Aux États-Unis d’Amérique et dans d’autres pays, le secteur universitaire et le secteur privé ont une longue histoire d’échanges positifs et productifs dans le domaine de la biotechnologie. Grâce aux travaux scientifiques déterminants, des universités, les entreprises innovantes et les investisseurs prêts à prendre des risques ont créé l’un des secteurs les plus importants au monde actuellement. Quel en est le moteur? La réponse tient en un mot : synergie.
Un établissement universitaire à but non lucratif forme les étudiants à de futures fonctions dans le secteur de la biotechnologie, réalise des recherches de pointe en sciences de la vie, dispose d’installations et d’équipements spécialisés et intervient dans l’économie au niveau local, régional et mondial. Avec les fonds que leur versent les organismes publics, les fondations, les entreprises et d’autres sources externes, les établissements universitaires complètent leurs connaissances scientifiques en biotechnologie et font des découvertes à fort impact et très prometteuses commercialement. Mais un établissement universitaire ne fabrique pas et ne vend pas de produits et ne génère pas de bénéfices. Il ne peut pas porter l’innovation aussi loin. Pour ce faire, il lui faut un partenaire disposant des ressources et des compétences nécessaires pour mettre en pratique le savoir acquis et commercialiser le produit. Les encadrés 6.1 et 6.2 décrivent deux exemples de collaboration réussie entre des établissements universitaires et des entreprises privées, ayant abouti à l’autorisation de vaccins contre la COVID-19.
Les travaux fondateurs de la plateforme d’ARNm utilisée à la fois pour les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna ont été réalisés dans les laboratoires du docteur Drew Weissman et du docteur Katalin Kariko à l’Université de Pennsylvanie.
En 2016, l’Université a concédé une licence exclusive des brevets Weissmann/Kario de la plateforme d’ARNm à une petite entreprise, Cell Script, laquelle a concédé à son tour une sous-licence de cette plateforme à Moderna en juin 2017 et à BioNTech en juillet 2017.
En octobre 2018, BioNTech a signé un accord de collaboration et de licence exclusive avec l’Université de Pennsylvanie pour un budget de recherche de 5 millions de dollars É.-U. et avec les conditions suivantes en matière de licence : versements échelonnés de 44,4 millions de dollars É.-U. au total, taux de redevance faible à un seul chiffre et pourcentage des recettes issues des sous-licences.
Toujours en 2018, Pfizer a conclu un accord de licence exclusive avec BioNTech pour les droits de brevet de la plateforme d’ARNm qu’il ne possédait et ne contrôlait pas. L’accord Pfizer/BioNTech prévoyait apparemment un versement initial de 185 millions de dollars É.-U., 72 millions en liquidités et 113 millions en actions.
Le vaccin Pfizer/BioNTech a obtenu une autorisation d’utilisation d’urgence le 11 décembre 2020 et l’autorisation réglementaire totale le 23 août 2021, devenant ainsi le premier vaccin contre la COVID-19 autorisé par l’USFDA.
Moderna a obtenu son autorisation réglementaire totale en janvier 2022.
Les établissements universitaires concèdent généralement des licences non exclusives pour que les plateformes puissent être utilisées par le plus grand nombre. Dans le contexte des vaccins anti-COVID-19, la licence était exclusive mais le preneur de licence a concédé plusieurs sous-licences, pour que la plateforme soit plus largement utilisée et profite davantage au public. Résultat : les vaccins ont été fabriqués plus rapidement et sur une plus grande échelle.
L’expérience précédente et les travaux menés sur d’autres coronavirus tels que le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002 et le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2012 à l’Université d’Oxford ont servi de bases au développement d’un vaccin contre la COVID-19. Le soutien de longue date du Vaccines Network (partenariat entre le Medical Research Council et le Ministère de la santé et des affaires sociales du Royaume-Uni) a permis de développer une plateforme de vaccins à vecteur viral et d’optimiser les méthodes de fabrication qui ont donné une longueur d’avance à ce travail vaccinal par rapport aux autres.
Début 2020, Vaccitech, entreprise dérivée du Jenner Institute, et l’Université d’Oxford ont coinventé un vaccin contre la COVID-19 utilisant la plateforme ChAdOx. Cette plateforme repose sur un adénovirus pouvant être modifié pour constituer un ou plusieurs antigènes – protéines spécifiques d’un agent pathogène (comme le SRAS-CoV2) ou cancer. Les particules du vecteur ChAdOx sont traduites en vaccin ou immunothérapie afin de fournir un schéma génétique à l’antigène à l’intérieur des cellules du corps et de déclencher une réaction immunitaire.
En avril 2020, le Jenner Institute et l’Oxford Vaccine Group de l’Université d’Oxford ont octroyé à AstraZeneca une licence exclusive sur ChAdOx1 nCoV-19 pour lui permettre de développer et de distribuer le vaccin dans le monde entier. Des accords de licence ont été conclus à part sur l’approvisionnement des marchés en aval (post-pandémie).
Les essais cliniques ont démarré en avril 2020 et l’autorisation réglementaire a été obtenue en novembre 2020. Le fait qu’il puisse être stocké dans un réfrigérateur a permis d’utiliser ce vaccin dans des contextes sanitaires très variables partout dans le monde. AstraZeneca a déclaré avoir vendu ce vaccin à un prix non lucratif pendant toute la durée de la pandémie et a conclu plusieurs accords de licence avec de grandes entreprises de production comme le Serum Institute en Inde.
Les programmes de financement de la recherche tels que le programme européen Horizon 2000 sur la coopération internationale, le programme chinois pour l’innovation proposant des financements et des incitations financières en Chine pour des entreprises européennes innovantes, ainsi que le programme indien “Startup India Seed Fund Scheme”, pour n’en citer que quelques-uns, aident constamment les organismes publics et privés à développer des technologies fondamentales, utilisées par la suite pour développer des médicaments qui sauvent des vies humaines.
L’entreprise de biotechnologie, de par son profil et ses points forts, vient compléter ce que les universités ont à offrir. Souvent, une entreprise ne peut pas se permettre ni justifier les coûts astronomiques et le risque que génèrent la recherche biologique et l’infrastructure complexe sur laquelle elle repose. L’entreprise peut toutefois suivre et évaluer les découvertes et les inventions quand elles sortent du laboratoire. Elle peut prendre une option ou concéder une licence sur une invention prometteuse et utiliser ses propres actifs financiers ou ceux d’un investisseur pour développer l’idée. Si la licence est concédée par un établissement universitaire, idéalement dans le cadre d’un dispositif de recherche ou de conseil soutenu par l’industrie, le preneur de licence peut bénéficier des études ultérieures s’il reste en contact avec les chercheurs qui ont développé l’invention et s’il recrute des membres clés de l’équipe scientifique une fois leurs études de doctorat terminées. L’entreprise peut financer les essais cliniques réalisés dans l’établissement d’origine ou dans un réseau de centres médicaux et d’hôpitaux. Cela équivaut à bien des égards à une concession de licences entre établissements privés, qu’il s’agisse d’un organisme de recherche ou d’une autre entreprise, où les accords tels que ceux conclus entre Pfizer et BioNTech
En unissant leurs ressources et leurs forces, les universités et les entreprises de biotechnologie ont été et continuent d’être les moteurs de développements d’envergure dans ce secteur, améliorant la condition humaine. C’est grâce à de telles collaborations qu’ont été mis au point ou découverts, par exemple, le test de l’antigène prostatique spécifique (PSA), le gène de la mucoviscidose, le procédé de synthèse pour produire du Taxol et développer le Xtandi, traitement améliorant la survie des patients atteints du cancer de la prostate. La figure 6.1 présente plus en détail la chronologie de développement du Taxol, l’encadré 6.3 décrit celle du Xtandi.

Le Xtandi, technologie brevetable devenue le médicament phare contre le cancer de la prostate, a été développé par les chercheurs Mike Jung et Charles Sawyers et leurs collègues coinventeurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). L’UCLA a déposé une première série de brevets en 2004 et concédé une licence exclusive à Medivation en 2005. La chronologie ci-dessous indique les principaux événements marquants du développement du Xtandi, en commençant par cette licence exclusive. L’UFSDA a autorisé pour la première fois l’indication du Xtandi au troisième trimestre 2012 et l’autorisation réglementaire a suivi dans d’autres grands territoires. Le premier générique a été autorisé en 2021.
Août 2005 – Licence exclusive
Mai 2012 – Dépôt de la NDA
Août 2012 – Autorisation par l’USFDA
Juin 2013 – Autorisation de la première indication par la Commission européenne
Mars 2014 – Autorisation réglementaire japonaise de la première indication
Novembre 2016 – Pression sur le Gouvernement des États-Unis d’Amérique pour exercer des droits d’intervention
Novembre 2016 – Refus du brevet Xtandi en Inde
Novembre 2019 – Autorisation de l’Administration nationale chinoise des produits médicaux (NMPA)
Mai 2021 – Autorisation du premier générique
L’alliance conclue entre l’Université de Pennsylvanie et Novartis a donné lieu à un centre de recherche sur le campus et à l’autorisation de deux traitements cellulaires personnalisés par l’USFDA.
2012 – L’Université de Pennsylvanie et Novartis signent un accord mondial de recherche et de licence sur les technologies de récepteurs antigéniques chimériques (CAR).
2016 – Comme prévu dans l’accord de 2012, le Center for Advanced Cellular Therapies (Centre pour les thérapies cellulaires avancées) est créé sur le campus de l’Université de Pennsylvanie.
2017 – L’USFDA autorise une thérapie cellulaire personnalisée (Kymriah) pour le traitement de la leucémie lymphoblastique aiguë chez des patients de moins de 25 ans.
2018 – L’USFDA autorise l’utilisation de Kymriah pour le traitement du lymphome non hodgkinien.
2019 – Fin de l’accord d’alliance. Signature d’un nouvel accord plus ciblé, prévoyant quatre essais cliniques.
Les technologies brevetées, qu’elles soient développées par des universités ou d’autres établissements publics ou privés, sont utilisées pour attirer des entreprises ou des investisseurs permettant de poursuivre l’activité de recherche-développement. En outre, les start-up naissent généralement de l’invention d’un chercheur universitaire. La start-up concède généralement une licence de son invention brevetée à une entreprise qui l’utilise pour attirer des investisseurs ou créer des entreprises afin de lever les fonds nécessaires pour passer de la phase de développement du produit à la phase d’autorisation réglementaire.