Premier concours international d’inventions brevetées en Amérique latine

Juin 2019

Constanza Zülch et Francisco Carrasco, Division des communications, Institut national de la propriété industrielle (Chili)

En septembre 2018, PROSUR, organisation régionale chargée de stimuler la coopération dans le domaine de la propriété industrielle, a organisé son premier concours d’inventions brevetées, avec l’appui de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). L’objectif du concours était de promouvoir l’innovation et d’encourager une utilisation accrue du système de la propriété intellectuelle en général, et du système des brevets en particulier, en Amérique latine.

Le premier prix du concours a été décerné à une équipe de chercheurs de l’Institut national de technologie agricole de l’Argentine pour ses travaux dans la lutte contre les effets néfastes du rotavirus, grâce à l’utilisation de nano-anticorps provenant de camélidés tels que les lamas et les alpagas. (photo: avec l’aimable autorisation de l’INTA (Argentine).

“Le concours nous a permis de mieux faire connaître le rôle que les brevets peuvent jouer pour stimuler l’innovation, améliorer la compétitivité de la région et pour alimenter sa croissance économique”, a déclaré le président par intérim de PROSUR, Harry Peralta López.

“Chaque année, plus de 50 000 demandes de brevet sont déposées en Amérique latine. Nous avons organisé ce concours dans le but d’encourager une utilisation accrue du système des brevets et, bien entendu, de démontrer la capacité de la région de mettre au point des inventions révolutionnaires et présentant un intérêt commercial.”

À propos de PROSUR

En 2009, plusieurs pays d’Amérique latine ont uni leurs efforts en vue de créer PROSUR, entité chargée de stimuler la coopération dans le domaine de la propriété industrielle (notamment concernant les brevets, les marques, les dessins et modèles et les indications géographiques) au sein de la région. Outre le fait d’encourager une collaboration plus étroite entre les offices de propriété intellectuelle de ses membres, PROSUR joue un rôle clé la promotion du transfert de connaissances et de l’esprit d’entreprise au service du développement social et économique de la région.

PROSUR se compose des membres suivants : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Équateur, El Salvador, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, République dominicaine et Uruguay.

Déroulement du concours

L’appel à candidatures pour participer au concours était ouvert aux 13 pays membres de PROSUR (voir l’encadré). À l’issue d’un processus de sélection rigoureux, 23 candidats, dont 11 avaient déposé des demandes en vertu du Traité de coopération en matière de brevets de l’OMPI, ont été retenus. Il était demandé aux candidats de justifier d’une invention protégée par un brevet ou un modèle d’utilité délivré dans les cinq années précédant le lancement du concours.

Le dispositif Odón, inventé par le technicien argentin Jorge Ernesto Odón,
consiste à insérer dans le canal utérin un manchon en plastique entourant
la tête du bébé. De l’air est insufflé dans le manchon pour gonfler une
cellule en plastique qui agrippe doucement la tête du bébé afin de l’extraire
en toute sécurité sans l’étouffer. (photo: avec l’aimable autorisation de l’INTA (Argentine).

“Le concours a été créé non seulement pour témoigner une reconnaissance particulière aux innovateurs d’Amérique latine, mais également pour encourager l’innovation et la créativité, qui sont essentielles pour le développement de l’ensemble de la région”, a fait observer M. Peralta López.

Les candidatures ont été évaluées par un jury composé d’experts de la Fédération internationale des associations d’inventeurs, de l’Institut Max Planck, de la Banque interaméricaine de développement et de la revue Marca Sur.

Les lauréats

Les lauréats, qui ont été annoncés en janvier 2019, sont issus de l’Argentine, du Chili et du Pérou. Le concours a mis aux prises certaines des meilleures inventions brevetées de la région. Toutes les inventions retenues pour la sélection finale ont été évaluées selon les critères suivants : potentiel de générer des avantages sociaux et économiques ; impact environnemental ; nombre de pays dans lesquels elles étaient protégées et promotion des femmes.

Le premier prix a été attribué à une équipe de chercheurs de l’Institut national de technologie agricole de l’Argentine pour ses travaux dans la lutte contre les effets néfastes du rotavirus, un agent pathogène qui tue plus de 550 000 enfants dans le monde chaque année.

Les juges ont distingué l’équipe formée par Thomas Surrey, Aurelien Olichon, Silvia Sebastián Gómez, José Ángel Martínez Escribano, Andrés Wigdorovitz, Lorena Laura Garaicoeachea, Gisela Ariana Marcoppido et Gladys Viviana Parreño en raison du rôle essentiel que leurs travaux pouvaient jouer dans l’amélioration du bien-être des enfants en Amérique latine et dans le monde.

Cette initiative avait pris naissance en 2011, lorsque les chercheurs avaient commencé à travailler à une solution pour neutraliser les différentes variantes du rotavirus en utilisant des nano-anticorps provenant de camélidés tels que les lamas, alpagas et autres vigognes, particulièrement répandus en Argentine. L’un des objectifs de l’équipe était de fabriquer des produits laitiers contenant ces anticorps afin de protéger les enfants de moins de cinq ans contre la diarrhée.

“Cette invention apporte une contribution importante à la société et vaut à l’Institut national de technologie agricole une reconnaissance internationale qui confirme la qualité de sa recherche et lui offre la possibilité de convertir ses innovations en produits utiles”, a déclaré Juan Balbín, président de l’Institut.

L’équipe a remporté le trophée OMPI de la propriété intellectuelle pour les entreprises et la possibilité pour l’un de ses membres de présenter ses travaux lors de l’édition 2019 du Salon international des inventions de Genève. L’équipe a ainsi profité d’une occasion unique de présenter ses travaux, de rencontrer d’autres inventeurs ainsi que des investisseurs potentiels et d’élargir son réseau.

Des chercheurs chiliens de l’Université pontificale catholique sont arrivés à égalité à la troisième place grâce au vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS) qu’ils ont élaboré. Ce virus est la cause la plus courante de bronchite et de pneumonie chez les nourrissons. (photo: avec l’aimable autorisation de l’INPI, Chili).

Une invention visant à améliorer les conditions d’accouchement à la deuxième place

Le technicien argentin Jorge Ernesto Odón a remporté le deuxième prix pour son appareil d’aide à l’accouchement peu onéreux qui garantit une meilleure sécurité à la mère et à l’enfant, en particulier en cas de travail et de couches difficiles. Cet appareil ne nécessite pas de compétences médicales particulières, ce qui en fait une cette solution idéale pour les lieux où l’accès aux professionnels de santé est limité. L’inventeur ambitionne de faire de son innovation un substitut de premier plan aux méthodes conventionnelles d’aide à l’accouchement.

“Le fait que le mérite de nos inventeurs soit reconnu et que deux brevets argentins aient été distingués est une source de fierté pour notre pays. Ces récompenses témoignent de la capacité créatrice des Argentins et soulignent le rôle de l’innovation et de la propriété intellectuelle dans le développement économique du pays”, a observé Damaso Pardo, président de l’INPI, l’office argentin de la propriété intellectuelle.

Le Chili et le Pérou à égalité à la troisième place

Deux inventions ont occupé la troisième place, l’une provenant du Chili et l’autre du Pérou. L’invention chilienne, élaborée par des chercheurs de l’Université pontificale catholique, est un vaccin visant à protéger les enfants notamment contre le virus respiratoire syncytial (VRS), la cause la plus courante de bronchite et de pneumonie chez les nourrissons. Leur invention, l’une des premières destinées à lutter contre ce virus, devrait avoir un impact direct sur la santé infantile.

Le vaccin a passé la première phase d’essais et les chercheurs, Alexis Kalergis Parra, Pablo González Muñoz et Susan Bueno Ramírez, sont désormais en quête de nouvelles sources de financement en vue de le commercialiser et de poursuivre leurs recherches.

L’inventeur péruvien Rodrigo Coquis Sánchez-Concha est arrivé à égalité à la troisième place grâce à son invention, qui réduit la consommation ainsi que les émissions de monoxyde de carbone et de fumées. (photo: avec l’aimable autorisation de l’INPI (Pérou)).

“En tant qu’enseignants de l’Université pontificale catholique et chercheurs, nous sommes très fiers que nos travaux scientifiques soient reconnus à l’échelle internationale grâce à PROSUR. Il est particulièrement gratifiant de voir ainsi le Chili classé parmi les trois pays les plus innovants, à même de transformer la recherche et les connaissances scientifiques en technologies utiles à la société”, a déclaré le professeur Kalergis.

L’invention péruvienne, qui a été mise au point par Rodrigo Coquis Sánchez-Concha et qui pourrait être largement exploitée dans l’industrie automobile, élimine les bactéries des combustibles fossiles pour empêcher la défaillance des injecteurs et des pompes à carburant. Une fois installé dans le réservoir, l’appareil permet de réduire la consommation ainsi que les émissions de monoxyde de carbone et de fumées.

“Cet appareil nouveau et novateur est décliné en quatre versions pouvant être installées sur les motos, les véhicules légers et les tracteurs, ainsi que dans les réservoirs de carburant dans les mines et sur les bateaux”, a déclaré l’inventeur lauréat, Rodrigo Coquis.

Reconnaissance des inventrices

Cette première édition du concours PROSUR prévoyait un prix spécial dédié aux inventrices. Ce prix visait à récompenser des femmes admirables ayant contribué à la création de savoir grâce à leurs innovations technologiques et qui sont une source d’inspiration pour les nouvelles générations de chercheuses et d’inventrices.

Le prix a été décerné aux quatre femmes de l’équipe argentine ayant remporté le premier prix, à savoir Lorena Laura Garaicoechea, Gisela Ariana Marcoppido, Gladys Viviana Parreño et Silvia Gómez-Sebastián.

La secrétaire à la promotion, à la protection et au progrès technologiques de l’Office argentin de la propriété intellectuelle (INPI), Graciela Guzmán, a salué leur réalisation. “Je souhaiterais féliciter les chercheuses de cette équipe, qui ont remporté le prix des inventrices, et qui comptent parmi les nombreuses professionnelles et entrepreneuses qui contribuent jour après jour au développement économique de notre pays. Elles nous rappellent que nous avons l’immense responsabilité de poursuivre nos efforts pour rendre la société et les marchés plus égalitaires et plus inclusifs.”

L’OMPI a remis un certificat de mérite à tous les lauréats. Ces certificats ont été décernés lors de cérémonies distinctes en Argentine, au Chili et au Pérou, en mars 2019.

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