Francis Gurry a dirigé l’OMPI en qualité de Directeur général du 1er octobre 2008 au 30 septembre 2020.

Indice mondial de l’innovation 2015 : politiques d’innovation efficaces aux fins du développement

Septembre 2015

Catherine Jewell, Division des communications de l’OMPI et Sacha Wunsch-Vincent, Division de l’économie et des statistiques de l’OMPI

Les pays développés reconnaissent depuis longtemps les avantages majeurs que présentent l’investissement dans les infrastructures et le renforcement des capacités dans le but d’innover. L’Indice mondial de l’innovation de cette année, qui donne une vue d’ensemble de l’innovation dans le monde entier, montre que les économies à revenu intermédiaire et à faible revenu axent également leurs efforts sur le renforcement de leurs capacités aux fins de promouvoir la croissance fondée sur l’innovation.

L’Indice mondial de l’innovation, aujourd’hui à sa huitième édition, rend compte des résultats de 141 pays en matière d’innovation en fonction d’un grand nombre d’indicateurs qui mesurent les moyens dont disposent les pays en matière d’innovation, notamment ce qu’ils font pour renforcer leurs écosystèmes d’innovation, et les résultats obtenus en matière d’innovation, notamment leur performance et leurs résultats dans ce domaine.  Si l’Indice mondial de l’innovation établit un classement évaluant les résultats en la matière dans les pays étudiés, il vise avant tout à donner une idée de la situation, à recenser les bonnes pratiques et à apporter un appui pratique aux décideurs et aux cadres d’entreprises dans les initiatives qu’ils mettent en place.

L’édition de 2015 de l’Indice mondial de l’innovation est axée sur le thème “Politiques d’innovation efficaces au service du développement” et aborde les nouvelles façons dont les décideurs des pays émergents pourraient tirer profit de leur potentiel d’innovation et stimuler la croissance économique.

“L’innovation est riche de promesses en termes de croissance économique pour les pays à tous les stades de développement.  Toutefois, ces promesses ne se concrétisent pas automatiquement”, a déclaré M. Francis Gurry, Directeur général de l’OMPI.  “Chaque nation doit trouver la juste combinaison de politiques pour mobiliser le potentiel novateur et créateur inhérent à son économie”, a-t-il ajouté.

“L’innovation est un jeu à long terme qui demande de la persévérance”, a poursuivi M. Gurry, en soulignant le processus “périlleux” et “complexe” associé à la traduction d’une idée en un produit commercialisé avec succès.  “Pour de nombreux pays en développement, il s’agit là d’un enjeu capital”, a-t-il déclaré lors du lancement à Londres de l’édition de 2015 de l’Indice mondial de l’innovation, en faisant remarquer que les décideurs pourraient tirer des leçons intéressantes de ce rapport afin d’améliorer leur performance en matière d’innovation.

Classements

Selon l’édition 2015 de l’Indice mondial de l’innovation, la Suisse, le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas et les États-Unis d’Amérique sont les nations les plus innovantes au monde.  Ces pays partagent des écosystèmes d’innovation entièrement intégrés dans lesquels l’investissement en capital humain associé à une infrastructure solide favorise un haut niveau de créativité.

L’Indice mondial de l’innovation montre également que le groupe des 25 premiers, tous des pays à revenu élevé, a peu changé hormis quelques exceptions, ce qui atteste de la difficulté de faire sa place parmi les plus performants.  La République tchèque (classée en vingt-quatrième position) est montée sur le podium des 25 premiers, tandis que l’Irlande (classée huitième) a rejoint les 10 pays les plus performants de l’année.

Les pays chefs de file dans leurs régions respectives sont le Chili, l’Inde, Israël, Maurice et Singapour.

Who is leading innovation?
Qui sont les chefs de file de l’innovation? PDF, GII 2015, Qui sont les chefs de file de l’innovation?
In a perfect world for innovation, who would do what?
Dans un monde parfait en matière d’innovation, qui ferait quoi? PDF, GII 2015, In a perfect world for innovation, who would do what?

Questions relatives à la qualité

Les meilleurs innovateurs partagent également une grande capacité d’innovation en matière de qualité.  Dans ce domaine, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique sont largement en tête et ce essentiellement en raison de leurs universités de toute première qualité, suivis du Japon, de l’Allemagne et de la Suisse.  Parmi les pays à revenu intermédiaire, ce sont la Chine, le Brésil et l’Inde qui obtiennent les meilleurs résultats, la Chine se détachant largement du peloton.

Les universités constituent d’excellents pôles d’attraction de talents.  “Les universités sont des sources de connaissances et d’expertises essentielles pour les entreprises.  Elles nous fournissent la main-d’œuvre hautement qualifiée requise pour promouvoir l’innovation”, a déclaré la baronne Neville-Rolfe, secrétaire d’État et ministre chargée de la propriété intellectuelle du Royaume-Uni.

Selon elle, “les progrès accomplis par le Royaume-Uni au cours des cinq dernières années rendent compte de la croissance constante de l’économie de ce pays et du lien existant avec une infrastructure efficace en matière d’innovation, et bien entendu, avec les universités”.  Selon l’Indice mondial de l’innovation, le Royaume-Uni est passé de dixième position en 2011 en deuxième position en 2015.

“L’innovation est le principal facteur de croissance mondiale et de prospérité économique”, a poursuivi la baronne Neville-Rolfe, précisant qu’il s’agissait d’un élément déterminant pour la reprise économique du Royaume-Uni.  “L’innovation”, a-t-elle expliqué, “soutient notre compétitivité et nous aide à attirer de nouveaux clients et à nous emparer des nouveaux marchés dont nous avons besoin à long terme.”

Des lacunes technologiques qui se comblent progressivement

Si des écarts persistent en matière d’innovation entre pays en développement et pays développés, les fossés technologiques tendent progressivement à se combler, et un grand nombre de programmes d’innovation nationaux sont mis en place, notamment dans les pays émergents.  L’Indice mondial de l’innovation de 2015 montre qu’un groupe croissant de ces pays, dont la Chine, l’Inde, la Jordanie, le Kenya, la Malaisie, l’Ouganda et le Viet Nam, font mieux que les autres pays de même statut économique dans le domaine de l’innovation.

Facteurs de succès

Axée sur le thème des politiques d’innovation efficaces au service du développement, l’édition 2015 de l’Indice mondial de l’innovation s’intéresse à la question de savoir s’il est possible d’adapter les types de politiques mises en œuvre en matière d’innovation dans les pays à revenu élevé aux pays émergents et à faible revenu.

Les politiques d’innovation efficaces dans les pays à revenu élevé mettent l’accent sur l’amélioration des conditions en vue de faciliter l’innovation, par exemple, en créant un environnement commercial propice et en facilitant l’accès aux financements.  Ces politiques sont axées sur un fort capital en ressources humaines et en pôles de recherche et elles visent également à garantir que tous les acteurs de l’écosystème d’innovation soient étroitement liés.  Elles englobent également un appui direct fourni aux entreprises, à la recherche-développement et à l’innovation par le biais de subventions et de crédits d’impôts.

Néanmoins, il ne suffit pas d’assurer la migration des politiques mises en œuvre en matière d’innovation par les pays à revenu élevé vers les pays émergents.  L’Indice mondial de l’innovation de 2015 souligne la nécessité d’élaborer des politiques adaptées au contexte qui tiennent compte de la différence et de la variété des trajectoires des divers pays.

Dans les pays émergents, le paysage de l’innovation est entièrement différent et se caractérise bien souvent par la pauvreté de l’infrastructure, la faiblesse des produits, des marchés de capitaux et de main-d’œuvre, par le sous-développement des systèmes éducatifs, par des lacunes en matière de réglementation et par l’intensité des inégalités.  Il n’en demeure pas moins qu’un nombre croissant de pays en développement progressent fortement et deviennent mieux équipés pour affronter ces enjeux et établir des écosystèmes d’innovation nationaux plus efficaces, ce qui est le cas notamment de la Chine, l’Inde, la Jordanie, le Kenya, la Malaisie, l’Ouganda et le Viet Nam.

Les enseignements à tirer

Si les politiques mises en œuvre par les bons élèves des pays émergents en matière d’innovation varient d’un pays à l’autre, elles présentent néanmoins des caractéristiques communes qui permettent de tirer quelques précieux enseignements.

Tout d’abord, ces pays accordent une importance stratégique à l’innovation.  Les gouvernements ont un rôle majeur à jouer car ils doivent garantir que l’innovation figure parmi les priorités élevées de leurs travaux politiques.  Une telle visibilité permet de créer un état d’esprit axé sur l’innovation afin d’appuyer le développement du secteur privé (notamment, en facilitant la création d’entreprises) et de resserrer les liens entre les principaux acteurs sur la scène de l’innovation, notamment, le secteur privé et les universitaires.

Ensuite, l’innovation est une tâche à long terme qui requiert une certaine persévérance.  “L’innovation n’est pas une automobile à laquelle on peut appliquer une stratégie d’arrêts et d’accélérations brusques”, faisait remarquer Bruno Lanvin, directeur exécutif des indices mondiaux à l’INSEAD et coauteur du rapport de 2015.  Sans investissements constants visant à promouvoir les institutions et les principaux acteurs sur la scène de l’innovation, et sans renforcement des liens entre tous ceux qui ont un rôle à jouer dans l’écosystème complexe de l’innovation, il ne peut y avoir de croissance et la performance est vouée à l’échec.

Enfin, la recette du succès se fonde sur une bonne coordination des politiques nationales en matière d’innovation avec des objectifs clairement définis et des infrastructures institutionnelles bien adaptées.  Pour poursuivre sur leur lancée, avant même de tracer leur feuille de route, les décideurs doivent procéder à une évaluation précise des systèmes d’innovation existants afin d’en recenser les forces et les faiblesses.  Par ailleurs, ils doivent également s’assurer de l’implication des principaux acteurs concernés dans ce domaine, et notamment de ceux dont les innovations ont été couronnées de succès dans leurs pays.

L’établissement d’agences et de conseils transversaux en matière d’innovation, en lien direct avec les plus hauts niveaux du gouvernement, sur le modèle des systèmes mis en place en Géorgie et au Kenya, est un excellent moyen de s’assurer de la bonne coordination de la politique en matière d’innovation avec les autres politiques, concernant notamment l’éducation, le développement des compétences, les investissements étrangers et la politique commerciale.  Une coopération plus étroite entre les politiques mises en œuvre dans les domaines de la propriété intellectuelle et de l’innovation est un excellent moyen de stimuler l’innovation, de garantir des avantages concurrentiels et de promouvoir la création de valeur économique dans un pays.  L’efficacité d’une telle coordination est d’autant plus importante dans les pays aux ressources limitées.

Ensuite, c’est en orientant l’innovation et la recherche vers des solutions adaptées au contexte que l’on peut promouvoir fortement la croissance économique.  Dans certains pays africains, comme le Kenya, le développement au niveau local d’innovations technologiques remarquables comme le service de transfert d’argent par mobile M-Pesa et le service d’information agricole iCow ont une incidence majeure sur la vie de millions de personnes.

Par ailleurs, pour stimuler l’esprit d’entreprise au niveau local, ce qui va souvent de pair avec l’innovation, il convient de faire preuve de vigilance et de bien canaliser les retombées des investissements étrangers dans les économies de ces pays.  À cet égard, des organisations intermédiaires, comme des organisations non gouvernementales, ont un rôle majeur à jouer pour faciliter le transfert du savoir-faire et de l’expertise.

La mobilisation des efforts pour répondre à des enjeux communs à tous les pays en développement est également un élément déterminant pour assurer la croissance économique.  S’agissant des biens et des services novateurs personnalisés, le commerce Sud-Sud devient non seulement un objectif mais une réalité.

Les données figurant dans l’Indice mondial de l’innovation de 2015 sont plutôt optimistes et présentent les progrès économiques majeurs accomplis dans le monde entier, jetant ainsi les bases d’une croissance future fondée sur l’innovation.  Les innovations capitales réalisées dans un nombre croissant de pays émergents laissent présager des changements positifs que l’on peut attendre dans le paysage mondial de l’innovation dans les prochaines années.

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