Flux de trésorerie actualisés et valeur actuelle nette
L’actualisation des flux de trésorerie est une méthode d’évaluation couramment utilisée, qui estime la valeur de la propriété intellectuelle en déterminant les futurs flux de trésorerie attendus résultant du développement et de la commercialisation de cette propriété intellectuelle. Dans le présent chapitre, nous allons présenter les états des flux de trésorerie et la manière de les utiliser pour surveiller la santé financière d’un actif, en l’occurrence un actif de propriété intellectuelle. En outre, nous discuterons de la notion d’actualisation, qui nous permet de déterminer la valeur actuelle nette (VAN) des flux de trésorerie futurs.
En suivant cette approche conventionnelle d’évaluation, l’évaluateur détermine la nature des flux de trésorerie pour le projet en cours de développement. Le flux de trésorerie est le mouvement d’argent qui entre et sort de l’entreprise, généralement pour développer, produire et vendre des produits et des services. L’état des flux de trésorerie résume les entrées et les sorties d’argent d’une entreprise au cours d’une période donnée. Les états des flux de trésorerie et d’autres rapports financiers permettent aux entreprises, aux investisseurs et aux analystes de déterminer la santé financière d’une entreprise. Un exemple d’état des flux de trésorerie est présenté dans le tableau 3.
Dans le tableau 3, la petite entreprise dispose au départ de 20 000 dollars É.-U. et réalise des ventes de 25 000 dollars É.-U. le premier mois. L’entreprise effectue plusieurs dépenses, notamment pour la publicité, le personnel et les services publics. De plus, un prêt est en cours et est remboursé régulièrement chaque mois. L’entreprise effectue chaque mois des achats d’immobilisations.
Dans cet exemple, l’entreprise a un flux de trésorerie positif net à la fin de chaque mois. L’état des flux de trésorerie permet à la petite entreprise de surveiller sa santé financière. De même, lors de l’examen de la commercialisation de la propriété intellectuelle, nous devons tenir compte des coûts de développement, de tout investissement réuni pour soutenir l’exploitation et, enfin, des entrées de trésorerie provenant des ventes. Il est important de relever que les remboursements d’emprunts et les achats d’immobilisations, tout en contribuant au total des sorties de trésorerie de l’entreprise, sont distingués à des fins de clarté et de transparence. Dans le cas de l’emprunt, par exemple, cette distinction permet aux utilisateurs des états financiers d’analyser l’effet des activités d’emprunt et de remboursement sur les flux de trésorerie de l’entreprise, indépendamment des autres activités.
Aux fins de l’évaluation de la propriété intellectuelle, nous supposons que la propriété intellectuelle en cause se situe à un stade précoce, c’est-à-dire au stade de la découverte, au stade préclinique ou au stade des essais de phase II. Le flux de trésorerie obtenu concerne le reste du processus de développement, lorsque l’actif de propriété intellectuelle passe les essais cliniques et l’examen réglementaire, jusqu’à l’entrée sur le marché. Les flux de trésorerie postérieurs à la commercialisation couvrent la durée de vie utile restante de l’actif de propriété intellectuelle, qui est généralement la période courant jusqu’à l’expiration du brevet ou jusqu’au pic des ventes.
Le processus peut se dérouler selon les étapes suivantes :
Étape 1 : Déterminer les flux de trésorerie antérieurs à la commercialisation
Nous devons prendre en considération les coûts d’acquisition de la propriété intellectuelle lorsqu’elle n’a pas été développée en interne, ainsi que les études précliniques et cliniques, les opérations et les coûts administratifs. Afin d’estimer correctement ces coûts, il peut être nécessaire de simuler différents scénarios pour justifier des coûts plus élevés que prévu, des retards dans la réalisation des études et des fluctuations des coûts administratifs et d’exploitation. Les flux de trésorerie sont généralement négatifs (Recherche clinique, 2019) au cours de la phase du projet antérieure à la commercialisation, comme indiqué au tableau 4.
Étape 2 : Déterminer les flux de trésorerie postérieurs à la commercialisation
Après l’entrée sur le marché, les flux de trésorerie passent au vert grâce aux recettes générées par les ventes du produit. Nous devons prendre en considération l’évolution des ventes du produit lorsqu’elles augmentent par rapport à un point bas, atteignent un pic après un certain temps et diminuent finalement, étant donné que la capitalisation boursière est perdue en raison de l’obsolescence du produit, de la concurrence et d’autres facteurs. L’estimation des ventes peut se révéler difficile du fait du large éventail des facteurs de valeur présents sur le marché. Ces facteurs sont, notamment, la taille de la population de patients cibles, le prix de notre médicament, les vitesses d’absorption sur différents marchés cibles, les prescriptions de dosage, la concurrence (y compris de solutions non médicales), les prévisions de croissance, l’obsolescence, les médicaments concurrents entrant sur le marché ou l’approche de la fin de la vie utile de notre produit.
La figure 2 présente un aperçu de l’approche prévisionnelle généralement utilisée dans les secteurs de la biotechnologie et des produits pharmaceutiques (Cook, 2016). En règle générale, nous commençons par estimer le nombre de personnes qui souffrent de la maladie que notre agent thérapeutique peut traiter. En nous fondant sur ce chiffre, nous déterminons ensuite combien sont susceptibles de prendre un traitement curatif. Nous partons de l’hypothèse que ce sous-ensemble de la population a été diagnostiqué et peut être symptomatique. À partir de ce groupe, nous estimons ensuite le nombre de personnes qui peuvent avoir accès aux médicaments pertinents qui ont été approuvés dans la région que nous étudions. À ce stade, nous pouvons prendre en considération le marché existant du médicament en cours d’examen et l’environnement concurrentiel. Nous pouvons alors examiner comment ce chiffre (patients sous médicament X) se transforme en ventes pour le développeur du médicament. La fixation du prix du médicament est complexe et fait l’objet de négociations entre les sociétés pharmaceutiques et les services nationaux de santé ainsi qu’avec le secteur privé extrêmement fragmenté des soins de santé, qui comprend les assureurs, les gestionnaires des prestations des pharmacies et d’autres parties prenantes. La situation est encore compliquée par la tendance à une tarification basée sur la valeur des médicaments sur ordonnance.
Étape 3 : Actualisation de chaque flux de trésorerie
Les flux de trésorerie estimés lors des étapes 1 et 2 apparaissent non seulement à des moments différents, mais ils comportent également un élément d’imprévisibilité en termes de taille et de probabilité de survenance. Dès que nous estimons ces flux de trésorerie futurs, nous les actualisons et les additionnons pour déterminer la valeur actuelle nette de la propriété intellectuelle. L’actualisation désigne le processus consistant à déterminer la valeur actuelle d’une opportunité, qui se réalise à une date future. Le taux d’actualisation appliqué est une valeur unique, qui combine plusieurs facteurs, notamment :
la valeur temps de l’argent – l’idée que l’argent aujourd’hui vaut plus que l’argent demain.
Coût du capital – le taux de rendement qu’une entreprise doit atteindre avant de générer de la valeur.
Probabilité de réussite – estimer l’incertitude ou le risque des flux de trésorerie.
Nous allons commencer par examiner les notions de temps et de valeur de l’argent. À titre d’exemple, un dollar d’aujourd’hui vaut plus que ce que vaudra un dollar dans un an. Nous devons appliquer un taux d’intérêt pour tenir compte de la dépréciation du dollar afin de préserver sa valeur actuelle. C’est comme appliquer un taux d’intérêt à un dollar placé sur un compte d’épargne. En règle générale, les taux d’intérêt augmentent avec le temps, de sorte que si nous avons appliqué un taux d’intérêt de 10% au dollar, il vaudrait 1,10 dollar É.-U. après un an et 1,21 dollar É.-U. après la deuxième année. Aux fins de l’évaluation, le taux d’intérêt appliqué est celui des bons du Trésor à long terme dans le pays considéré (p. ex. les États-Unis d’Amérique) ou la région considérée (p. ex. l’Union européenne) aux fins de l’évaluation.
La formule énoncée dans l’équation 1 est généralement utilisée pour actualiser chaque flux de trésorerie.
Le coût du capital dépend en partie du profil de l’entreprise du point de vue d’un investisseur. Ainsi, une entreprise bien établie de biotechnologie avec un historique de mises sur le marché réussies de médicaments peut être considérée comme présentant un risque moindre qu’une start-up créée pour développer et commercialiser un médicament candidat. Dans ce dernier cas, l’entreprise sera probablement considérée comme étant à haut risque et peut, dès lors, être soumise à un coût du capital supérieur à la moyenne. Une VAN positive ou un flux de trésorerie actualisé indique que le projet dépasse le taux d’actualisation de l’entreprise et qu’il vaudrait la peine de le poursuivre. Une VAN négative indique que le projet ne générera pas un rendement suffisant pour couvrir le taux d’actualisation et qu’il devrait être abandonné.
Certains professionnels de l’évaluation font valoir qu’utiliser une valeur unique pour tenir compte de plusieurs variables masque la complexité du processus de mise au point d’un médicament et aboutit donc à une évaluation moins précise que lorsqu’une approche pondérée en fonction des risques est utilisée (Avance, 2021a).
Le coût du capital est un facteur important à prendre en considération dans le cadre de l’évaluation de la propriété intellectuelle et il est utile de comprendre quels sont ses composants et quels sont les liens entre eux. Le taux des bons d’État à long terme est souvent considéré comme un taux sans risque par les acteurs du marché financier. Ce taux sert de référence à des activités de financement plus risquées réalisées par des entreprises. Les grandes entreprises lèvent généralement des fonds en émettant des actions et en s’endettant en recourant à des obligations d’entreprise, ce qui implique des coûts dans les deux cas.
Dans le cas d’une émission de titres, une banque d’investissement facilite le processus d’émission et les actionnaires existants peuvent choisir d’acheter de nouvelles actions. Par ailleurs, en émettant des obligations d’entreprise, la société doit verser un intérêt basé sur le taux actuel sans risque et le taux prévu pendant la durée de l’obligation (qui peut atteindre 10 ans). En outre, une prime de risque est incluse pour tenir compte de l’évaluation des activités de l’entreprise par le marché. Le coût du capital d’une entreprise est le total de ces charges, mélangées en fonction de la composition du capital de l’entreprise (actions) et de ses obligations (dette).
Pour les grandes sociétés pharmaceutiques, le coût du capital s’est situé entre 7 et 9% au cours des 15 dernières années. Les rapports d’analyse établis par des banques d’investissement de premier plan fournissent souvent le taux du coût du capital de certaines entreprises, qui servent des références utiles. Néanmoins, de petites sociétés de biotechnologie peuvent faire face à des coûts du capital sensiblement plus élevés. Il peut être difficile et onéreux pour elles de lever de nouveaux capitaux et un financement traditionnel de la dette peut ne pas être une option viable.
Il est essentiel de comprendre le coût du capital pour déterminer le taux d’actualisation adéquat des flux de trésorerie dans le cadre d’une évaluation de la propriété intellectuelle. Il représente le rendement attendu par les investisseurs pour le niveau de risque associé à leur investissement. En tenant compte des circonstances spécifiques de l’entreprise et de son secteur, notamment la taille, le stade de développement et la situation du marché, un coût du capital réaliste et personnalisé peut être calculé, ce qui permet une évaluation plus précise des actifs de propriété intellectuelle.
Le risque du projet est un aspect essentiel à prendre en considération dans le cadre de l’évaluation de la propriété intellectuelle et est étroitement lié au concept de taux sans risque et de coût du capital. Le taux sans risque représente la valeur temps de l’argent pour un projet ne comportant aucun risque, tandis que le coût du capital reflète la valeur temps de l’argent pour un projet ayant le même niveau de risque que le projet moyen au sein d’une entreprise. En pratique, de nombreuses grandes entreprises fixent un taux au début de l’année, qui sert de référence pour la plupart des évaluations, ce qui permet de comparer des projets concurrents. Toutefois, en ce qui concerne les projets considérés comme présentant un risque supérieur, un taux d’actualisation supérieur peut être appliqué pour tenir compte de ce niveau de risque élevé.
Il est difficile de déterminer le taux d’actualisation adéquat reflétant le risque d’un projet. Cela requiert de procéder à une évaluation minutieuse des risques spécifiques et des résultats potentiels du projet. L’utilisation d’un taux d’actualisation supérieur pour des projets plus risqués vise à couvrir la rémunération supplémentaire demandée par les investisseurs en raison de l’incertitude accrue qu’ils acceptent. Cependant, l’un des inconvénients majeurs de n’ajuster que le taux d’actualisation pour tenir compte du risque du projet est que les effets du risque ne soient pas clairement visibles dans le résultat de l’évaluation. Les utilisateurs des informations tirées de l’évaluation peuvent ne pas discerner clairement les effets distincts du coût du capital et du risque sur la valeur du projet.
Pour résoudre ce problème, une approche plus efficace consiste à ajuster les flux de trésorerie (le numérateur dans l’équation d’évaluation) afin d’intégrer le risque du projet séparément du coût du capital (le dénominateur). De la sorte, les observateurs peuvent clairement observer et évaluer l’influence de chaque facteur, ce qui permet de mieux comprendre globalement les flux de trésorerie attendus et les conséquences des risques prévus. La détermination des flux de trésorerie attendus requiert un examen approfondi et un jugement éclairé de l’équipe de projet. Toutefois, s’appuyer sur un seul scénario peut limiter l’évaluation à un seul ensemble de résultats. L’approche de la VANr est donc extrêmement intéressante, car elle prend explicitement en considération une variété de scénarios futurs et fournit une évaluation plus complète de la valeur du projet.
La prise en compte du risque du projet et l’application d’une approche VANr permettent aux décideurs d’évaluer l’impact potentiel des différents résultats et de prendre des décisions éclairées fondées sur une compréhension plus complète de la valeur du projet. Cela incite à un examen approfondi des flux de trésorerie attendus dans différents scénarios et aboutit, en fin de compte, à une évaluation plus solide et plus réaliste. La section suivante présente une description détaillée de la VANr.
Valeur actuelle nette pondérée en fonction des risques
La VANr, également connue sous le nom de méthode du rendement attendu pondéré par sa probabilité ou méthode de la valeur actuelle nette attendue, est une approche affinée de la méthode des flux de trésorerie actualisés. Nous séparons ici le coût du capital de la probabilité de réussite du développement du projet. La VANr est la méthode d’évaluation la plus populaire et, par conséquent, la méthode d’évaluation effective des actifs et des entreprises de biotechnologie et elle peut être calculée en utilisant la formule énoncée dans l’équation 2.
Le processus peut se dérouler selon les étapes suivantes :
Étape 1 : Déterminer la probabilité de réussite
Compte tenu de la structure bien définie du développement des médicaments, les taux d’attrition (ou, à l’inverse, les probabilités de réussite) durant les essais cliniques et lors de l’approbation réglementaire sont bien documentés pour différentes indications, comme indiqué à la figure 3 (Biotechnology Innovation Organization, 2021).
Il est à noter que les données présentées à la figure 3 montrent des taux d’attrition pour plusieurs indications. Lors de l’élaboration de modèles d’évaluation pour une indication particulière, vous devez trouver des données plus précises qui ne concernent que l’indication qui vous intéresse.
Étape 2 : Déterminer les facteurs d’influence
D’autres facteurs interviennent dans l’évaluation de la propriété intellectuelle dans le domaine de la biotechnologie, notamment les partenariats et le degré d’utilité du produit pendant la durée de vie de la propriété intellectuelle.
Partenariats
Le développement d’un médicament passe souvent par des collaborations en matière de recherche-développement, lesquelles peuvent nécessiter l’utilisation d’une propriété intellectuelle préexistante ou d’un savoir-faire mis au point par des membres des consortiums. La propriété intellectuelle nouvelle ou émergente (molécules candidates) peut donc être détenue conjointement par les entités qui collaborent. En outre, les partenaires peuvent partager le risque en finançant à la fois des essais cliniques et, ensuite, la mise sur le marché.
Durée de vie utile restante de la propriété intellectuelle
En raison de la longue durée du développement dans le secteur de la biotechnologie, la stratégie de protection de la propriété intellectuelle doit être solide. Il peut être risqué de demander une protection par brevet au début du processus (p. ex. au stade de la découverte), étant donné qu’il peut se passer plus de 10 ans avant que le produit ne soit mis sur le marché, moment auquel la durée de vie utile restante sera fortement diminuée. Il peut donc être intéressant de retarder la demande de brevet afin de permettre au(x) titulaire(s) de la propriété intellectuelle de laisser le produit acquérir autant de valeur future que possible; cependant, deux risques essentiels doivent être évalués, à savoir la possibilité d’une divulgation involontaire (ce qui dépend d’une organisation dans une mesure importante) et la possibilité qu’une demande de brevet similaire soit déposée par un concurrent (ce qui échappe au contrôle de l’organisation).
Généralement, des sociétés bien établies de biotechnologie et de produits pharmaceutiques s’appuient sur des méthodes telles que les secrets d’affaires et des clauses de non-divulgation dans leurs contrats d’emploi afin d’atténuer les risques de divulgation, mais le second risque ne peut être atténué et est toujours problématique. Par conséquent, de nombreuses grandes entreprises déposeront leur demande à un moment donné du cycle de développement de 14 ou 15 ans (p. ex. peu avant la sélection du candidat, à savoir l’identification d’une molécule phare, 8 à 10 ans environ avant le lancement potentiel sur le marché).
La plupart des universités à fort coefficient de recherche, qui sont une importante source d’actifs de propriété intellectuelle à un stade précoce (découverte et stade préclinique), ne disposent pas des ressources nécessaires pour développer des actifs de propriété intellectuelle après le stade préclinique. Elles sont contraintes de rechercher des fonds en publiant les résultats de leurs recherches, dont certains peuvent révéler des informations commercialement sensibles. En raison de ces facteurs, les universités peuvent éprouver plus de difficultés à acquérir une part significative de la valeur future de la propriété intellectuelle que les sociétés pharmaceutiques et de biotechnologie qui disposent des ressources nécessaires pour agir en aval (essais cliniques et mise sur le marché).
Éléments à prendre en considération en utilisant la VANr
Plusieurs éléments doivent être pris en considération lorsque l’on utilise la valeur actuelle nette pondérée en fonction des risques :
Les hypothèses utilisées pour l’évolution des flux de trésorerie doivent reposer sur des données. Il convient de s’appuyer sur des informations vérifiables en ce qui concerne les taux d’attrition pour l’indication, le type de projet et le stade de développement. L’utilisation de références externes permet de défendre l’évaluation en interne, au sein de l’organisation, et potentiellement face à une partie extérieure dans le cadre d’une négociation commerciale. Certaines hypothèses de base et plages de résultats peuvent être partagées dans le cadre de négociations afin d’étayer une position sur les conditions d’un accord.
L’approche de la VANr est largement acceptée par les professionnels de l’évaluation dans les domaines de la biotechnologie et des produits pharmaceutiques (Avance, 2021b) et devrait être la méthode fondamentale pour tous les praticiens.
En ce qui concerne les actifs de propriété intellectuelle à un stade précoce, l’utilisation de l’approche des comparables est utile, en particulier lorsque l’on se prépare à lever des fonds. Recherchez des éléments comparables d’accords de fusion et acquisition récemment conclus ou les états financiers d’entreprises publiques similaires.
Lorsque vous envisagez de collaborer des partenaires ou d’acquérir des licences de propriété intellectuelle, concentrez-vous sur la manière dont la VANr est partagée entre les parties. Il s’agit d’un élément essentiel des négociations dans ces situations.
Certaines entreprises structurent les calculs de la VAN attendue et de la VANr en utilisant un arbre de décision. Celui-ci fournit une méthode graphique pour décrire le problème et illustrer les résultats de l’évaluation d’un médicament candidat de phase I, comme le montre l’étude de cas n° 2.
Pharmacorp, une grande société pharmaceutique, a récemment vu rejetée sa demande d’approbation réglementaire pour un médicament contre le cancer et la confiance des actionnaires est donc faible. Afin de renforcer son portefeuille de projets et de rassurer ses actionnaires, l’entreprise recherche des opportunités d’acquisition de licences d’universités et d’entreprises de biotechnologie.
BioTech est une entreprise de biotechnologie de taille moyenne dont le portefeuille comprend deux grands projets. L’un est un projet relatif à la fibrose kystique en phase I, tandis que l’autre est une initiative phare pour le traitement du cancer (TumaBlok). BioTech a besoin de s’assurer un financement pour soutenir ses activités au cours des 24 à 30 prochains mois.
Pharmacorp rencontre BioTech lors d’une conférence sectorielle et entame des discussions sur le portefeuille de projets de BioTech. Pharmacorp pense que le projet relatif à la fibrose kystique peut être une opportunité intéressante d’acquisition de licence.
Diligence requise Le traitement candidat de la fibrose kystique semble prometteur en termes d’efficacité. Il s’agit d’un traitement potentiel de la fibrose kystique, qui serait le premier du genre, étant donné que les patients suivent généralement un traitement et ont besoin de soins tout au long de leur vie. Le marché est vaste et est estimé à environ 6 milliards de dollars É.-U. par an dans le monde. BioTech souhaite concéder des licences sur le médicament pour la fibrose kystique afin de lui permettre de concentrer ses efforts sur le traitement du cancer. Les analystes et les experts financiers de Pharmacorp ont estimé les coûts prospectifs suivants pour le développement du projet relatif à la fibrose kystique (tableau 5) et la courbe des ventes attendues (figure 4).
Sur la base des données mentionnées dans les figures 4 et 5 et d’un taux d’actualisation (r) de 10%, les analystes de Pharmacorp ont élaboré un modèle de flux de trésorerie actualisés pondérés en fonction des risques afin d’estimer la valeur de la propriété intellectuelle pour servir de base à la négociation d’un accord (tableau 6).
Les analystes de Pharmacorp ont estimé la valeur de l’opportunité relative à la fibrose kystique comme s’il s’agissait d’un projet interne, pour aboutir aux données ci-dessous.
Sur la base de ce modèle, les analystes de Pharmacorp peuvent déterminer deux indicateurs clés de performance de l’accord, à savoir la VAN attendue de l’accord et le taux de rendement interne (TRI). Ces indicateurs servent à comparer cette opportunité avec d’autres options qui s’offrent à Pharmacorp. En raison de la baisse importante des ventes prévues (figure 5), la VANr du projet n’est calculée que jusqu’au pic des ventes (année 18 du projet), en additionnant les flux de trésorerie actualisés annuellement pondérés en fonction des risques pour chaque année jusqu’à l’année 18. Cela aboutit à une VANr de 70,45 millions de dollars É.-U. Il est utile de rappeler l’approche utilisée pour calculer la VANr. Le processus peut se dérouler selon les étapes suivantes :
Estimer les flux de trésorerie attendus : commencez par estimer les flux de trésorerie attendus associés au développement et à la commercialisation du médicament candidat. Prenez en considération des facteurs tels que les coûts de recherche-développement, les frais réglementaires, les frais de fabrication et de production, les coûts de commercialisation et de vente et les recettes prévues pour différents résultats potentiels tout au long du cycle de vie du médicament.
Attribuer des probabilités à différents scénarios : évaluez les probabilités de différents scénarios susceptibles d’influencer le succès et la commercialisation du médicament. Ceci pourrait inclure des facteurs tels que les résultats des essais cliniques, l’approbation réglementaire, l’acceptation par le marché, la concurrence et l’expiration du brevet. Attribuez des probabilités à chaque scénario sur la base d’avis d’experts, de données historiques ou de références de l’industrie.
Calculer les flux de trésorerie pondérés en fonction des risques : multipliez chaque flux de trésorerie attendu par la probabilité correspondante. Cette étape tient compte du fait que la probabilité de chaque scénario se produit et ajuste les flux de trésorerie en conséquence. Des scénarios à risque plus élevé peuvent se voir attribuer des probabilités inférieures, ce qui aboutit à des flux de trésorerie pondérés plus bas.
Actualiser les flux de trésorerie pondérés en fonction des risques : appliquez un taux d’actualisation aux flux de trésorerie pondérés en fonction des risques en utilisant le taux d’actualisation standard de l’organisation (qui reflète le coût de son capital). Le taux d’actualisation ne devrait pas refléter le profil de risque spécifique du médicament, notamment des facteurs tels que le stade de développement, le potentiel du marché et les incertitudes réglementaires, étant donné que ces facteurs ont été intégrés dans l’ensemble des flux de trésorerie et des probabilités. L’actualisation des flux de trésorerie reflète la valeur temps de l’argent pour l’organisation qui évalue le projet et fournit la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs attendus.
Résumer les valeurs actuelles pondérées en fonction des risques : résumez les flux de trésorerie actualisés pour déterminer la VANr. Une VANr positive indique que les flux de trésorerie attendus du médicament candidat, après prise en compte des risques connexes, dépassent les coûts et répondent au retour sur investissement requis. Une VAN négative indique que le médicament candidat pourrait ne pas générer un rendement suffisant pour justifier l’investissement.
Une caractéristique de cette approche est le fait qu’une grande société pharmaceutique et une entreprise de biotechnologie peuvent avoir des évaluations différentes d’un même projet, étant donné que, dans la plupart des cas, le coût du capital des deux entreprises est différent. D’un côté, cela peut sembler illogique : un projet n’a-t-il pas une valeur spécifique? Les méthodes de calcul de la VAN et de la VANr ne déterminent toutefois pas une valeur moyenne du marché ou une valeur véritable d’un projet, mais utilisent un taux d’actualisation spécifique lié à une entreprise particulière et évaluent donc la valeur du projet pour l’entreprise qui l’entreprend. Un élément positif, dans le contexte commercial habituel d’une évaluation et d’un examen internes, est que ce sont les informations que recherchent l’équipe commerciale et la haute direction. Dans les grandes entreprises, les effets fiscaux sont souvent pris en considération dans les évaluations de la VAN ou de la VANr au dernier stade de l’analyse.
En appliquant l’approche de la VANr, les décideurs sont plus à même d’estimer la valeur d’un médicament candidat à un stade précoce, en tenant compte des incertitudes et des risques inhérents à la mise au point d’un médicament. Cette analyse contribue à évaluer la rentabilité potentielle, à prendre des décisions éclairées sur l’allocation des ressources, les contrats de licence, les partenariats ou d’autres décisions relatives au développement, ainsi qu’à comparer différentes possibilités d’investissement sur la base de leur rentabilité pondérée en fonction des risques. L’intégration de pondérations en fonction des risques dans le calcul de la VAN conduit à une évaluation plus réaliste de la valeur de l’investissement, en tenant compte des incertitudes et des risques impliqués, et elle aide à déterminer si les rendements attendus compenseront adéquatement le risque perçu.
Sur la base de cette analyse, nous constatons que l’effet de la pondération en fonction des risques devient clair, les flux de trésorerie étant lourdement modulés par la probabilité de réussite, réduisant ainsi les chances d’entrée sur le marché. Surtout, nous modulons les coûts par la probabilité cumulée, étant donné que les coûts ultérieurs du développement ne seront pas supportés si le projet échoue à une étape du développement.
Ensuite, nous calculons le TRI du projet, en appliquant le taux d’actualisation de manière itérative jusqu’à ce que la VANr au pic des ventes soit égale à zéro. De la sorte, les analystes déterminent le taux de rendement du projet par rapport au taux d’actualisation et, pour autant que le taux de rendement interne soit supérieur au taux d’actualisation, le projet est financièrement intéressant. Le modèle des analystes donne un taux de rendement interne d’environ 35%, soit nettement plus élevé que le taux d’actualisation de 10% de Pharmacorp.
Le taux de rendement interne
Le taux de rendement interne est une mesure couramment utilisée en analyse financière pour estimer la rentabilité d’un projet ou d’un investissement potentiel et une méthode de comparaison d’opportunités multiples. Le taux de rendement interne est le taux d’actualisation auquel la VAN attendue, à savoir la somme des flux de trésorerie actualisés pondérés en fonction des risques, est égale à zéro. Si le taux de rendement interne calculé est supérieur au coût du capital (taux d’actualisation) pour l’entreprise qui évalue le projet, en théorie, ce dernier est rentable. Si le taux de rendement interne est inférieur au coût du capital (taux d’actualisation), en théorie, le coût de financement du projet serait supérieur aux rendements attendus de celui-ci et le projet ne serait pas rentable.
L’avantage d’utiliser le taux de rendement interne pour évaluer des opportunités d’investissement ou des projets potentiels est qu’il permet de comparer de multiples projets au moyen d’une valeur unique. Bien que le taux de rendement interne soit une méthode populaire pour estimer les rendements et la rentabilité d’un projet ou d’un investissement, il est généralement utilisé conjointement à d’autres facteurs dans le cadre de l’évaluation d’une décision d’investissement.
Prenons un exemple pour comprendre le concept du taux de rendement interne. Supposons que vous envisagiez d’investir dans un projet de biotechnologie en vue de mettre au point un nouveau médicament. Le projet nécessite un investissement initial d’un million de dollars É.-U. et devrait générer des entrées de trésorerie de 300 000 dollars É.-U. par an pendant cinq ans. Vous souhaitez calculer le taux de rendement interne de cet investissement.
Pour calculer le taux de rendement interne, vous devez déterminer le taux d’actualisation auquel la valeur actuelle des entrées de trésorerie est égale à l’investissement initial. Vous pouvez commencer par supposer un taux d’actualisation de 10%, par exemple. Vous actualisez chaque entrée de trésorerie à sa valeur actuelle en utilisant le taux d’actualisation et ensuite vous additionnez ces valeurs actuelles. Si la somme est égale à l’investissement initial, le taux d’actualisation supposé est le taux de rendement interne. Dans le cas contraire, vous ajustez le taux d’actualisation et vous répétez le calcul jusqu’à ce que vous trouviez le taux auquel la VAN est égale à zéro.
Supposons que vous calculiez la valeur actuelle des entrées de trésorerie en utilisant un taux d’actualisation de 10% et que vous obteniez la somme de 700 000 dollars É.-U. Étant donné que cette somme est inférieure à l’investissement initial d’un million de dollars É.-U., vous savez que le taux de rendement interne doit être supérieur à 10%. Vous ajustez le taux d’actualisation à 15% et vous refaites le calcul. Cette fois, vous constatez que la somme de la valeur actuelle est de 1,2 million de dollars É.-U., soit plus que l’investissement initial. Vous pouvez donc en conclure que le taux de rendement interne est compris entre 10 et 15%.
Dans cet exemple, le taux de rendement interne représente le taux de rendement annualisé auquel la VAN du projet serait égale à zéro. Lorsque le taux de rendement interne est supérieur au taux de rendement ou au coût du capital requis, cela indique que l’investissement est potentiellement rentable. D’autre part, lorsque le taux de rendement interne est inférieur au coût du capital, cela indique que le projet pourrait ne pas atteindre le seuil de rendement requis et être jugé moins intéressant.
Le rapport entre le taux d’actualisation et le taux de rendement interne est que le taux d’actualisation sert à calculer la valeur actuelle des flux de trésorerie, tandis que le taux de rendement interne est le taux auquel la valeur actuelle des entrées de trésorerie est égale à l’investissement initial. Le taux de rendement interne est un moyen de comparer les retours potentiels d’un investissement au taux d’actualisation ou au coût du capital afin de déterminer sa faisabilité et sa rentabilité.
Le taux de rendement interne est une mesure utile pour évaluer les taux de rendement et l’attrait relatif de différents projets. Il a toutefois ses limites. Le taux de rendement interne ne fournit pas d’informations sur l’ampleur des rendements potentiels, étant donné qu’il porte uniquement sur le taux de rendement en termes de pourcentage. Par ailleurs, les méthodes fondées sur la VAN et la VANr évaluent les rendements à un taux d’actualisation fixe et fournissent des renseignements sur la taille des rendements potentiels pour l’entreprise. Ces différentes caractéristiques guident l’application de ces techniques dans des contextes spécifiques.
Le taux de rendement interne est couramment utilisé pour mesurer le rendement du capital-risque et des fonds de capital-investissement. Dans ces cas, des investisseurs potentiels, tels des fonds de pension, souhaitent connaître le rendement que pourrait générer chaque million de livres investies, le taux de rendement étant alors la mesure appropriée. D’autre part, la VAN est largement utilisée par les grandes entreprises comme approche primaire d’évaluation, car elle permet la comparaison des rendements potentiels des différents projets menés dans le temps, en déterminant leur valeur en termes de trésorerie aujourd’hui, ce qui constitue généralement l’information la plus pertinente.
L’approche fondée sur le taux de rendement interne présente toutefois des inconvénients. Si les flux de trésorerie changent de signe (du positif au négatif ou inversement) plus d’une fois au cours de la vie du projet, le calcul peut donner des réponses multiples et entraîner des difficultés d’interprétation. En outre, deux projets ayant des flux de trésorerie différents et une rentabilité différente en termes de rendements peuvent avoir le même taux de rendement interne, en fonction du découpage des flux de trésorerie.
Il est important de tenir compte de ces limites et de choisir la méthode d’évaluation qui convient le mieux, compte tenu du contexte et des objectifs spécifiques de l’analyse. Alors que le taux de rendement interne peut fournir des renseignements sur les taux de rendement relatifs, la VAN et la VANr donnent une évaluation plus complète des rendements potentiels et de la valeur de ces rendements pour l’entreprise.