Le Ballet national de Géorgie “Sukhishvili”

Décembre 2013

Par Catherine Jewell, Division des communications, OMPI

Depuis des décennies, des salles du monde entier sont éblouies par l’élégant athlétisme, l’énergie, le savoir-faire et l’originalité du Ballet national de Géorgie “Sukhishvili”. Depuis sa création officielle en 1945, cette troupe s’est produite dans 98 pays. Elle a fait plus de 300 tournées, donné plus de 20 000 spectacles devant un public estimé à 60 millions de personnes et a fait découvrir la danse géorgienne au monde entier. Le Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” est une compagnie unique en son genre dont l’histoire tout aussi unique rappelle que la créativité n’est pas une chose qui se produit dans un vide, mais un processus dynamique qui évolue en concordance avec la société et l’esprit de son époque.

La chorégraphie du Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” met en valeur l’audace athlétique de danseurs bondissant dans les airs sans effort apparent pour s’affronter dans un cliquetis de sabres et la tendresse romantique de couples d’amoureux. Plus de photos sur Flickr. (Photo: WIPO/Berrod)

Un style de danse hors du commun est né

Située à la croisée des chemins entre l’Asie de l’Ouest et l’Europe de l’Est, la Géorgie peut s’enorgueillir d’une tradition populaire lointaine, riche et variée. L’histoire du Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” a commencé dans les années 20, par la rencontre à l’Opéra de Tbilisi de deux danseurs, Ilia Sukhishvili père et Nino Ramishvili, qui partageaient un rêve : celui de créer une troupe réunissant l’ensemble des traditions de danse des différentes régions du pays. Leur intérêt, toutefois, n’était pas purement ethnographique. Ils prirent l’essence de ces danses et y ajoutèrent leur propre touche artistique en raffinant et en améliorant leur chorégraphie. Ils fusionnèrent des éléments de danse classique, moderne et populaire pour créer un style distinctif qui leur était propre et qui continue à inspirer de nouvelles générations de danseurs ainsi qu’à captiver et enthousiasmer les spectateurs du monde entier.

Une chorégraphie grisante et variée combine les mouvements parfaitement synchronisés de la troupe aux extraordinaires prouesses techniques exécutées par les solistes. Elle met en valeur autant la vivacité et l’audace athlétique de danseurs bondissant dans les airs sans effort apparent pour s’affronter dans un cliquetis de sabres que la tendresse romantique de couples d’amoureux qui semblent flotter gracieusement en traversant la scène.

En près de 70 ans, “la chorégraphie a évolué en rapidité et en complexité. Nous reprenons des mouvements du folklore, mais nous leur insufflons notre propre énergie et nous leur donnons la “personnalité Sukhishvili”, explique Ilia Sukhishvili, Jr., chef-chorégraphe et directeur artistique, qui dirige aujourd’hui la troupe avec sa sœur Nino Sukhishvili.

La danse : un art vivant

“Comme tout autre art, la danse doit évoluer. C’est très important, car autrement, elle devient quelque chose que l’on va voir dans un musée. Pour que le spectacle reste captivant et intéressant pour le public, il faut lui ajouter des éléments modernes, en les mêlant à des pas traditionnels classiques”, dit M. Sukhishvili.

Des costumes éblouissants

Tout comme la chorégraphie du spectacle, les costumes riches en couleurs de la troupe puisent dans les nombreuses traditions du folklore géorgien. “Nos costumes sont inspirés des traditions de différentes régions du pays. La tradition folklorique est mon inspiration, tout comme pour les chorégraphies que nous créons, mais nous adaptons les formes et les couleurs selon les danses, afin de leur donner un caractère plus théâtral. En général, je vois d’abord la danse, et ensuite je crée le costume en utilisant des couleurs inspirées par la nature et le style de la région” explique Mme Sukhishvili qui, en plus d’être la directrice générale et la productrice de la compagnie est également la créatrice des costumes de scène.

Protéger la marque Sukhishvili

“Il y a de nombreuses compagnies de danse en Géorgie, mais Sukhishvili se distingue par sa chorégraphie et son style, et possède une signature caractéristique, unique en son genre. Dans n’importe quelle forme d’art, l’auteur doit être reconnu. Il s’agit de notre propriété intellectuelle, et il est important pour nous de la protéger” déclare Ilia Sukhishvili. La marque des Sukhishvili est enregistrée en Géorgie depuis 2005.

Si la compagnie ferme les yeux lorsque des enfants ou des adolescents imitent leur style de danse, ils sont beaucoup moins heureux quand d’autres troupes exploitent leur travail à des fins commerciales sans leur autorisation. “Quand je vois des jeunes danser mes chorégraphies, je peux dire franchement que j’en suis fier, parce que je vois que cela contribue à la préservation de la culture folklorique de la Géorgie. La danse fait partie de l’ADN des Géorgiens; elle est toujours très présente dans la vie des jeunes, même dans les boîtes de nuit, donc quand nos pas sont utilisés ainsi, cela ne nous pose aucun problème. C’est très important, pour un pays, de protéger ses danses populaires, et si nous pouvons aider à le faire, c’est tant mieux. C’est bon pour le pays et cela nous inspire un sentiment de patriotisme. Mais quand des compagnies utilisent notre travail sans notre consentement et en font une exploitation commerciale, c’est une autre histoire”, explique Ilia Sukhishvili. “Ces gens ne sont rien de plus que des voleurs qui nous prennent nos idées” ajoute sa sœur. “Il n’y a pas d’explication logique pour justifier la copie, observe Ilia Sukhishvili; la danse est une chose extrêmement vivante; elle respire, et chaque représentation est authentique et différente de toutes les autres. La danse n’est pas une marchandise que l’on fabrique dans une usine.”

Pragmatisme contre idéologie

Dans les années 40, sous le régime communiste, la question de l’héritage folklorique a été un atout décisif pour la compagnie. À une époque où l’art folklorique était la seule forme d’expression artistique tolérée – tout individualisme dans ce domaine étant considéré comme bourgeois et décadent –, les Sukhishvili ont mis l’accent sur les aspects folkloriques de leur travail et refusé de revendiquer tout droit d’auteur. C’est ainsi que la Compagnie de danse folklorique de l’État de Géorgie, comme elle se nommait alors, fut autorisée à continuer d’exister. “Ce fut la plus courageuse et la plus élégante duperie de l’histoire des arts géorgiens du XXe siècle”, raconte Nino Sukhishvili.

Aujourd’hui, toutefois, ce même héritage folklorique devient une source de problèmes pour la compagnie. “Quand on parle d’un style issu de la culture folklorique, les gens pensent qu’il appartient à tout le monde”, explique Mme Sukhishvili. “Nous devons expliquer que si nos danses sont de style folklorique, nous – nos grands-parents, nos parents et maintenant nous – les avons raffinées, et que nous avons créé ainsi une nouvelle chorégraphie. Les danses folkloriques de nos spectacles ne ressemblent en rien à ce qui existait auparavant, mais d’autres compagnies de danse géorgienne aiment notre travail et le copient, en faisant valoir que c’est du folklore qui appartient à tout le monde. C’est vraiment très difficile”, ajoute-t-elle.

Apporter un dynamisme nouveau aux traditions de la danse folklorique

Depuis sa création en 1945, le Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” s’est produit dans 98 pays devant un public estimé à 60 millions de personnes. Il a fait découvrir la danse géorgienne au monde entier. Plus de photos sur Flickr. (Photo: WIPO/Berrod)

Une autre particularité du Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” est qu’il appartient à l’État tout en étant géré par la famille Sukhishvili. “Trois générations de notre famille ont consacré leur vie à la compagnie et à la création de nos chorégraphies distinctives fondées sur le folklore”, observe Nino Sukhishvili. “Nous avons apporté un dynamisme nouveau à la danse folklorique, contribué à la préservation de nos traditions folkloriques et fait connaître la danse folklorique géorgienne en Géorgie et à travers le monde.” Les méthodes mises au point par Ilia Sukhishvili père et son épouse Nino Ramishvili ont inspiré de nouvelles générations de danseurs dans toute la Géorgie et au-delà, puisque des troupes de danses géorgiennes sont désormais établies dans des pays tels que la France, la Grèce, Israël, la Turquie, la Russie et les États-Unis d’Amérique. La troupe a été reconnue officiellement en tant qu’ensemble académique en 1970 et a créé en 1998 une école de danse privée qui reçoit chaque année quelque 800 inscriptions de danseurs de tous âges. “La culture de la danse géorgienne est dans notre sang. C’est physiquement exigeant et mal payé, mais toujours très populaire” dit Mme Sukhishvili.

“La danse est un langage, et la danse géorgienne raconte l’histoire de mon pays”, dit-elle. “Quand vous regardez un spectacle de danse géorgienne, c’est l’âme de la Géorgie que vous ressentez, son histoire, ses coutumes, ses traditions, c’est très positif. Cela représente une carte de visite pour mon pays.”

Fidèles à la tradition de constant renouvellement de la compagnie, les Sukhishvili travaillent actuellement à la mise au point d’un ballet moderne d’un style totalement nouveau intitulé “Les Ramishvili”. Ce nouveau spectacle sera dédié à leur grand-mère Nino Ramishvili.

Le premier ensemble se composait de huit filles et 12 garçons. Aujourd’hui, la troupe compte 100 artistes et musiciens de haut niveau et bénéficie d’une renommée internationale. Le Ballet national de Géorgie “Sukhishvili” est la preuve vivante de ce qu’observait Ann Kisselfogg, journaliste au New York Times : “On peut travailler avec des traditions nationales et faire du grand art”.

Le Magazine de l’OMPI vise à faciliter la compréhension de la propriété intellectuelle et de l’action de l’OMPI parmi le grand public et n’est pas un document officiel de l’OMPI. Les désignations employées et la présentation des données qui figurent dans cette publication n’impliquent de la part de l’OMPI aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires ou zones concernés ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites territoriales. Les opinions exprimées dans cette publication ne reflètent pas nécessairement celles des États membres ou du Secrétariat de l’OMPI. La mention d’entreprises particulières ou de produits de certains fabricants n’implique pas que l’OMPI les approuve ou les recommande de préférence à d’autres entreprises ou produits analogues qui ne sont pas mentionnés.