous fait part de son point de vue sur l’innovation et la propriété intellectuelle.

Helen Lee et le SAMBA II, un moyen simple et fiable pour détecter
les maladies infectieuses sur place dans des régions où les
ressources sont limitées.  Le SAMBA II permet aux professionnels de
santé, où qu’ils se trouvent, de soumettre les patients à des tests,
d’établir un diagnostic et de procéder aux soins en l’espace de
quelques heures (photo: avec l'aimable autorisation de l'Office
européen des brevets).

Comment êtes-vous devenue inventrice?

Je suis en fait devenue inventrice par nécessité.  Mon objectif a toujours été d’établir une technologie de diagnostic simple, précise, rapide, résistante à la chaleur et bon marché pour les régions aux ressources limitées.  À l’origine d’une invention, il y a un besoin et c’est pour répondre à ce besoin que nous inventons.  Si l’on veut réussir, il faut être capable d’essuyer des échecs jour après jour, de rebondir et de ne jamais abandonner.

Je suis aussi assez curieuse et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont jamais empêchée de faire ce que j’étais capable de faire.  Ils répondaient toujours “pourquoi pas?”.  Forte de cette liberté, j’ai toujours trouvé un moyen.

Qu’est-ce qui vous a amenée à délaisser le milieu de l’entreprise pour rejoindre le monde universitaire?

Mon mari et moi-même avons un accord entre nous.  Une fois, c’est moi qui le suis dans sa carrière professionnelle et la fois suivante, c’est à son tour de me suivre.  Quand je suis allée travailler chez Abbott Laboratories, il a quitté un très bon poste pour me suivre et quand on lui a proposé une chaire à Cambridge, je l’ai suivi.  J’ai beaucoup appris et j’ai acquis une expérience très enrichissante chez Abbot, mais le monde de l’entreprise ne m’intéressait pas à long terme.

Parlez-nous de Diagnostics for the Real World?

Nous avons créé par essaimage en 2003 la société issue de l’Unité de développement des diagnostics de l’Université de Cambridge où nous effectuions de très nombreux travaux de recherche fondamentale.  Nous continuons de développer nos activités et employons maintenant 40 personnes.  Nous sommes une société à but lucratif, mais nos profits sont plafonnés à 15% pour les pays à faible revenu et les pays à revenu moyen, et notre mot d’ordre est “bien faire, tout en faisant du bien”.  J’étais résolue à créer une société et à transposer la production et la distribution à une plus grande échelle.  Comme je le dis souvent à mon équipe, si nous nous contentons de publier quelques articles dans des revues prestigieuses et de mettre au point un prototype, nous aurons échoué.  Nous sommes heureux d’avoir obtenu une commande assez importante du Fonds mondial.  Il s’agit pour l’instant de notre commande la plus importante.  Alors, nous sommes tous à pied d’œuvre.

Que fabriquez-vous?

Nous avons mis au point un moyen simple et fiable pour détecter les maladies infectieuses sur place dans les régions où les ressources sont limitées.  Il s’articule autour du test d’amplification des acides nucléiques qui non seulement permet la détection précoce d’organismes infectieux tels que le VIH, mais aussi de contrôler l’efficacité du traitement.  Le test classique d’amplification des acides nucléiques requiert du personnel hautement qualifié et des installations de laboratoire ultramodernes pour pouvoir extraire, amplifier et détecter les acides nucléiques ciblés.  Il s’agit d’un processus complexe qui peut être très difficile de mener à bien dans les régions où les ressources sont limitées.  Nous avons entrepris de simplifier ce processus et de le rendre plus facile à utiliser et plus fiable, et nous avons réussi.  Notre appareil, le SAMBA II – nos ingénieurs aiment danser!  – est de la taille d’une machine à café et convertit la détection d’un acide nucléique en un simple signal visuel comme pour un test de grossesse : deux lignes indiquent un test positif, une ligne indique un test négatif et l’absence de ligne indique que le test n’a pas été réalisé correctement.  Cette simplification d’un processus extrêmement complexe a nécessité deux ans de recherche et a remporté le prix de l’Inventeur de l’année 2016 décerné par l’Office européen des brevets.

Le SAMBA II est environ de la taille d’une machine à café et convertit
la détection d’un acide nucléique en un simple signal visuel comme
pour un test de grossesse.  Il est livré avec des cartouches présentées
en dose unitaire (contenant quelque 180 produits chimiques et réactifs
nécessaires) qui sont simplement insérées dans la machine.  Celle-ci
fonctionne selon le principe “prélèvement de l’échantillon –
communication des résultats” – et est censée être infaillible (photo: avec
l'aimable autorisation de l'Office européen des brevets).

Le SAMBA fonctionne avec une tablette qui permet de transmettre aisément les données aux autorités sanitaires compétentes.  Il utilise aussi du papier qui résiste longtemps à l’action de la chaleur pour imprimer, si besoin est.  Cela nous a pris près de 10 ans pour développer non seulement la chimie mais aussi les machines de notre appareil le plus récent, plus simple d’utilisation, le SAMBA II.  Le test SAMBA vient avec des cartouches présentées en dose unitaire (contenant quelque 180 produits chimiques et réactifs nécessaires) qui sont simplement insérées dans la machine.  Les cartouches ont une forme particulière et, comme les pièces de LEGO, elles ne peuvent être insérées que d’une seule manière, la bonne.  SAMBA fonctionne selon le principe “prélèvement de l’échantillon – communication des résultats” – et est censé être infaillible.

Prenant comme point de départ les réalités des régions où les ressources sont limitées, nous nous sommes vraiment efforcés de faire en sorte que tous les éléments de l’instrument soient robustes, stables et résistants à la chaleur.  Le SAMBA II peut fonctionner par des températures pouvant aller jusqu’à 38 °C.  Nous avons en outre inventé un processus permettant de stabiliser les enzymes labiles afin de nous assurer que nos réactifs résistent à des températures élevées pouvant aller jusqu’à 37 °C pendant environ neuf mois.  Pour ce faire, nous avons employé une méthode inhabituelle : nous avons éliminé certains produits chimiques standards.  Nous nous sommes notamment débarrassés d’une substance produisant du cyanure, ce qui s’est révélé être un avantage énorme du point de vue de l’environnement et de l’élimination des déchets.

La trousse de diagnostic contient tout ce qui est nécessaire pour prélever un échantillon, même des gants.  Le prélèvement et l’extraction de l’échantillon peuvent être comparés aux roues d’une voiture : sans prélèvement ou extraction, vous n’allez nulle part.  Je suis convaincue que ces deux éléments sont les clés de la détection précoce et du traitement des maladies infectieuses.  Nous sommes heureux que le SAMBA soit maintenant utilisé dans des hôpitaux régionaux et hôpitaux de proximité ainsi que dans des centres de soins au Malawi, en Ouganda, en République centrafricaine et au Zimbabwe.  Nous procédons actuellement à des essais sur place au Cameroun et au Nigéria, et d’autres auront lieu prochainement en République-Unie de Tanzanie.

Qu’est-ce qui distingue le SAMBA II?

Dès le départ, nous avions à l’esprit les réalités des régions où les ressources sont limitées et avons pu corriger nos erreurs aux premières étapes du processus de mise au point grâce au concours financier d’organisations telles que le Wellcome Trust, le National Institutes of Health (NIH), la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) et, plus récemment, UNITAID.  La plupart des outils de diagnostic disponibles aujourd’hui sont faits pour les marchés occidentaux et ne peuvent être adaptés facilement aux centres de soins dans les régions où les ressources sont limitées et les coupures d’électricité quotidiennes.  Le SAMBA dispose d’une alimentation électrique auxiliaire qui se déclenche automatiquement en cas de besoin.  Le test peut donc être effectué même en cas de coupure de courant.

photo: avec l'aimable autorisation de l'Office européen des brevets

À notre grande surprise, notre plus gros problème imprévu a été la poussière.  Lorsque vous amplifiez les acides nucléiques par la chimie, vous avez besoin que l’air circule pour refroidir l’appareil.  Cela signifie qu’il y a de la poussière partout.  Nous avons surmonté le problème en redessinant le porte-filtre et en faisant en sorte qu’il soit plus facile à enlever.  Nous utilisons maintenant un filtre à air lavable.

Nous sommes convaincus que le test de dépistage du VIH réalisé avec le SAMBA II change véritablement la donne.  En effet, étant adapté à des échantillons de sang entier, il élimine la nécessité pour les phlébotomistes de prélever des échantillons et d’utiliser une centrifugeuse pour la préparation de plasma.  Il n’est en effet pas facile de s’en procurer dans les régions reculées.  Le SAMBA II n’a besoin que d’une gouttelette de sang obtenue en piquant le bout du doigt.  Cette gouttelette est ensuite placée dans un flacon et insérée dans la machine qui détectera alors la présence (ou l’absence) d’infection.   

Le SAMBA II peut-il être utilisé ailleurs?

Oui, il existe de nombreuses possibilités d’utilisation, dans les maisons de retraite pour détecter la grippe et prévenir sa propagation, dans les aéroports pour tester les fruits en quarantaine et dans les exploitations agricoles pour le dépistage de la tuberculose bovine.  C’est un nouvel outil qui laisse entrevoir de nouvelles utilisations et, si tout va bien, de nouveaux marchés.

Quel est le rôle de la propriété intellectuelle dans votre société?

Je crois fermement dans l’importance de la protection par brevet et, pour une petite société comme la nôtre, nous avons énormément investi dans la propriété intellectuelle.  Nous détenons 17 familles de brevets, toutes ayant trait aux diagnostics, et avons enregistré SAMBA en tant que marque.  Nous protégeons aussi nos technologies en déposant des demandes internationales selon le Traité de coopération en matière de brevets.  Ce système nous permet de différer le paiement des coûts de dépôt de demandes à l’étranger et peut fournir de précieuses informations sur la brevetabilité de nos inventions dans ces pays.  Les droits de propriété intellectuelle nous aident à nous défendre contre les utilisations non autorisées et nous donnent la liberté d’exploitation.  C’est tout ce qui compte.  Une grande entreprise a tenté il y a peu de révoquer l’un des brevets clés de SAMBA portant sur une méthode inventive mais simple d’extraction d’échantillons visant à amplifier les acides nucléiques sans production de cyanure qui est un sous-produit courant des méthodes d’extraction classiques.  Heureusement, cette tentative a échoué;  la validité de notre brevet a été confirmée, après qu’une modification mineure y ait été apportée, bien que la justice doive encore statuer sur un recours en appel de cette décision déposé par la grande entreprise.  Je me dis que nous devons avoir fait une découverte importante s’ils nous suivent à la trace et tentent de faire invalider notre brevet.

Maintenant que nous avons obtenu l’approbation réglementaire et notre première grosse commande, je suis déterminée à rentabiliser la société.  Ce n’est qu’à partir de-là que nous pourrons assurer la viabilité de notre entreprise.  Nous sommes résolus à développer nos activités, à maintenir la qualité de nos produits et à dégager suffisamment de revenus (grâce à nos droits de propriété intellectuelle) pour continuer à améliorer notre technologie et à mettre au point de nouvelles applications.  C’est vraiment passionnant, et épuisant!

Quel est l’impact du SAMBA?

Je me suis rendue récemment dans un petit dispensaire au Kenya et j’ai été très touchée d’apprendre que grâce à l’utilisation de notre SAMBA II pour le dépistage précoce chez le nourrisson, pour la première fois, les médecins avaient pu soumettre un bébé à un test sur place et le soigner sans attendre des semaines ou des mois pour avoir les résultats.  Les tests centralisés sont incertains en raison des problèmes de transport et de communication et de la difficulté de faire revenir les patients.  Le fait de pouvoir tester les patients et les soigner immédiatement peut améliorer considérablement les résultats en matière de santé, et avec le test SAMBA, les médecins peuvent aussi montrer à leurs patients grâce au signal visuel que leur traitement fonctionne, ce qui les incite à le poursuivre.

Que voudriez-vous avoir accompli d’ici 10 ans?

Nous cherchons à voir où le SAMBA peut avoir le plus fort impact, à la fois en tant que société et sur le plan de l’amélioration des résultats en matière de santé.  Notre objectif est de diagnostiquer et de soigner des millions de personnes au cours de la prochaine décennie.  J’aimerais vraiment que nos appareils simples et efficaces soient utilisés partout, mais nous devons faire preuve d’intelligence et de stratégie à mesure que nous allons de l’avant.  Nous nous amusons beaucoup et j’attends avec impatience de voir jusqu’où nous pouvons aller.

Que peuvent faire les gouvernements pour aider les petites entreprises à utiliser la propriété intellectuelle?

J’aimerais qu’un fonds soit créé pour aider les petites entreprises à défendre leurs droits de propriété intellectuelle pendant la fameuse “vallée de la mort”, c’est-à-dire le moment où la technologie a été mise au point mais où les entreprises n’arrivent pas à trouver les fonds dont elles ont besoin pour se développer et commercialiser leurs produits.  Toute entreprise bénéficiant du fonds accepterait, en contrepartie, de verser un pourcentage des recettes tirées des ventes ou des licences futures.  De cette façon, le fonds se perpétuerait naturellement.  Si un tel fonds avait existé, nous aurions été en mesure de poursuivre un acteur important dans le domaine des diagnostics pour atteinte à un de nos brevets essentiels.  Tant que toutes les entreprises ne pourront pas protéger leurs droits de propriété intellectuelle, le système restera déséquilibré.  Nous pouvons certes bénéficier de la liberté d’exploitation, mais les actions en contrefaçon non contestées nuisent à la rentabilité économique potentielle des petites entreprises.  C’est fondamentalement injuste et il convient d’y remédier.

Le SAMBA II peut changer la donne, car il élimine la nécessité pour les phlébotomistes de prélever des échantillons de sang et il n’y a pas besoin d’utiliser une centrifugeuse pour préparer du plasma.  Il n’est en effet pas facile de se procurer des échantillons de sang et une centrifugeuse dans les régions où les ressources sont limitées (photo: Jake Lyell / Alamy Stock Photo).

Comment expliquez-vous la moindre présence des femmes dans le domaine de l’innovation?

L’innovation et les brevets ne sont pas en cause.  Les femmes sont bien entendu tout aussi capables d’expérimentation que les hommes et elles ont un penchant naturel pour l’invention.  La faible représentation des femmes en matière d’innovation est un problème qui se situe en amont.  Il n’y a tout simplement pas assez de femmes à des postes de direction.  Bien qu’il y ait beaucoup de femmes formidables, il peut être difficile pour elles de poursuivre leur carrière quand elles sont en âge de procréer.  Sans un environnement de travail flexible, les femmes ne pourront pas concilier aisément vie familiale et vie professionnelle, c'est impossible.  C’est pourquoi il est si important que les employeurs offrent des formes d’organisation du travail plus modulables et que nos services sociaux proposent des services de garde d’enfants à la fois abordables et de qualité.  Le mouvement de libération des femmes n’est pas en cause;  il s’agit de capter les talents des femmes et de faire en sorte que la société en bénéficie.

En tant que membre du jury du Prix des Inventeurs 2018 de l’Office européen des brevets, je suis très heureuse de voir que le prix a été décerné cette année à un nombre record de lauréates.  Cela prouve véritablement que les inventrices ont fait preuve d’excellence dans leurs réalisations.

En quoi l’innovation est-elle importante?

L’innovation est d’une importance cruciale car elle améliore nos vies à de multiples points de vue.  Si elle est exploitée correctement, elle peut éradiquer les inégalités entre les sexes, les nations et les peuples.  Et on peut se faire plaisir.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes?

Ma mère me disait toujours “Si tu veux vraiment faire quelque chose et si ce que tu veux en vaut vraiment la peine, rien ni personne ne pourra t’en empêcher.”

Quelle est votre plus grande source d’inspiration?

Ma mère, bien sûr, et une certaine Mme Rosemary Biggs, qui m’ont dit quelque chose de très simple : “Helen, sois utile.”  Je ne l’ai jamais oublié et j’aime être utile.

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