Les premiers stades de développement
Le développement et la commercialisation des produits issus d’innovations biotechnologiques nécessitent un travail compliqué et élaboré de longue haleine et donc des investissements longs et conséquents en recherche-développement ainsi que des capacités de production complexes.
Les installations de production des traitements dérivés de la biotechnologie ainsi que des médicaments eux-mêmes font l’objet de règles strictes en termes de licence, dictées par les autorités de réglementation du monde entier. Des processus complexes d’autorisation s’appliquent en particulier aux médicaments biosimilaires, successeurs des produits biopharmaceutiques qui, contrairement aux génériques, successeurs des médicaments réalisés par synthèse chimique, ne peuvent pas être reproduits à l’identique.
D’autres aspects de l’innovation biotechnologique sont tout aussi complexes. Lorsqu’ils génèrent des émissions dans l’environnement, les végétaux ou les animaux d’élevage génétiquement modifiés ou les agents de lutte biologique, ainsi que certains aliments ou enzymes industrielles, réalisés par des processus biotechnologiques, sont également soumis à des règles environnementales strictes. De même, dans la plupart des pays, les variétés végétales biotechnologiquement modifiées, susceptibles d’être utilisées pour la sélection végétale, doivent se soumettre à des mesures phytosanitaires et remplir d’autres exigences en matière d’autorisation et d’enregistrement, conformément aux lois sur les semences applicables à toutes les semences mises sur le marché. Enfin, les aliments fabriqués à partir de plantes cultivées génétiquement modifiées doivent respecter les exigences strictes figurant dans les lois sur l’environnement et l’alimentation.
Ces exigences varient considérablement d’un pays à l’autre et, dans la pratique, elles peuvent influer sur la manière dont les innovateurs exerceront leurs droits de propriété intellectuelle pendant les phases de transfert et de commercialisation de ces innovations. Cet aspect n’est pas traité dans ce guide mais il est à noter que, dans le domaine des sciences de la vie, du fait des exigences concernant les autorisations de mise sur le marché, le transfert et la commercialisation de produits et procédés biotechnologiques sont plus longs et nécessitent plus de ressources. Pour résumer, la recherche en biotechnologie exige beaucoup d’investissements, prend plus de temps pour atteindre sa maturité et la fabrication des produits innovants est souvent plus onéreuse que dans d’autres domaines.
Afin que l’on puisse mieux comprendre le temps nécessaire à la mise sur le marché d’un produit biotechnologique, ce chapitre du guide suit un médicament depuis le lancement des activités de recherche-développement jusqu’à la découverte du principe actif, en passant par les phases d’essai et de demande d’autorisation de mise sur le marché auprès des autorités compétentes, et jusqu’à l’approbation de cette demande et l’utilisation du médicament par le patient ou la patiente et, pour finir, les obligations de pharmacovigilance une fois que le produit est sur le marché. C’est souvent la découverte d’un gène ou d’un produit génique (généralement une protéine) doté de propriétés uniques qui finalement aboutit à un produit commercial. La découverte peut se produire dans un établissement public comme un laboratoire de recherche universitaire ou dans un laboratoire privé. Dans l’exemple présenté ici, la découverte a eu lieu dans un laboratoire de recherche universitaire, lequel sera probablement destinataire des fonds publics.
Divergences en fonction du pays ou du système juridique
Dans de nombreux pays, la recherche financée par des fonds publics doit respecter des règles spécifiques destinées à protéger l’intérêt public. Ces règles énoncent les exigences auxquelles le titulaire de ces fonds publics doit se soumettre. L’objet, les conditions de brevetabilité et la titularité de l’innovation peuvent varier d’un pays ou d’un ressort juridique à l’autre.
États-Unis d’Amérique
Aux États-Unis d’Amérique, le transfert de technologie découlant d’activités de recherche financées par des fonds publics (par exemple par des bourses fédérales octroyées à un laboratoire de recherche universitaire ou à un institut de recherche à but non lucratif), à des entités privées en vue de la commercialisation des innovations, est régi par la loi Bayh-Dole
Union européenne
Il n’existe pas de législation au niveau de l’Union à ce sujet. Les règles varient donc d’un État membre à l’autre. S’agissant des accords de transfert de technologie, le règlement d’exemption par catégorie des accords de transfert de technologie
Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, il n’existe pas de législation spécifique en tant que telle mais la loi sur les brevets de 1977, qui harmonise le droit du pays avec la Convention sur le brevet européen, précise que les inventions appartiennent aux inventeurs sauf si elles se produisent pendant le cours normal de leur travail chez leur employeur, auquel cas l’invention appartient à l’employeur
Allemagne
En Allemagne, les inventions de salariés sont des inventions réalisées par les salariés pendant leurs fonctions officielles et elles sont brevetables ou enregistrables sous forme de modèles d’utilité. Conformément à la loi allemande sur les inventions de salariés, l’employeur bénéficie généralement des droits sur l’invention de service, tandis que les salariés ne peuvent prétendre qu’à une rémunération compensatoire. Même après la suppression du privilège accordé aux chargés de cours à l’université, des dispositions spécifiques s’appliquent aux inventions réalisées par les salariés des universités. La loi régit également le traitement des réalisations créatives des salariés qui ne peuvent pas être protégées par un brevet ou un modèle d’utilité ou par tout autre moyen mais qui améliorent les résultats d’une entreprise (“propositions d’amélioration technique”).
Néanmoins, dans une situation idéale, après de nombreuses années de recherche-développement, les chercheurs aboutissent à une invention
Autorisation de mise sur le marché
Pendant la procédure d’autorisation de mise sur le marché d’un produit pharmaceutique, la qualité, l’efficacité et la sécurité du produit doivent être testées avant qu’il puisse être administré aux patients. Concernant l’efficacité, l’évaluation du produit a pour but de s’assurer qu’il présente l’effet décrit pour l’indication en question. Quant à la sécurité, il s’agit d’évaluer tout effet secondaire associé au produit. Pour que les autorités de réglementation puissent vérifier la qualité, la sécurité et l’efficacité du produit, le déposant doit remettre les résultats des études précliniques et cliniques avec sa demande d’autorisation de mise sur le marché.
Concession de licences de demandes de brevet
Lorsque les droits de brevet ont été concédés sous licence avant la délivrance du brevet, le contrat de licence portera souvent sur les questions pouvant se poser pendant la durée du contrat, par exemple sur la partie qui a le droit de prendre des décisions relatives aux poursuites engagées à l’encontre des demandes de brevet, sur ce qui se passe en cas de désaccord entre les parties sur la poursuite ou le maintien d’un dépôt, sur la personne responsable des coûts liés à la procédure de brevet, sur la question de savoir si le preneur de licence doit verser les redevances perçues sur les revendications en instance. Si quelques années après son dépôt, la demande de brevet n’a toujours pas fait l’objet de licence, le titulaire du brevet peut décider d’abandonner sa demande, voyant s’affaiblir sa capacité à attirer des investissements étant donné la durée de vie de plus en plus courte du brevet. De telles décisions d’abandon risquent de se multiplier face à l’accélération actuelle de l’innovation et à la brièveté des cycles de vie des produits dans plusieurs secteurs de biotechnologie. Le temps et les coûts élevés nécessaires à la constitution de portefeuilles de brevets mondiaux peuvent causer des difficultés aux déposants.
En dehors de ces considérations pratiques, plusieurs aspects contribuent à une évolution des tendances concernant la fréquence et l’extension des brevets sur des gènes à différents secteurs de biotechnologie. Ces aspects sont notamment les suivants : cumul des innovations fondées de plus en plus sur des données pour la fourniture de services biologiques, tels que le séquençage ou l’édition génomique; exigences plus strictes dans plusieurs pays pour certains brevets de biotechnologie, en particulier les brevets sur des gènes revendiquant des séquences d’ADN complémentaire (ADNc), par exemple pour des outils de diagnostic. Le rôle de brevets change dans les pratiques de propriété intellectuelle et de transfert de technologie dans le domaine des sciences de la vie. Les innovateurs de biotechnologie sont donc à la recherche de nouveaux outils et de nouvelles solutions pour un transfert de technologie plus efficace dans des écosystèmes en pleine évolution. L’encadré 3.1 présente les premières étapes du passage des inventions biotechnologiques du laboratoire au marché.
Étude de plusieurs principes actifs en laboratoire (criblage)
Découverte en laboratoire (public ou privé)
Recherche élargie pour la conception d’une invention brevetable
Invention brevetée un an après la découverte
Bureau de transfert de technologie à l’université
Certificats complémentaires de protection (CCP)
Les certificats complémentaires de protection (CCP) sont des droits de propriété intellectuelle servant à prolonger les droits de brevet, protégeant en particulier les retours sur les investissements réalisés pour obtenir l’invention. Les CCP s’appliquent à des produits pharmaceutiques et phytopharmaceutiques spécifiques autorisés par les autorités de réglementation et visent à compenser l’absence de protection par brevet pour ces produits en raison d’une longue période de tests et d’essais cliniques obligatoires pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché
L’Union européenne, par exemple, souhaite fournir une protection suffisante à ces produits dans l’intérêt de la santé publique et encourager l’innovation dans ces domaines pour générer de la croissance intelligente et créer des emplois. Un CCP peut prolonger un droit de brevet de cinq ans au maximum. Le règlement (CE) n° 1901/2006 prévoit une prolongation supplémentaire de six mois
Licences exclusives
Par ailleurs, les brevets de biotechnologie font souvent l’objet de licences concédées à titre exclusif afin d’inciter le preneur de licence à investir pour développer davantage le potentiel commercial de la technologie. L’accord de licence exclusive est l’un des accords les plus couramment utilisés pour faciliter la mise sur le marché d’une innovation. Il permet au preneur de licence de rechercher des investissements extérieurs (ou de justifier à ses actionnaires les dépenses en ressources internes pour développer la technologie) et lui donne suffisamment d’autonomie concernant le développement commercial du produit. En même temps, le titulaire du brevet peut exercer un certain niveau de contrôle sur ses actifs de propriété intellectuelle lui assurant de pouvoir profiter du succès financier que devrait remporter le preneur de licence.
Licences non exclusives
En revanche, avec certaines technologies de plateforme (technologies pouvant être exploitées dans plusieurs domaines), la stratégie peut être plutôt de viser le plus possible de licences non exclusives (en supposant que cette stratégie attire les futurs preneurs de licence), ou d’exiger que les preneurs de licences exclusives concèdent des sous-licences dans les domaines qu’ils ne développent pas et/ou qui n’empiètent pas sur leurs plans de développement (dans les cas où la concession de licences non exclusives n’est pas une stratégie viable étant donné le faible intérêt qu’elle représente pour l’industrie). Cette stratégie est particulièrement adaptée lorsque le preneur de licence ne peut pas couvrir l’ensemble du marché à lui tout seul. En règle générale, les technologies nécessitant beaucoup d’investissements et de temps (comme les médicaments biotechnologiques) feront l’objet de licences exclusives. Les autres technologies (par exemple, un outil de recherche nécessitant peu de développement) peuvent faire l’objet de licences plus larges et non exclusives.
Exception en faveur de la recherche
Parfois l’inventeur est impliqué en tant que membre scientifique principal de l’équipe qui développe les idées du brevet. Mais souvent, en particulier dans les contextes universitaires, son implication prend fin au moment du dépôt du brevet. Il arrive que l’inventeur continue à développer son invention dans une start-up qui en a obtenu une licence auprès de l’établissement universitaire. L’inventeur peut aussi simplement poursuivre la recherche liée à son invention d’origine mais sans se focaliser sur sa commercialisation. Dans ce cas, il est important que cette situation soit examinée par des professionnels universitaires du transfert de technologie. Par exemple, aux États-Unis d’Amérique, il est courant que les établissements universitaires se réservent le droit de continuer à utiliser l’invention pour des besoins universitaires et à des fins non lucratives de recherche, dans les licences exclusives de brevets portant sur cette découverte.
Dans l’Union européenne, le titulaire du brevet a le droit d’empêcher d’autres personnes d’utiliser l’invention brevetée. Le titulaire d’un brevet de produit a le droit d’interdire à des tiers de fabriquer le produit, de le proposer, de le mettre sur le marché, de l’utiliser, de le posséder ou de l’importer. Dans le cas de brevets de procédés, la protection s’étend non seulement à la demande et aux offres concernant le procédé proposé mais également aux objets qui sont des produits directs du procédé protégé. Le titulaire du brevet peut transférer tout ou partie de ses droits à d’autres au moyen d’une licence. Une licence exclusive signifie qu’aucune personne ou entreprise autre que le preneur de licence désigné ne peut exploiter les droits de propriété intellectuelle correspondants; le donneur de licence en est également exclu. Si le donneur de licence souhaite poursuivre une activité couverte par la propriété intellectuelle (un donneur de licence universitaire peut par exemple souhaiter continuer sa recherche) ou si des droits lui avaient été précédemment octroyés, la licence exclusive devra stipuler expressément qu’elle est exclusive mais avec ces exceptions.
Selon la Convention sur le brevet européen (CBE)
Le droit suisse prévoit une exception similaire. Conformément à l’article 9, paragraphe 1, de la loi fédérale suisse sur les brevets d’invention
Raisons justifiant de breveter les premiers résultats de recherche
Dans les laboratoires privés, la recherche aboutissant à un produit potentiellement viable sur plan commercial est brevetée non seulement pour protéger le produit technologique qui en résulte mais aussi pour attirer des investisseurs et des partenaires ou collaborateurs potentiels. Quelle que soit la démarche suivie, c’est le début de l’aventure pour cette découverte unique. Que l’invention ait été réalisée dans un laboratoire public ou privé, sa commercialisation est généralement impossible sans autorisation officielle préalable parce que presque tous les produits biotechnologiques peuvent avoir des effets soit sur la santé humaine ou animale, soit sur l’environnement. Les procédures d’autorisation peuvent prendre de nombreuses années. Par exemple, il faut en moyenne entre 12 et 15 ans pour qu’un médicament passe du laboratoire à l’étude clinique ou arrive sur le marché. Seuls cinq composés sur 5 000 entrants en phase d’essais précliniques parviennent au stade de l’essai sur l’humain. Et un seul de ces cinq composés testés sur l’humain est approuvé. Le tableau 3.1 représente l’intégralité de ce processus, depuis la découverte et les essais précliniques jusqu’aux trois phases d’essais cliniques nécessaires pour l’autorisation du médicament et d’autres obligations telles que les essais supplémentaires postérieurs à la mise sur le marché, requis par la Food and Drug Administration des États-Unis d’Amérique (USFDA) une fois que le médicament a été autorisé et mis sur le marché.
Les processus représentés par le tableau 3.1 et la figure 3.1 ne s’appliquent pas seulement aux médicaments biotechnologiques mais à tous les médicaments.
L’Union européenne applique des processus similaires de développement et d’autorisation. Voir la figure 3.1.

En règle générale, une fois que l’invention brevetée a été concédée sous licence à une entreprise (que cette licence soit concédée par un établissement public à une entreprise privée ou par un laboratoire privé à une entreprise privée), l’entreprise commence à affiner la recherche et entame le processus de développement. En procédant par tâtonnement, l’entreprise acquiert le savoir-faire nécessaire pour fabriquer un produit cohérent à grande échelle. Chacune de ces étapes nécessite des fonds dont l’essentiel provient d’investissements de la part du secteur privé.
Recherche de financements
La recherche de financements intervient aux premiers stades de développement (validation du concept), qui sont les plus vulnérables aux perturbations des marchés financiers. Les chefs d’entreprise obtiennent assez facilement des financements au démarrage de leur projet (auprès d’investisseurs providentiels, de gouvernements et de fondations ou d’organisations à but non lucratif) mais c’est souvent par la suite que la situation se corse, par exemple pour les deuxième et troisième cycles d’investissement en capital-risque nécessaires au-delà de la phase de validation du concept et tout au long des essais cliniques et des démarches de demande d’autorisation. À ce stade, ce que les marchés financiers demandent concernant les produits biotechnologiques développés par des entreprises privées, c’est l’assurance d’un retour sur investissement. Et c’est là précisément que les brevets ont leur rôle à jouer (pour plus de détails sur le financement de la propriété intellectuelle, voir le chapitre intitulé “Les établissements universitaires et le secteur de la biotechnologie”). Le portefeuille de brevets lié à un produit donné ou à une technologie donnée peut inspirer de la confiance ou au contraire de la méfiance à l’investisseur. Tout au long du développement, l’entreprise cherchera donc à protéger sa propriété intellectuelle supplémentaire contre la concurrence et à consolider son portefeuille. Par exemple, un preneur de licence essaiera de protéger un procédé de synthèse essentiel, des dérivés et variations d’une structure chimique ou biologique, l’utilisation d’un important adjuvant de vaccin ou un diagnostic compagnon unique.
Aspects réglementaires concernant les produits de biotechnologie médicale
États-Unis d’Amérique
L’examen réglementaire et la procédure d’autorisation constituent une étape cruciale pour le passage d’un produit du laboratoire au marché. Étant donné l’importance du marché représenté par les États-Unis d’Amérique, presque tout nouveau médicament fait l’objet d’une demande d’autorisation auprès de l’USFDA
Union européenne
L’examen réglementaire et les autorisations relèvent généralement des compétences des États membres, à quelques exceptions près énoncées à l’article 168 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Dans ces cas précis, c’est l’Agence européenne des médicaments (EMA), agence de la Commission, qui est chargée des examens réglementaires et des autorisations de mise sur le marché. Il y a plusieurs procédures possibles en fonction du médicament en lui-même et de l’intention de l’entreprise pharmaceutique, à savoir si elle envisage de commercialiser le médicament dans un seul État membre, dans plusieurs États membres ou dans l’Espace économique européen (EEE) : la procédure nationale, la procédure de reconnaissance mutuelle, la procédure centralisée et la procédure décentralisée. La procédure centralisée est obligatoire pour certains médicaments, en particulier pour ceux ayant de nouveaux principes actifs permettant de traiter des maladies graves. Les médicaments nouveaux ou présentant un intérêt de santé publique doivent être mis sur le marché dans toute l’Europe
L’autorisation est délivrée par la Commission qui confie à l’EMA la responsabilité de procéder à l’évaluation scientifique des demandes d’autorisation centralisée de mise sur le marché dans l’Union européenne. Les entreprises pharmaceutiques peuvent présenter une seule demande d’autorisation de mise sur le marché à l’EMA et, munies de cette autorisation, commercialiser leur médicament et le proposer aux patients et aux professionnels de santé dans tout l’EEE.
Financement de l’examen réglementaire jusqu’à son achèvement
L’un des principaux objectifs de la recherche de fonds pour le développement d’un médicament biotechnologique est de disposer de suffisamment d’argent pour financer l’ensemble de la procédure d’examen réglementaire. Pour obtenir l’autorisation de médicaments de biotechnologie, les partenaires
Pour illustrer ces propos, ce guide suivra le parcours d’un médicament, depuis sa découverte jusqu’à son autorisation par l’USFDA. Voir la figure 3.2 pour plus de détails.
Découverte du médicament et criblage
Le travail de recherche-développement commence généralement par une phase longue et onéreuse de criblage permettant de sélectionner des composés ou molécules prometteurs parmi les très nombreux composés naturels et de synthèse disponibles. Les premières étapes du parcours de découverte d’un médicament chimique ou biologique et aussi d’un médicament biotechnologique consistent à tester un très grand nombre de composés pour voir s’ils produisent l’effet biochimique ou cellulaire souhaité.
Essais précliniques
Une fois que l’on a déterminé la promesse thérapeutique du composé ou de la molécule, il faut prouver que le médicament sera également prometteur sur l’humain. Cette phase de transition entre la découverte et les essais cliniques est généralement considérée comme la phase préclinique du développement d’un médicament. C’est à ce stade que le partenaire commence à recueillir des données cliniques. Aux États-Unis d’Amérique, par exemple, les partenaires doivent tout d’abord déposer un dossier de demande de nouveau médicament appelé “Investigational New Drug” (IND). Le partenaire pratiquant les essais cliniques demande ainsi l’autorisation à l’USFDA d’administrer le médicament expérimental ou le produit biologique à des humains.
Ce dossier IND nécessite de remettre à l’USFDA des études de pharmacologie et toxicologie animales
D’après le réseau de connaissances sur l’innovation et l’accès aux médicaments (projet du Global Health Centre du Graduate Institute de Genève)
Essais cliniques
Aux États-Unis d’Amérique, une fois l’IND approuvée par l’USFDA, le partenaire commence à recueillir des données pour déposer soit une demande de nouveau médicament (NDA) selon le parcours 505.b)1)
Les essais cliniques suivent un protocole rigoureux qui commence par des études de phase I à petite échelle et se poursuivent par des essais de phase II légèrement plus vastes pour finir par des études de phase III à grande échelle. On passera à l’étape suivante uniquement si le traitement aura réussi pendant la phase en cours. Les essais cliniques se poursuivent jusqu’à ce que le partenaire dépose une demande de mise sur le marché (NDA ou BLA) auprès de l’USFDA ou d’une autorité de réglementation d’un autre pays pour le traitement qui devra être approuvé afin que les médecins puissent le prescrire.
Les procédures et le déroulement des essais cliniques dans l’Union européenne et ses États membres sont similaires à ce qui est pratiqué aux États-Unis d’Amérique. Tous les médicaments, y compris les médicaments biotechnologiques doivent faire l’objet d’essais précliniques et cliniques avant de pouvoir être autorisés. Les phases et la conception des essais cliniques peuvent varier pour certaines maladies et certains médicaments spécialisés, par exemple pour les médicaments contre le cancer et les thérapies géniques, mais elles correspondent globalement à ce qui est indiqué dans l’encadré 3.2.
Phase I : évaluation de la sécurité du médicament proposé
Participation de 20 à 80 volontaires en bonne santé; durée variable pouvant aller jusqu’à plusieurs mois
Phase II : évaluation de l’efficacité et de la sécurité (par exemple : effets secondaires)
Administration du médicament à plusieurs centaines de participants (selon le médicament) souffrant de la maladie ou du trouble à traiter; durée : entre plusieurs mois et plusieurs années
Phase III : test du médicament sur de vastes populations de patients
Détermination de la population spécifique pouvant être traitée par ce médicament et bases pour l’étiquetage du produit; durée prévisible : entre un et quatre ans.
Phase I
Pendant cette phase de durée variable mais qui peut prendre plusieurs mois, les chercheurs testent généralement le nouveau médicament sur 20 à 80 volontaires en bonne santé. L’objectif est avant tout d’évaluer la sécurité (par exemple les effets secondaires) du médicament avant de passer aux études cliniques. Les chercheurs peuvent également répondre à des questions sur la quantité de médicaments mesurée dans le sang après l’administration, sur la manière dont le médicament agit dans l’organisme et sur les effets secondaires liés à une hausse du dosage.
Phase II
Environ 70% des futurs médicaments potentiels passent en phase II. Les chercheurs administrent le médicament à davantage de patients (généralement jusqu’à plusieurs centaines) souffrant de la maladie ou du trouble en question, afin d’évaluer son efficacité et de continuer à étudier sa sécurité. La phase II vise essentiellement à déterminer la dose ou les doses et la posologie optimales du médicament pour tirer parti au maximum de ses bienfaits tout en minimisant les risques. Cette phase a une durée variable en fonction du médicament, de plusieurs mois à plusieurs années.
Phase III
Environ 33% des médicaments passent en phase III, phase de test du traitement potentiel sur le plus grand nombre de personnes. Les 300 à 3 000 participants proviennent de populations de patients auxquels le médicament sera destiné par la suite. Les études se font souvent en “double aveugle” : les participants reçoivent le traitement en cours d’évaluation ou sont affectés à un groupe de contrôle qui reçoit le traitement de support standard ou un placebo (substance sans effet thérapeutique). Les patients ne savent pas à quel groupe ils ont été affectés et les chercheurs ne savent pas à quel groupe de patients le médicament a été administré. Les études de phase III démontrent notamment si le médicament présente un avantage pour une population spécifique. Elles fournissent des données plus détaillées sur la sécurité et servent de base pour l’étiquetage du produit. Les essais durent de un à quatre ans.
Après un ou plusieurs essais de phase III, le partenaire examine les résultats et décide si le médicament s’est avéré efficace et s’il présente un profil acceptable en termes de sécurité pour traiter une maladie. Si tel est le cas, l’entreprise peut déposer une NDA contenant toutes les données et informations recueillies à chaque stade jusqu’aux résultats des essais cliniques, ainsi que d’autres informations requises par l’autorité de réglementation. La NDA est remise à l’USFDA (ou à l’autorité équivalente en dehors des États-Unis d’Amérique) pour examen en vue de l’autorisation de mise sur le marché.
D’après le réseau de connaissances sur l’innovation et l’accès aux médicaments, cette phase coûte aux partenaires entre plusieurs centaines de millions et plus d’un milliard de dollars É.-U. Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association
Activité post-autorisation et suivi ou pharmacovigilance
Le partenaire continue d’intervenir après l’autorisation du produit et l’entrée du médicament en phase de post-autorisation, comprenant la pharmacovigilance et l’autorisation de toute modification effectuée pendant la fabrication après l’autorisation. Cette phase peut prendre plusieurs années, voire souvent plusieurs dizaines d’années. Par exemple, dans le cas de produits de thérapie génique et cellulaire devant avoir des effets à long terme sur l’organisme, le suivi post-autorisation peut durer jusqu’à 15 ans
L’Union européenne et ses États membres appliquent des obligations similaires en matière de pharmacovigilance, terme que l’EMA définit ainsi : “science et activités liées à la détection, à l’analyse, à la compréhension et à la prévention des effets indésirables ou de tout autre problème en rapport avec le médicament”. Suivant cette définition générale et selon la législation applicable de l’UE, la pharmacovigilance a pour objectifs fondamentaux : 1) de prévenir le risque de réactions indésirables chez l’humain résultant de l’utilisation de médicaments autorisés dans les conditions ou en dehors des conditions de leur autorisation de mise sur le marché ou résultant d’une exposition professionnelle; et 2) de promouvoir une utilisation sûre et efficace des médicaments, notamment en informant les patients, les professionnels de santé et le public suffisamment tôt sur la sécurité des médicaments. La pharmacovigilance contribue donc à protéger les patients et la santé publique