
Monsieur l’Ambassadeur Carlos Sorreta, président de l’Assemblée générale de l’OMPI,
Excellences, Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les directeurs d’offices de propriété intellectuelle, Mesdames et Messieurs les chefs de délégation,
Chères et chers collègues, chères et chers amis,
C’est pour moi un immense plaisir de vous accueillir à la soixante-huitième série de réunions des assemblées des États membres de l’OMPI.
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Chères et chers collègues,
Chaque année, nous nous réunissons lors de ces assemblées en tant que communauté mondiale de la propriété intellectuelle pour dresser le bilan de l’année écoulée et porter notre regard vers l’avenir.
Depuis la pandémie de COVID-19, déclarer que le paysage politique, économique, culturel et technologique mondial est en pleine mutation est devenu presque un lieu commun. Mais je ne peux m’empêcher de constater que les changements qui se sont produits l’année passée étaient particulièrement marquants.
Sur le plan politique, les conflits et les divisions se sont multipliés. L’incertitude économique demeure élevée, et la croissance inégale. La culture, de plus en plus mondialisée, est devenue parallèlement un sujet de tension au sein même des pays. Sur le plan technologique, l’essor de l’intelligence artificielle transforme en profondeur notre manière de créer et d’innover.
En ces temps d’incertitude, il est normal que la voie à suivre soit floue.
Je pense toutefois que cette situation nous offre également l’occasion de réfléchir, de revenir aux fondamentaux et de nous en servir pour y voir plus clair.
Permettez-moi donc de vous faire part de quelques réflexions.
Bien avant l’apparition d’offices de propriété intellectuelle et de services d’enregistrement des brevets ou des marques – avant même le début de la civilisation –, les êtres humains inventaient, innovaient et créaient déjà. Il suffit de penser aux outils en pierre, aux flèches, aux peintures rupestres, aux sculptures en os et aux colliers de coquillages : notre curiosité, notre inventivité et notre créativité nous ont permis de façonner notre monde et ont abouti à ce qui allait devenir l’agriculture, les villes et la civilisation.
Nous sommes depuis toujours une espèce qui innove et qui crée, mais, il y a plus de 500 ans, une révolution dans notre façon d’innover a vu le jour à Venise, avant de se propager à l’Europe puis au monde entier. Cette révolution, c’était la propriété intellectuelle.
La propriété intellectuelle a donné un coup d’accélérateur à l’innovation, en permettant aux inventeurs et aux créateurs de mettre directement leurs idées et leurs innovations au service de l’économie et de la société, sans avoir à solliciter l’autorisation ou le mécénat de seigneurs ou de rois. Elle a conféré une valeur économique aux inventions en leur attribuant des droits exclusifs pouvant être exercés et monétisés. Elle a également favorisé la diffusion du savoir grâce à la création de registres publics, accessibles à tous, qui permettaient de prendre connaissance des inventions les plus récentes. La propriété intellectuelle a contribué à créer le monde dans lequel nous vivons, fait de technologie, d’innovation, de science, de conception, de culture et d’arts.
Si l’on appréhende la propriété intellectuelle sous cet angle, il semble naturel de considérer que le travail que nous accomplissons en tant que communauté mondiale de la propriété intellectuelle ne se limite pas à l’administration de l’enregistrement de droits, mais qu’il consiste également à façonner un monde qui soutient les innovateurs et les créateurs, et perpétue l’esprit humain d’innovation et de créativité.
Réussir ensemble grâce à la propriété intellectuelle
La propriété intellectuelle est non seulement liée à un instinct humain profond, mais elle possède également une caractéristique unique. À la différence des biens corporels et immobiliers, elle permet d’augmenter et de partager la valeur de manière potentiellement illimitée. Prenons l’exemple des marques, qui peuvent faire l’objet d’une franchise dans plusieurs pays, des technologies, qui peuvent être concédées sous licence dans l’intérêt du plus grand nombre, ou encore des contenus (comme les matchs de la Coupe du monde) qui peuvent être diffusés en continu auprès de milliards de personnes simultanément. La propriété intellectuelle rend tout cela possible.
C’est pourquoi, en ces temps difficiles, nous devons nous garder de la tentation de nous replier sur nous-mêmes et de considérer la propriété intellectuelle comme un jeu à somme nulle. Nous devrions au contraire reconnaître que la collaboration et la coopération sont fondamentales dans le domaine de la propriété intellectuelle. C’est la raison pour laquelle l’OMPI estime que, dans cette enceinte, les États membres peuvent remporter des victoires ensemble, même dans un monde où le scepticisme à l’égard du multilatéralisme et des institutions multilatérales ne cesse de croître.
En effet, nos données et nos interactions témoignent d’une convergence croissante dans la manière dont le monde perçoit et utilise la propriété intellectuelle, à mesure que celle-ci passe de la périphérie au centre.
L’année dernière, les investissements dans les actifs incorporels ont dépassé pour la première fois les 10 000 milliards de dollars É.-U. et affichent une croissance plus de trois fois supérieure à celle des investissements dans les actifs corporels. Ce qui est encore plus frappant, c’est l’ampleur avec laquelle cette dynamique se généralise. Aux côtés des chefs de file reconnus en matière d’innovation, comme les États-Unis d’Amérique, le Japon et l’Allemagne, des économies émergentes telles que l’Inde, les Philippines et le Brésil enregistrent une croissance forte et soutenue des investissements dans les actifs incorporels.
Plus généralement, les échanges de titres de propriété intellectuelle ont dépassé 1 200 milliards de dollars É.-U. l’année dernière, soit plus du double du niveau de 2010; les États-Unis d’Amérique, la Chine et le Japon occupent les premières places, mais le Mexique et la Türkiye figurent également parmi les principaux acteurs.
Les échanges mondiaux de biens culturels ont atteint le niveau record de 250 milliards de dollars É.-U., la culture mondiale étant de plus en plus façonnée par l’afrobeat, la pop latine et la K-pop, ainsi que par les films et les œuvres d’animation provenant d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Ainsi, dans un monde où les possibilités que nous offre la propriété intellectuelle sont immenses – grâce à sa capacité de mettre à profit l’innovation et la créativité, ainsi que de partager et multiplier la valeur –, et où de plus en plus de pays en font un vecteur de prospérité, de compétitivité, de croissance et de développement, l’OMPI peut être un lieu où nous réussissons tous ensemble.
Un parcours de transformation
Chères et chers collègues, chères et chers amis,
Au moment où s’achève mon premier mandat de Directeur général, je ne peux m’empêcher de jeter un bref regard en arrière et de me remémorer les débuts de notre parcours, tout en me projetant vers les six prochaines années.
Lorsque j’ai pris mes fonctions de Directeur général de l’OMPI, le 1er octobre 2020, le monde connaissait une situation inédite. La pandémie de COVID-19 a profondément bouleversé non seulement les économies, mais aussi notre mode de vie et nos conditions de travail. Elle a supprimé les interactions entre personnes, nous enfermant derrière des masques et des écrans d’ordinateur. Elle a mis à l’épreuve la confiance à l’égard des institutions. L’innovation et la propriété intellectuelle ont été propulsées au cœur de débats houleux.
J’avais fait campagne en m’appuyant sur deux promesses.
Premièrement, que si l’OMPI et la propriété intellectuelle étaient solidement établies, nous devions montrer que la propriété intellectuelle était non seulement une question juridique et technique, mais aussi un puissant catalyseur d’innovation, de créativité, d’investissement, d’emploi, de croissance des entreprises et, partant, de développement économique, social et culturel.
Et deuxièmement, que l’OMPI et moi-même établirions une passerelle entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud.
Mais en pleine crise de la COVID, j’ai eu le sentiment que la transformation de la propriété intellectuelle devait être encore plus percutante, le changement encore plus rapide et, dans le climat d’isolement engendré par la pandémie, le monde avait plus que jamais besoin de passerelles.
Je suis fier de noter qu’au cours des six dernières années, nous avons tous travaillé d’arrache-pied chaque jour – vous tous, aux côtés de cette équipe ici présente – pour faire de cette vision une réalité.
Ensemble, nous avons rendu la propriété intellectuelle plus compréhensible, plus accessible et plus pertinente. Nous avons élargi le débat au-delà de la seule communauté de la propriété intellectuelle pour établir des liens entre celle-ci et l’innovation, la créativité, l’économie, la finance, le commerce, la culture, la technologie et l’esprit d’entreprise, non seulement au plus haut niveau, mais aussi auprès du grand public.
De plus en plus de personnes interagissent avec l’OMPI à travers nos réseaux sociaux et nos plateformes numériques. Les célébrations de la Journée mondiale de la propriété intellectuelle de cette année, sur le thème “Propriété intellectuelle et sport” ont attiré un public record de 85 millions de personnes partout dans le monde, démontrant ainsi qu’en associant la propriété intellectuelle à des sujets qui parlent au grand public, nous parvenons à susciter l’enthousiasme de toutes et de tous pour ce domaine.
Je suis heureux d’annoncer que le thème de la Journée mondiale de la propriété intellectuelle de l’année prochaine sera “La propriété intellectuelle et la mode”, un autre sujet qui touche à tous les types de droits de propriété intellectuelle.
Dans le même temps, l’OMPI a renforcé son rôle d’instance où se dessine l’avenir de la propriété intellectuelle. Ensemble, nous avons démontré que le multilatéralisme peut porter ses fruits malgré les difficultés, grâce à la conclusion historique de deux traités en 2024 : le Traité de l’OMPI sur la propriété intellectuelle, les ressources génétiques et les savoirs traditionnels associés et le Traité de Riyad sur le droit des dessins et modèles.
Mais il n’est pas seulement question ici de négociations formelles. De plus en plus, l’OMPI est l’instance où les gouvernements, les juges, les entreprises, les innovateurs, les créateurs, les experts, les milieux universitaires et la société civile se réunissent pour examiner les enjeux émergents – de l’utilisation des technologies de l’information dans les offices de propriété intellectuelle au financement adossé à la propriété intellectuelle, en passant par l’analyse des brevets ou, de plus en plus souvent, les perspectives et défis liés à l’intelligence artificielle. Dans un monde en évolution rapide, notre responsabilité ne peut se limiter à répondre passivement au changement, mais doit nous amener à façonner résolument l’avenir.
Nous avons également continué de renforcer le cœur de notre système : les services mondiaux d’enregistrement de la propriété intellectuelle que sont le PCT, le système de Madrid, le système de La Haye et le système de Lisbonne. Près de deux millions de demandes de brevet, d’enregistrement de marques et d’enregistrement de dessins et modèles ont obtenu une protection internationale en vertu des services d’enregistrement de l’OMPI au cours des six dernières années, tandis que nous avons poursuivi la modernisation de nos services mondiaux de propriété intellectuelle afin de les rendre plus rapides, plus faciles à utiliser et davantage axés sur le client. Nos services de règlement des litiges dans le cadre du Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI continuent d’atteindre des niveaux records et nous avons renforcé notre appui à l’application des droits de propriété intellectuelle au moyen de la législation, du renforcement des capacités, de plateformes de lutte contre le piratage telles que WIPO Alert et WIPO Alert Pay, ainsi que d’une amélioration des procédures de protection aux frontières.
Nous avons également largement soutenu la numérisation des institutions chargées de la propriété intellectuelle. Plus de 90 offices de propriété intellectuelle utilisent notre plateforme IPAS pour moderniser leurs activités, et les organisations de gestion collective de près de 60 pays tirent parti de WIPO Connect. Nous renforçons également nos initiatives concrètes, comme l’Initiative mondiale de l’OMPI sur la cession de droits de propriété intellectuelle, qui vise à réduire les obstacles et la complexité liés au transfert et à la cession de la propriété intellectuelle.
Parallèlement, un nombre accru de gouvernements ont davantage recours à nos données et analyses, notamment l’Indice mondial de l’innovation, pour coordonner leurs politiques et renforcer les écosystèmes d’innovation. Quant au développement continu de plateformes comme WIPO GREEN, il montre comment la propriété intellectuelle contribue à répondre aux enjeux communs à l’échelle mondiale.
Toutes ces initiatives s’articulent autour des politiques et des institutions, mais l’un des changements les plus importants dans notre façon de travailler consiste à faire profiter concrètement et de manière visible celles et ceux qui sont sur le terrain des avantages de la propriété intellectuelle. L’impact et l’inclusivité sont au cœur de notre action.
Partout dans le monde, nous aidons les femmes, les jeunes, les petites et moyennes entreprises, les populations rurales, les peuples autochtones et les communautés locales à tirer parti de la propriété intellectuelle pour concrétiser leurs aspirations diverses.
Des initiatives telles que IP GAP, notre premier plan d’action en matière de propriété intellectuelle et d’égalité des sexes, IP YES!, notre première stratégie pour l’autonomisation des jeunes, et notre plateforme CLIP (Creators Learn IP) témoignent de cette volonté de faire en sorte que les avantages de la propriété intellectuelle profitent à un public plus large que jamais.
Les résultats parlent d’eux-mêmes.
Depuis 2020, l’Académie de l’OMPI a formé plus de 800 000 personnes, et 1,3 million si l’on inclut les institutions de formation en matière de propriété intellectuelle. Plus de 100 000 petites et moyennes entreprises ont utilisé notre outil de diagnostic de la propriété intellectuelle, dont 60 000 au cours de la seule année écoulée.
L’année dernière, notre réseau de 1 800 centres d’appui à la technologie et à l’innovation a répondu à plus de 2,5 millions de demandes dans près de 100 pays. Nous avons dépassé les 25 000 bénéficiaires pour nos projets personnalisés de propriété intellectuelle à travers le monde, des projets d’une durée de 6 à 12 mois, non seulement dans les régions en développement, mais aussi dans les pays développés.
Ces résultats reposent bien sûr sur la solide gestion financière et opérationnelle de l’OMPI. Nous avons accordé une attention particulière à cet aspect et avons conservé une situation financière solide, clôturant l’exercice biennal avec un résultat d’exploitation de 144,1 millions de francs suisses et un excédent global de 224,5 millions de francs suisses. Nos réserves se sont accrues, ce qui nous permet d’investir dans la technologie, les infrastructures et nos ressources, afin de mieux vous servir sans vous imposer de contributions supplémentaires. Et nous y sommes parvenus tout en modernisant nos activités, en investissant dans nos collaborateurs et collaboratrices, et en mettant en place une organisation plus adaptable, plus efficace et mieux préparée pour l’avenir.
Mais derrière toutes ces statistiques et ces rapports se cachent de véritables personnes dont la vie a été transformée, et je souhaite vous raconter l’histoire d’une de ces 1,3 million de personnes que nous avons touchées au cours des six dernières années. Il s’agit de Peserverance Muzeya, une entrepreneuse originaire du Zimbabwe.
Lorsque Peserverance s’est rendue au Rwanda pour participer à un sommet de l’OMPI sur l’agro-industrie en 2023, elle avait à son actif une entreprise exceptionnelle, bâtie grâce à sa détermination, son ingéniosité et des années de travail acharné. Pourtant, malgré la qualité de ses produits, son entreprise, Alzanael Group, ne disposait d’aucune marque distinctive, d’aucune protection de sa propriété intellectuelle et d’une présence très limitée sur les marchés internationaux.
Grâce à notre programme de mentorat en propriété intellectuelle, nous avons aidé Peserverance à créer une image de marque distincte, à repenser ses emballages et à protéger ses marques.
Les résultats ont été spectaculaires. Peserverance a obtenu une importante subvention internationale en faveur de l’innovation, a augmenté ses ventes de 50%, a étendu la protection de sa marque à l’ensemble de l’Afrique et s’est imposée sur Internet. L’année dernière, elle a conclu un accord de coentreprise de 20 millions de dollars avec une entreprise internationale, une possibilité devenue envisageable du fait que son entreprise était également devenue une marque reconnue et rentable.
Mais ce qui a suivi est peut-être l’élément central de cette histoire. Forte de cette expérience personnelle qui lui a permis de comprendre la valeur de la propriété intellectuelle, Peserverance accompagne désormais d’autres entrepreneurs qu’elle aide à créer leur entreprise. Son histoire nous rappelle que la propriété intellectuelle ne se contente pas de protéger les idées : elle ouvre de nouvelles perspectives, crée de la valeur et transforme des vies.
Prochaines étapes
Chères et chers collègues, chères amies, chers amis,
Au cours des six dernières années, nous avons jeté des bases solides et entamé la transformation de l’OMPI et de la notion même de propriété intellectuelle. Vous avez à maintes reprises apporté votre soutien à cette transformation, et nous poursuivrons en effet ce cheminement ensemble.
Cela dit, vous êtes nombreux à vous demander quelles sont mes aspirations pour les six prochaines années; je vais donc profiter de cette occasion pour vous faire part de quatre de mes rêves.
Mon premier rêve est que la propriété intellectuelle s’impose véritablement dans la société : qu’elle ne soit plus perçue comme un domaine technique, distant ou réservé aux spécialistes, mais qu’elle soit reconnue partout comme l’un des outils les plus importants pour soutenir les entrepreneurs, les créateurs, les chercheurs, les entreprises et les communautés. Lorsqu’on aborde des questions telles que la technologie, les marques, les dessins et modèles, les arts, la culture, l’agriculture, le commerce ou l’économie sont évoqués, il est essentiel d’être conscient que la propriété intellectuelle revêt une importance cruciale dans tous ces domaines. Nous avons déjà quelque peu progressé dans cette direction, mais beaucoup reste encore à faire.
Tout d’abord, nous devrons continuer à moderniser et à renforcer notre élément moteur – les services mondiaux de la propriété intellectuelle –, en tirant le meilleur parti de l’intelligence artificielle et des autres technologies numériques sans pour autant perdre la dimension humaine. Nous continuerons également à couvrir l’ensemble du cycle de vie de la propriété intellectuelle, de la protection et de l’enregistrement à la commercialisation, à la monétisation et au financement. Nous voulons que les bonnes idées bénéficient d’une protection solide en devenant des droits de propriété intellectuelle enregistrés, mais nous voulons également que ces droits soient mis sur le marché, là où leur potentiel juridique se transforme en valeur économique.
Deuxièmement, nous devrons amplifier les effets de nos actions. Nous devons nous appuyer sur ce que nous avons appris au cours des six dernières années et passer de projets ponctuels à des programmes évolutifs. La portée de nos activités doit être étendue de centaines de milliers à des millions de bénéficiaires. Mais nous ne pouvons y parvenir seuls. L’élargissement de notre champ d’action dépendra fortement des partenariats, et c’est là que votre soutien sera fondamental.
Troisièmement, nous devrons aider les décideurs politiques à considérer la propriété intellectuelle non seulement comme un cadre juridique, mais aussi comme un élément essentiel de l’avenir de leurs pays, grâce à des données et des analyses, ainsi qu’à la mise en place d’écosystèmes d’innovation et de création qui contribuent à la croissance et à la prise en considération des défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés.
Mon deuxième rêve est de susciter un élan mondial en faveur de la propriété intellectuelle, grâce auquel les pays développés comme les pays en développement, les pays émergents tout comme les PMA seront à la fois créateurs, utilisateurs et bénéficiaires du système international de la propriété intellectuelle; l’innovation ne sera pas concentrée en quelques endroits, mais s’épanouira dans toutes les régions du monde; et chaque pays aura la possibilité de contribuer à l’économie mondiale du savoir et d’en tirer parti.
Pour concrétiser cette vision, nous devrons surmonter nos différences et nos divergences, instaurer la confiance et continuer à trouver des terrains d’entente et de convergence qui permettent de faire avancer les enjeux liés à la propriété intellectuelle. Mais cela exige également que nous construisions un écosystème de la propriété intellectuelle plus inclusif : un écosystème auquel les femmes, les jeunes, les petites entreprises, les peuples autochtones, les communautés locales et d’autres acteurs peuvent participer pleinement et bénéficier des perspectives ouvertes par l’innovation et la créativité.
Mon troisième rêve est de veiller à ce que l’écosystème mondial de la propriété intellectuelle soit paré pour l’avenir et adapté aux innovateurs, aux créateurs et aux entreprises de demain, et non à ceux d’hier.
Pour ce faire, nous continuerons à moderniser l’écosystème mondial de la propriété intellectuelle, en veillant à ce que nos traités, nos services, nos plateformes de données et nos outils numériques évoluent au rythme même de l’innovation – en anticipant le changement plutôt qu’en y réagissant, et en proposant des services plus rapides, plus intelligents et plus accessibles à tous.
Toutefois, la modernisation ne concerne pas seulement les outils, elle touche également l’écosystème et l’architecture. Nous devons nous préparer pour l’avenir, afin que la propriété intellectuelle reste non seulement pertinente, mais aussi dynamique, à l’ère de l’IA, alors que notre façon d’innover repose de plus en plus sur une combinaison d’innovations industrielles, numériques et culturelles.
Nous allons intensifier nos travaux sur la propriété intellectuelle et l’IA et les organiser sur le modèle des quatre roues d’une voiture.
Tout d’abord, nous offrirons aux États membres une instance favorisant des échanges de vues sur des questions relatives à la propriété intellectuelle et à l’IA, de manière globale et stratégique, dans le cadre du nouveau Forum mondial sur la propriété intellectuelle et l'IA, qui se tiendra les 9 et 10 novembre prochains. Nous invitons les ministres et les hauts responsables politiques à se joindre à nous à cette occasion.
Deuxièmement, en avril de cette année, nous avons lancé la Plateforme d’échange sur l’infrastructure de l’intelligence artificielle, afin d’offrir aux experts issus d’un large éventail de secteurs un espace neutre et sécurisé pour discuter des questions techniques liées à l’infrastructure de la propriété intellectuelle, telles que les identifiants numériques, les métadonnées et le tatouage numérique, entre autres. Les conclusions de ces experts seront régulièrement communiquées aux États membres et alimenteront vos discussions.
Troisièmement, l’OMPI est déjà en train d’élaborer des outils d’IA qui seront mis à la disposition des États membres. Cette initiative débutera par un examen des marques et s’étendra ensuite à d’autres domaines; nous avons l’intention de la mettre à l’essai dans un certain nombre de pays d’ici le milieu de l’année prochaine, avant de la déployer à une échelle beaucoup plus large. Nous invitons les autres offices de propriété intellectuelle à se joindre à nous aux fins de la création et du partage des outils élaborés, ce qui permettra de réduire les doublons et de renforcer la coopération.
Quatrièmement, nous continuerons de fournir des conseils techniques, une assistance législative et d’autres mesures de renforcement des capacités, notamment la formation des entrepreneurs du secteur de l’IA à l’utilisation de ces technologies puissantes au service des autres secteurs. Un projet passionnant à cet égard est notre collaboration avec d’autres institutions du système des Nations Unies en vue de former des entrepreneurs spécialisés dans l’IA en Afrique afin de répondre aux enjeux liés à la santé.
Mon dernier rêve est de continuer à faire de l’OMPI une organisation digne de la confiance que les États membres nous accordent, notamment dans le cadre de l’initiative UN80 : nous voulons être financièrement responsables, dotés de capacités numériques, excellents sur le plan opérationnel et reconnus dans le monde entier pour notre professionnalisme et notre intégrité.
Et dans un monde où les institutions multilatérales font face à un scepticisme croissant, j’espère que l’OMPI pourra démontrer que les institutions des Nations Unies du XXIe siècle peuvent être à la pointe du numérique, efficaces, dynamiques et vigoureuses et surtout, obtenir des résultats tangibles et concrets sur le terrain.
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Chères et chers collègues, chères et chers amis,
Ces aspirations découlent des deux convictions que j’ai exprimées précédemment : d’une part, que le rôle de la propriété intellectuelle est intimement lié à l’esprit d’innovation et de créativité propre à l’être humain, et d’autre part, que la propriété intellectuelle constitue pour nous un moyen de collaborer et de coopérer.
Ce travail ne se fait pas en vase clos, et toute vision doit s’inscrire dans le tourbillon de la vie réelle. Cependant, pour paraphraser le président Kennedy, nous choisissons d’accomplir ces choses non pas parce qu’elles sont faciles, mais parce qu’elles sont difficiles. Et dans cette entreprise, nous pouvons puiser notre confiance auprès de ceux que nous servons, ainsi que dans l’histoire remarquable du système mondial de la propriété intellectuelle lui-même.
À maintes reprises, le monde a connu des transformations politiques, économiques, culturelles et technologiques. Pourtant, le système de la propriété intellectuelle a non seulement perduré, mais il a évolué, s’est adapté et s’est renforcé, car il est resté fidèle à sa vocation première : être au service des innovateurs et des créateurs.
Nous resterons fidèles à cette vocation et, ensemble, nous continuerons à bâtir un monde où la propriété intellectuelle est accessible à toutes et à tous, partout dans le monde.
Je vous remercie.