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Musée de la contrefaçon, Paris - Une promenade chez les aigrefins

Février 2009

Ce bronze original de Giacometti (à gauche) a été allongé par les faussaires (au niveau du ventre, des pattes et de la queue) pour compenser la diminution de volume résultant de  l’opération de fonte des copies (à droite).  © Musée de la contrefaçon
Ce bronze original de Giacometti (à gauche) a été allongé par les faussaires (au niveau du ventre, des pattes et de la queue) pour compenser la diminution de volume résultant de l’opération de fonte des copies (à droite). © Musée de la contrefaçon

Vous avez déjà vu la tour Eiffel? Fait la promenade en bateau mouche? Visité le Louvre? Vous aimeriez quelque chose d’un peu plus insolite, pour votre séjour à Paris? Le Musée de la contrefaçon ne devrait pas vous décevoir. Situé au rez-de-chaussée d’un très bel hôtel particulier classé du XIXe siècle - qui a d’ailleurs servi de décor à de nombreuses séries télévisées et à des productions cinématographiques telles que La Grande Vadrouille, l’un des plus célèbres films français de tous les temps - il contient de quoi satisfaire facilement tous les goûts. Des parfums aux produits pharmaceutiques en passant par les jouets, produits de nettoyage, clés USB, pièces d’automobiles, articles de sport, et même les eaux embouteillées, le ketchup à la tomate et le gaz liquide, le musée offre un tour d’horizon très complet, fascinant et plutôt dérangeant de la contrefaçon et de sa considérable étendue.

Il est amusant de souligner, eu égard au thème traité, que le musée est installé sur la rue de la Faisanderie, ce qui est particulièrement approprié quand on sait qu’en argot français, le mot “faisan” s’applique aux aigrefins et autres filous. Le visiteur découvre d’ailleurs bien vite que les filous, de même que la contrefaçon, existent depuis fort longtemps. Il verra notamment les plus anciennes contrefaçons connues, des bouchons utilisés pour fermer des amphores de vin envoyées d’Italie en Gaule, qui datent d’environ 200 av. J.-C. Les bouchons authentiques portant la marque du négociant en vins voisinent avec ceux d’un contrefacteur de la Rome antique, désireux de profiter à bon compte du succès de ce dernier. Plus de 2000 ans ont passé et le problème existe toujours. Selon certaines estimations1 la contrefaçon occupe de 7 à 10% du commerce international et coûte chaque année à l’économie mondiale environ 492 milliards de dollars É.-U.

Chacun des objets authentiques exposés dans le musée est accompagné de sa ou ses contrefaçons - obtenues à la suite d’une saisie douanière, d’un jugement ou d’un règlement à l’amiable - afin que le visiteur puisse constater les différences entre les articles véritables et leurs imitations illicites et de piètre qualité.

Le musée veut mettre l’accent sur les nombreux effets négatifs et potentiellement dangereux qu’entraîne la contrefaçon pour les producteurs, les consommateurs et l’économie : non seulement elle décourage l’innovation, prive de revenus les titulaires de droits et aide le crime organisé, mais aussi, elle constitue une menace pour la santé et la sécurité des personnes.

On y apprend que les contrefaçons de jouets sont, au mieux, peu durables (“les fausses poupées Barbie, explique un écriteau, perdent rapidement leurs cheveux”), et au pire, fabriquées avec des matières inflammables ou des substances toxiques telles que la peinture au plomb, ou encore qu’elles comprennent des pièces de petites dimensions et facilement détachables, susceptibles d’être avalées par les enfants et de les étouffer. Les dangers sont nombreux et de nature très diverse, les contrefaçons échappant, par définition, aux contrôles sanitaires et de sécurité. Le musée fait le tour de la question, des fausses lunettes qui ne protègent pas adéquatement les yeux aux fausses pièces d’automobiles et d’avions dont la défaillance peut avoir des conséquences désastreuses et aux appareils électriques de qualité inférieure, avec les innombrables risques qu’ils peuvent présenter dans une maison. Les faux médicaments qui, souvent, contiennent des principes actifs en quantité insuffisante, voire nulle, constituent un problème constant et particulièrement pernicieux. Il a été estimé qu’ils occupent de 10 à plus de 30% du marché dans les pays en développement2.

Le musée a reçu récemment une nouvelle salle, consacrée aux atteintes au droit d’auteur. On peut y voir de fausses statuettes de Rodin à Dali et Giacometti - souvent avec une explication de la technique utilisée par le contrefacteur, par exemple l’application d’un acide suivie d’une cire teintée pour donner rapidement une patine au bronze -ainsi que des DVD et des CD pirates. L’accent y est mis également sur la véritable explosion qu’a permis l’Internet dans le domaine de la contrefaçon et sur les profonds effets qui en résultent pour les industries de création.

Le visiteur apprend aussi qu’environ 40 millions de fausses montres suisses sont fabriquées chaque année, soit deux fois plus que la production officielle de montres “made in Switzerland”. Une œuvre intitulée L’Art dans le Collimateur des Faussaires constitue à cet égard un commentaire approprié, l’artiste Maât ayant utilisé pour la créer des milliers de montres de contrefaçon saisies par les services douaniers français qu’elle a compressées à l’aide d’une presse hydraulique. Les débris de ces montres sont renfermés dans quatre blocs de résine synthétique transparente montés sur un socle dans lequel est ménagée une niche de verre protégeant deux montres authentiques. L’œuvre - qui exprime l’opposition entre vrai et faux, rareté et abondance, qualité et sa dénaturation - a été inaugurée au musée, comme il se doit, l’exemplaire qui est maintenant exposé étant un modèle d’artiste.

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1. Estimation de l'Organisation mondiale des douanes et de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
2. Selon le groupe de travail international de lutte contre la contrefaçon des médicaments (IMPACT), créé en 2006 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

 

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