Les investissements dans les actifs incorporels, tels que le savoir-faire organisationnel, la recherche-développement, les logiciels et les données, les marques, les dessins et modèles, et les autres titres de propriété intellectuelle, représentent désormais une part importante et croissante du produit intérieur brut (PIB) mondial. Pourtant, même s’ils alimentent une grande partie de l’économie moderne, les actifs incorporels restent largement sous-évalués.
Cette troisième édition des Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde, qui sont publiées chaque année par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en partenariat avec la Luiss Business School (LBS), contribue à réduire cet écart. Ces données, associées à la base de données mondiale INTAN-Invest, proposent des statistiques annuelles et trimestrielles sur les investissements dans les actifs incorporels dans 29 économies, avec des données actualisées pour le Brésil, l’Inde et le Japon, ainsi que les toutes premières estimations concernant le Canada et les Philippines.
L’édition 2026 des Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde révèle que les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté plus de trois fois plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels depuis 2008, dépassant les 10 000 milliards de dollars É.-U. en 2025. Les États-Unis d’Amérique, le Japon et l’Allemagne occupent la première place en valeur absolue; la Suède, les États-Unis d’Amérique et la France mènent pour ce qui est de l’intensité; tandis que l’Inde, le Japon et les Philippines ont enregistré la croissance la plus rapide.
L’édition de cette année est spécialement consacrée aux marques en tant qu’actifs stratégiques (voir la tendance n° 8). Elle actualise également l’analyse des interactions entre intelligence artificielle (IA) et actifs incorporels (voir la tendance n° 6).
Les profils complémentaires sur l’économie immatérielle, élaborée conjointement par l’OMPI et la LBS seront publiés dans le courant de l’année, ainsi qu’un ouvrage consacré à la nature de plus en plus immatérielle de l’économie mondiale (Corrado et al., à paraître).
Les huit tendances simplifiées indiquées ci-après résument les principales conclusions de l’édition 2026 des Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde.
Tendance simplifiée n° 1 : Les investissements dans les actifs incorporels continuent de dépasser ceux dans les actifs corporels, enregistrant une croissance plus de trois fois supérieure depuis 2008
Dans les 29 économies couvertes par le rapport, qui représentent 57% du PIB mondial, les investissements dans les actifs incorporels ont atteint en 2025 un niveau record de plus de 10 000 milliards de dollars É.-U.
Les investissements dans les actifs incorporels ont progressé à un taux de croissance annuel composé de 3,5% en termes réels entre 2008 et 2025, soit 3,6 fois plus vite que les investissements dans les actifs corporels, qui ont progressé à un taux de 0,98% sur la même période
Qu’entend-on par “actifs incorporels”? Contrairement aux actifs corporels tels que les usines, les machines ou les équipements, les actifs incorporels n’ont pas de forme matérielle. Ils comprennent le savoir-faire organisationnel, la recherche-développement, les logiciels et bases de données, les marques, les dessins et modèles et les autres titres de propriété intellectuelle. Prenons l’exemple d’une voiture électrique : aujourd’hui, sa valeur réside en grande partie dans la technologie des batteries, les logiciels et la marque, plutôt que dans l’acier et la carrosserie. Les grands modèles de langage, à savoir les systèmes d’IA au cœur des interfaces conversationnelles modernes, vont encore plus loin : ils n’ont pratiquement aucune forme physique, et leur valeur repose entièrement sur la recherche, les données et les logiciels.
Pourquoi ces actifs incorporels sont-ils importants? Les actifs incorporels sont ce qui distingue les entreprises prospères : ils sont le fondement de l’innovation, de la qualité des produits, de la réputation de la marque et de la fidélité des clients. Au niveau de l’économie dans son ensemble, ils augmentent la productivité, favorisent les emplois mieux rémunérés et renforcent la compétitivité sur le long terme.
Pourquoi est-il important de les mesurer précisément? Malgré leur importance, les actifs incorporels restent mal compris et sous-évalués, en partie du fait que bon nombre d’entre eux n’apparaissent pas dans les statistiques officielles. Cette sous-évaluation masque les facteurs de performance des entreprises et donne aux pouvoirs publics une vision incomplète des moteurs de la croissance. Des données actualisées sur les investissements dans les actifs incorporels sont donc indispensables pour prendre des décisions commerciales éclairées et élaborer des politiques efficaces.
La même tendance sur le long terme s’observe au niveau national, bien que les économies diffèrent quant à l’ampleur de leur évolution vers les actifs incorporels. Entre 2015 et 2025, les investissements dans les actifs incorporels ont progressé plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels dans 22 des 29 économies de l’échantillon. Parmi les plus grandes économies considérées, trois grandes tendances se dégagent, illustrées respectivement dans les figures 2, 3 et 4.
La première tendance, observée dans les économies à revenu élevé et à forte intensité de connaissances, est un écart qui se creuse : les investissements dans les actifs incorporels ne cessent d’augmenter, tandis que les investissements dans les actifs corporels stagnent ou diminuent (figure 2).
Le Japon en est l’exemple le plus frappant. Jusqu’en 2019, les investissements dans les actifs corporels et incorporels ont progressé à un rythme similaire, les premiers devançant légèrement les seconds; depuis lors, les investissements dans les actifs corporels sont tombés en dessous de leur niveau de 2015, tandis que les investissements dans les actifs incorporels ont continué de progresser. Entre 2014 et 2024, les investissements dans les actifs incorporels ont progressé de 1,5% par an, contre une stagnation des investissements dans les actifs corporels, révélant un changement structurel plutôt qu’une fluctuation transitoire
Le Canada et l’Allemagne illustrent bien cet écart : les investissements dans les actifs incorporels au Canada ont progressé d’environ 3% par an entre 2014 et 2024, tandis que ses investissements dans les actifs corporels ont reculé de près de 1%, et les investissements dans les actifs incorporels en de l’Allemagne ont progressé de 4% par an entre 2015 et 2025, tandis que ses investissements dans les actifs corporels ont atteint un pic en 2019 avant de reculer d’environ 1,7% par an jusqu’en 2025. Dans l’ensemble, l’écart croissant observé sur la figure 2 reflète une tendance générale à privilégier les actifs fondés sur les connaissances dans les économies à revenu élevé.
La deuxième tendance s’observe en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis d’Amérique, où les deux formes d’investissements ont progressé entre 2015 et 2025, mais où les investissements dans les actifs incorporels ont systématiquement dépassé les investissements dans les actifs corporels (figure 3). Les États-Unis d’Amérique sont en tête : les investissements dans les actifs incorporels y ont augmenté à un taux de 5,6% par an de 2015 à 2025, soit environ trois fois le taux de 1,9% des investissements dans les actifs corporels. La France (3,6% contre 1,3%) et le Royaume-Uni (3,2% contre 1,3%) suivent des trajectoires similaires.
La troisième tendance concerne les économies à revenu intermédiaire en forte croissance comme le Brésil, l’Inde et les Philippines (figure 4). À ce stade de leur développement, les investissements dans les actifs corporels progressent généralement plus rapidement, témoignant d’un effort de mise à niveau des infrastructures physiques. Les investissements dans les actifs incorporels ont néanmoins progressé dans le même temps, voire plus rapidement dans le cas du Brésil.
En Inde et aux Philippines, les investissements dans les actifs incorporels ont progressé respectivement de 5,3% par an entre 2013 et 2023 et de 3,9% par an entre 2012 et 2022 – des taux supérieurs à ceux de plusieurs économies à revenu élevé, tandis que les investissements dans les actifs corporels, en phase avec le développement à grande échelle des infrastructures, ont connu une croissance encore plus rapide, atteignant respectivement 7,8% et 7,2%. Le Brésil fait figure d’exception : malgré une situation économique difficile, ses investissements dans les actifs incorporels ont progressé de 1,9% par an entre 2011 et 2021, tandis que les investissements dans les actifs corporels ont reculé de 1,5%
Les cinq économies à revenu élevé dans lesquelles les investissements dans les actifs corporels ont dépassé ceux dans les actifs incorporels entre 2015 et 2025 sont l’Italie, la Lettonie, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovénie.
Tendance simplifiée n° 2 : Les investissements dans les actifs incorporels se sont révélés plus résilients que les investissements dans les actifs corporels, enregistrant une croissance annuelle de 5,5% malgré un resserrement des conditions de financement
La surperformance sur le long terme des investissements dans les actifs incorporels a résisté aux difficultés économiques : resserrement des conditions de financement, hausse des taux d’intérêt, incertitudes liées à la politique commerciale et faiblesse générale des investissements matériels dans l’ensemble de l’économie.
Dans l’ensemble des économies pour lesquelles des données trimestrielles sont disponibles, à savoir les 22 économies de l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique, les investissements dans les actifs incorporels ont progressé de 5,5% par an en termes réels entre 2020 et 2025, contre 3,2% pour les investissements dans les actifs corporels, qui ont néanmoins bénéficié de l’essor des investissements matériels liés à l’IA, concentrés aux États-Unis d’Amérique (voir encadré 2).
Cette résilience reflète le mode d’acquisition de ces deux types d’actifs. Les investissements dans les actifs corporels, à savoir dans les usines, les machines et les équipements, supposent généralement des dépenses importantes, souvent financées par l’emprunt, sur de longues périodes, ce qui les rend sensibles aux conditions de financement. La hausse des taux d’intérêt, qui ont atteint en 2022 et 2023 leur plus haut niveau depuis plusieurs décennies – une tendance qui ne s’est que partiellement inversée depuis, a pesé très lourdement sur ces dépenses, alors même que les entreprises continuaient d’investir dans les logiciels, les données, la recherche-développement, le capital institutionnel et la formation.
Après des années de croissance atone, les investissements dans les actifs corporels reprennent de la vigueur, mais cette reprise reste limitée. Elle repose en grande partie sur les infrastructures physiques liées à l’IA : centres de données, semi-conducteurs et réseaux électriques nécessaires à leur fonctionnement (FMI, 2026; OCDE, 2026; voir également l’encadré 2 de la base de données mondiale de l’OMPI et de la LBS, 2025). Cette situation traduit l’augmentation rapide des capacités de calcul requises par les modèles d’IA avancés, ainsi que les investissements connexes dans les infrastructures énergétiques et de réseau nécessaires pour répondre à une demande en électricité plus importante et plus soutenue. Tant le Fonds monétaire international (FMI) que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) considèrent que les investissements liés à l’intelligence artificielle stimulent de manière essentielle les investissements dans les actifs corporels et l’activité économique mondiale en cette période d’incertitude sur le plan des politiques commerciales.
Le développement de l’IA ne stimule toutefois pas les investissements dans les actifs corporels de manière générale. Les investissements dans les infrastructures traditionnelles – bâtiments, infrastructures de transport, hôpitaux et écoles – restent modérés dans la plupart des économies à revenu élevé (OCDE, 2025). La reprise du capital physique témoigne des besoins liés à une technologie donnée plutôt que d’une reprise généralisée de la formation de capital.
Elle est également très concentrée sur le plan géographique. À eux seuls, les États-Unis d’Amérique représentent environ 62% des dépenses mondiales en capital privé liées à l’IA, les investissements d’un petit nombre de grandes entreprises technologiques étant désormais suffisamment importants pour influencer la dynamique globale des investissements (Stanford HAI, 2026; FMI, 2026)
En dehors des États-Unis d’Amérique, l’empreinte des investissements matériels dans l’IA reste limitée. S’agissant des dépenses mondiales consacrées aux infrastructures d’IA, les États-Unis d’Amérique représentaient 76% du total en 2025, suivis par la République populaire de Chine avec 12% (IDC, 2025).
Les données trimestrielles par pays confirment que les investissements dans les actifs incorporels sont moins sensibles aux fluctuations et résistent mieux aux chocs économiques, même si les tendances varient d’une économie à l’autre (figure 5).
En France et en Allemagne, les investissements dans les actifs incorporels ont moins reculé pendant la récession de 2020 et ont rapidement retrouvé le chemin de la croissance, tandis que les investissements dans les actifs corporels ont continué de baisser et sont restés modérés, l’écart entre les deux s’étant creusé depuis lors. En Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis d’Amérique, ces deux types d’investissements se sont rapidement redressés après le ralentissement de 2020, mais les investissements dans les actifs incorporels ont continué de progresser plus rapidement.
L’Italie, la Grèce, la Lettonie, le Portugal font exception : dans ces pays, les investissements dans les actifs corporels ont repris au même rythme que ceux dans les actifs incorporels (voire plus fortement), ce qui reflète le profil de ces économies, caractérisées par une forte intensité d’actifs corporels (voir également la tendance n° 3).
Tendance simplifiée n° 3 : La part dans le PIB des investissements dans les actifs incorporels a augmenté dans toutes les économies depuis 1995 et dépasse celle des investissements dans les actifs corporels au niveau global
Dans toutes les économies examinées, les investissements dans les actifs incorporels représentaient une part plus importante du PIB en 2025 qu’en 1995 (figure 6). Si l’on considère l’ensemble des économies de l’échantillon, les actifs incorporels représentaient 12,8% du PIB en 2025, contre 11,8% pour les actifs corporels.
La Suède conserve sa place d’économie la plus axée sur les actifs incorporels, ceux-ci représentant 17,4% du PIB en 2025, contre près de 12% en 1995. Elle est suivie de près par les États-Unis d’Amérique avec 15,6% et par la France avec 15,2%. Au Danemark, l’intensité des investissements dans les actifs incorporels a atteint près de 15% en 2025, contre 9,2% en 1995, devançant ainsi la Finlande (14,8%) et le Royaume-Uni (13,5%).
Une évolution notable est la hausse de l’intensité des actifs incorporels dans plusieurs économies d’Europe du Nord et de l’Est. En Lituanie, celle-ci a plus que doublé, passant de 5,7% du PIB en 1995 à 13,3% en 2025, devançant ainsi l’Allemagne (11,7%), le Japon (11,5%) et le Canada (10,7%).
Dans les économies à revenu intermédiaire, l’importance du secteur informel complique les mesures. C’est pourquoi, dans la mesure du possible, les estimations ne concernent que le secteur formel. Il n’existe pas encore d’ajustements comparables pour le secteur formel au Brésil et aux Philippines, mais des travaux sont en cours pour établir ces estimations pour les prochaines éditions.
Si l’on considère uniquement le secteur formel, l’intensité des actifs incorporels de l’Inde a atteint les 10% du PIB en 2023, contre à 9,7% en 2011, se rapprochant ainsi des économies européennes telles que la Lituanie (10,1%) et le Portugal (9,7%). La part du Brésil a légèrement augmenté, passant de 7% en 2010 à 7,6% en 2023, un niveau comparable à celui de l’Espagne (8%), tandis que celle des Philippines s’est établie à 4,4% en 2022, contre 4% en 2010. Les parts du Brésil et des Philippines sont particulièrement significatives dans la mesure où, contrairement à l’Inde, elles sont calculées par rapport au PIB total de l’économie (y compris le secteur informel).
La figure 7 présente l’intensité des investissements dans les actifs incorporels et corporels de chaque économie (dans les deux cas exprimée en pourcentage du PIB), pour la dernière année pour laquelle des données sont disponibles. La diagonale à 45 degrés indique une intensité égale; le Canada se situe près de cette ligne.
La figure 7 met en évidence une tendance claire. Un groupe d’économies à revenu élevé se situe dans la zone du graphique caractérisée par une forte intensité d’actifs incorporels (au-dessus de la diagonale), où ces actifs représentent une part plus importante du PIB que le capital physique. Les États-Unis d’Amérique (15,6% d’actifs incorporels contre 10,3% d’actifs corporels) et la France (15,2% contre 11,1%) affichent les écarts les plus importants, suivis de près par le Royaume-Uni (13,5% contre 9,8%), le Danemark (14,9% contre 11,4%) et les Pays-Bas (12,8% contre 10,6%).
En revanche, plusieurs économies européennes se situent en dessous de la diagonale, la Lettonie (10,1% d’actifs incorporels contre 21,5% d’actifs corporels), la Roumanie (9% contre 21,2%) et la Croatie (10,8% contre 20,7%) étant les plus éloignées de cette ligne. Cette région à forte intensité d’actifs corporels comprend également des économies à revenu intermédiaire, à savoir le Brésil (7,2% d’actifs incorporels contre 13,8% d’actifs corporels), l’Inde (10% contre 19,3%) et les Philippines (4,4% contre 20%), où les projets d’infrastructure et de développement en cours continuent de favoriser une augmentation de la part des investissements corporels.
Un profil à forte intensité d’actifs corporels ne se limite pas aux économies à revenu intermédiaire : l’Italie se situe bien en dessous de la diagonale. De même, au Japon, les investissements dans les actifs corporels représentent une part plus importante du PIB (15,3% en 2024) que les investissements dans les actifs incorporels (11,5%). Pourtant, la tendance s’inverse (voir la figure 2 et la tendance n° 1) : les investissements dans les actifs corporels au Japon sont en baisse, tandis que les investissements dans les actifs incorporels progressent depuis 2019.
Tendance simplifiée n° 4 : Les États-Unis d’Amérique occupent la première place en matière d’investissements dans les actifs incorporels, suivis du Japon et de l’Allemagne
Les États-Unis d’Amérique représentent de loin la plus grande part des investissements dans les actifs incorporels, avec un montant atteignant près de 5 000 milliards de dollars É.-U.en 2025. Ce chiffre représente environ six fois celui du Japon et près de la moitié du total des investissements dans les actifs incorporels recensés dans le présent rapport (celui-ci ne couvre pas encore certaines grandes économies, telles que la République populaire de Chine et la République de Corée; voir l’annexe).
L’écart entre les États-Unis d’Amérique et les quatre économies suivantes réunies a pratiquement doublé entre 2015 et 2025 (figure 8), passant d’environ 1 000 milliards de dollars É.-U. en 2015 à 2 000 milliards en 2025. L’essor de l’IA, qui est à l’origine de l’augmentation des investissements américains dans les infrastructures informatiques physiques (encadré 2), stimule également les investissements américains dans les actifs incorporels (logiciels, données et capital institutionnel), renforçant ainsi cette avance.
Le Japon occupe la deuxième place, avec des investissements dans les actifs incorporels s’élevant à environ 810 milliards de dollars É.-U. en 2024, devant l’Allemagne (695 milliards de dollars É.-U.). L’écart entre les deux pays s’est considérablement réduit entre 2015 et 2024, passant de 180 milliards de dollars É.-U. en 2015 à 115 milliards de dollars É.-U. en 2024. La France a dépassé le Royaume-Uni en 2023 et occupe désormais la quatrième place, avec 664 milliards de dollars É.-U. en 2015 contre 610 milliards É.-U. pour le Royaume-Uni.
Les économies à revenu intermédiaire en forte croissance affichent également des niveaux absolus notables (figures 9 et 10). Le Brésil figure parmi les sept premiers, avec 312 milliards de dollars É.-U. en 2023, juste derrière l’Italie (317 milliards de dollars É.-U.) et à égalité avec le Canada (312 milliards de dollars É.-U.). Les 78 milliards de dollars de l’Inde en 2023 dépassent les montants de plusieurs économies de l’UE, notamment le Danemark, la République tchèque et la Finlande, tandis que les 49 milliards de dollars É.-U. des Philippines en 2022 les situent juste derrière le Portugal (52 milliards de dollars É.-U.).
Tendance simplifiée n° 5 : L’Inde, le Japon et les Philippines sont en tête de la croissance récente des investissements dans les actifs incorporels parmi les 15 principales économies
D’après les données disponibles les plus récentes concernant les 15 premières économies de l’échantillon, l’Inde arrive en tête de la croissance des investissements dans les actifs incorporels avec 7,9% (2022-2023), suivie du Japon avec 4,8% (2023-2024) et des Philippines avec 4,6% (2021-2022).
Ces trois pays ont toujours figuré parmi les économies à plus forte intensité d’actifs corporels de l’échantillon. L’Inde et les Philippines ont maintenu des investissements matériels à grande échelle ces dernières années. En Inde, la formation brute de capital est passée de 32% du PIB en 2021 à 33% en 2023, tandis qu’aux Philippines, elle est passée de 21% du PIB en 2021 à près de 25% en 2022 (indicateur 3.2.3 de l’Indice mondial de l’innovation de l’OMPI). Le Japon, quant à lui, dispose d’un secteur manufacturier bien établi. Pourtant, c’est ce pays qui affiche aujourd’hui la croissance la plus rapide en matière d’investissements dans les actifs incorporels parmi les principales économies.
Dans l’ensemble de l’échantillon, plusieurs économies européennes se distinguent par une forte croissance au cours de l’année écoulée (figures 12a et 12b) : la Lituanie (14,6%), la Roumanie (7,1%), la Slovaquie (5,6%), l’Estonie (5,1%), la Slovénie (4,9%), la Croatie (4,6%) et la Lettonie (4,4%) ont toutes devancé les économies d’Europe occidentale telles que l’Allemagne (3,3%), la France (2,5%) et l’Italie (1,9%).
La divergence entre la croissance récente des investissements dans les actifs incorporels et celle des investissements dans les actifs corporels est particulièrement marquée en Estonie, en France, en Allemagne, en Hongrie et au Japon, où les investissements dans les actifs incorporels ont progressé tandis que ceux dans les actifs corporels ont reculé (figure 12a), ce qui correspond à la tendance sur le long terme mise en évidence dans la tendance n° 1. Le Danemark et le Portugal sont les deux seules économies de l’échantillon où les investissements dans les actifs incorporels ont reculé au cours de la dernière année, respectivement de 3,2% et 3,7%.
Dans le même temps, les investissements dans les actifs corporels ont également progressé dans plusieurs économies (figure 12b) : la Bulgarie (15%), la Lettonie (12,6%) et les Philippines (10,2%) ont toutes enregistré une croissance plus rapide des actifs corporels que des actifs incorporels au cours de la dernière année pour laquelle des données sont disponibles.
Tendance simplifiée n° 6 : Les logiciels et les bases de données, le capital institutionnel et les marques constituent les catégories d’actifs incorporels qui connaissent la croissance la plus rapide
Les investissements dans les logiciels et les bases de données ont enregistré le taux de croissance réel global le plus élevé parmi toutes les catégories d’actifs incorporels entre 2013 et 2023, à hauteur de 7,3% par an, témoignant de la généralisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle (figure 13)
Parmi les différentes économies, c’est aux Philippines que la croissance du secteur des logiciels et des bases de données a été la plus forte, avec un taux annuel de 18,3% entre 2012 et 2022, suivies par la Roumanie (15,2%), l’Estonie (13,4%) et la Bulgarie (13,3%). Un deuxième groupe affiche une croissance solide : l’Inde (8,2%), la France (7,2%), le Canada (5,9%) et le Brésil (4,9%), ce dernier devançant plusieurs économies à revenu élevé telles que l’Allemagne (4,5%).
L’essor de l’IA devrait encore renforcer les investissements mondiaux dans les logiciels et les données.
En 2025, l’OMPI et la LBS décrivaient comment l’essor de l’IA se manifeste en deux phases : d’abord, un déploiement matériel (puces, centres de données et centrales électriques nécessaires au fonctionnement de l’IA), concentré dans un petit nombre d’entreprises et d’économies; ensuite, une phase plus lente d’investissements dans les actifs incorporels, au fur et à mesure que les entreprises réorganisent leurs données, leurs compétences et leurs processus autour de l’IA. L’idée centrale était que l’impact économique durable de l’IA tient moins au matériel qu’aux actifs incorporels, comme c’est le cas pour toute technologie à usage général.
Un an plus tard, la situation apparaît plus clairement. La majeure partie des dépenses consacrées à l’IA a continué d’être affectée aux infrastructures physiques, avec une intensité en capital plus élevée que prévu, en particulier aux États-Unis d’Amérique (J.P. Morgan, 2025; voir encadré 2). L’écart entre les entreprises spécialisées dans l’IA et les autres s’est creusé, les entreprises du secteur de l’IA et de l’Internet dépensant nettement plus que celles des autres secteurs. L’IA se généralise dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de la logistique et de la défense, mais dans la plupart des secteurs non technologiques, la réorganisation en profondeur du travail autour de l’IA n’en est encore qu’à ses débuts (Deloitte, 2026; McKinsey & Company, 2025). Les secteurs de la production de logiciels et des technologies de l’information, d’une manière générale, recourent déjà largement à l’IA. Aux États-Unis d’Amérique, son adoption est également forte dans le secteur des services spécialisés, scientifiques et techniques, mais elle reste modeste dans d’autres secteurs et en dehors des États-Unis d’Amérique (Bontadini et al., 2026, Çakır Melek and Miller, 2026).
En résumé, l’IA stimule les investissements dans l’ensemble des actifs incorporels, mais de différentes manières. Les effets les plus marqués concernent le capital institutionnel, les entreprises repensant leurs processus et leur gestion autour de l’IA, ainsi que la recherche-développement, où l’IA raccourcit le cycle de recherche. Cette tendance entraîne d’importants investissements dans les logiciels et les données, et permet aux marques de se positionner comme des gages de confiance, ce qui renforce leur valeur. Elle redéfinit et oriente la conception vers des options générées par l’IA, valorise les contenus créatifs et les droits en tant que supports d’apprentissage, favorise l’émergence de nouveaux produits financiers fondés sur l’IA et impose des investissements soutenus dans les compétences, là où la pénurie de talents en IA constitue le principal obstacle à son adoption. L’encadré 3 présente ces effets, actif par actif, sur le court et le long terme.
S’appuyant sur le cadre conceptuel plus complet proposé par l’OMPI et la LBS (2025), cet encadré pose la question suivante : à mesure que l’IA passe du statut d’outil utilisé par les entreprises à celui d’élément autonome de leur mode de fonctionnement, quels sont les actifs incorporels nécessaires et comment les utiliser? L’IA et les actifs incorporels s’influencent mutuellement : l’IA augmente le rendement de chaque actif, et chaque actif définit les fonctionnalités de l’IA. Le tableau présente les principaux types d’actifs par ordre d’importance, en indiquant les domaines dans lesquels les entreprises investissent actuellement (à court terme) et l’orientation que prendront ces investissements à mesure que l’IA gagnera en maturité (à long terme).
Le capital institutionnel et les marques constituent respectivement les deuxième et troisième catégories affichant la croissance la plus rapide, avec 4,9% et 4,4% (concernant les marques, voir les Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde et le thème examiné sous la tendance n° 8). La croissance du capital institutionnel a été tirée par les petites économies européennes : la Lituanie (14,2% par an entre 2015 et 2025), suivie de la Croatie (8,5%), de la Slovaquie (7,9%), du Luxembourg (7,9%) et de la Roumanie (7,1%). Parmi les plus grandes économies de l’échantillon, la Pologne (6,3%) et les États-Unis d’Amérique (5,2%) sortent du lot.
La croissance des investissements dans les dessins et modèles est tirée par la Lituanie (7,9% entre 2015 et 2025), la Pologne (6,7%) et la Hongrie (6,4%). Le Brésil, l’Inde et les Philippines affichent tous des taux de croissance plus modestes des investissements dans les dessins et modèles, compris entre 2,5 et 2,7% par an.
La croissance des investissements en recherche-développement a été la plus forte dans les économies partant d’une base relativement faible. Les Philippines ont enregistré une croissance annuelle de la recherche-développement de 20,1% entre 2012 et 2022, et la Croatie de 18% entre 2013 et 2023. La Bulgarie, l’Estonie, la Grèce, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Slovaquie ont également enregistré des taux de croissance de la recherche-développement compris entre 4,5% et 6,5%, bien supérieurs à la moyenne de l’échantillon. Ces chiffres s’inscrivent dans la tendance mondiale générale : malgré un contexte macroéconomique difficile, les dépenses mondiales en recherche-développement ont continué de progresser (Bonaglia et al., 2025).
Aux Philippines, la recherche-développement, ainsi que les logiciels et les bases de données, ne représentent environ que 15% du total des investissements dans les actifs incorporels. Pourtant, ce sont de loin les deux catégories qui connaissent la croissance la plus rapide : entre 2012 et 2022, les investissements en recherche-développement ont été multipliés par plus de six en termes réels. Les investissements dans les logiciels et les bases de données ont été multipliés par plus de cinq au cours de la même période (encadré 4.1).
Les autres catégories d’actifs incorporels, qui représentent la majeure partie des investissements dans les actifs incorporels aux Philippines, ont progressé à un rythme bien plus modéré : les marques de 4,8% par an, les dessins et modèles de 2,7% et le capital institutionnel de 1,4%. Un niveau de départ bas explique en partie ces taux de croissance, mais leur ampleur et leur persistance sur une décennie entière laissent supposer qu’il ne s’agit pas simplement d’un artefact statistique.
Tendance simplifiée n° 7 : Capital institutionnel et recherche-développement : les deux piliers des investissements dans les actifs incorporels, qui représenteront plus de la moitié de ces investissements en 2023
Environ 62% des investissements incorporels n’apparaissent pas dans les statistiques officielles, car le capital institutionnel, les dessins et modèles, les études de marché et les marques, les modèles opérationnels, les chaînes d’approvisionnement et les compétences ne sont pas considérés comme des investissements dans la comptabilité nationale (figure 14; voir également la figure A.1 en annexe).
Le partenariat entre l’OMPI et la LBS a pour objectif de rendre visible l’invisible. Lorsque l’on évalue l’ensemble des actifs incorporels, le capital institutionnel apparaît comme la catégorie la plus importante, représentant plus de 30% du total des investissements incorporels en 2023, suivi par la recherche-développement avec près de 2% (figure 15). À eux deux, ils représentent plus de la moitié de l’ensemble des investissements dans les actifs incorporels, devant les logiciels et les bases de données (environ 18%), les marques (environ 15%) et les dessins et modèles (11%).
Les tendances nationales révèlent des différences notables dans la composition des investissements dans les actifs incorporels (figures 16a et 16b).
La recherche-développement occupe une place prépondérante au Japon et en Allemagne, où elle représentait respectivement 33,5% et 30,8% du total des investissements dans les actifs incorporels en 2023, grâce aux solides bases industrielles et manufacturières de ces pays. Le Danemark (28,8%), la Croatie (28,4%) et les États-Unis d’Amérique (22,7%) affichent également des taux de recherche-développement élevés, tandis que les taux du Royaume-Uni (13,5%) et de la France (13,4%) sont plus modérés. La recherche-développement représente une part nettement plus faible dans les économies à revenu intermédiaire : 12,7% en Inde, 6,6% au Brésil et 5,5% aux Philippines.
La répartition au Japon est différente : la recherche-développement occupe la première place avec 33,5%, tandis que le capital institutionnel ne représente que 8,8%, un chiffre bien inférieur à celui des États-Unis d’Amérique (35,1%), du Royaume-Uni (32%) et de la France (31,7%). En Allemagne, la tendance est également différente : les dessins et modèles représentent une part importante (21,3%), reflétant la nature de son tissu industriel axé sur l’ingénierie, tandis que les logiciels et les bases de données, avec 8,2%, occupent une part moins importante que dans la plupart des économies analysées.
Le Canada, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique considèrent tous le capital institutionnel comme leur principale catégorie, mais la deuxième catégorie diffère : les logiciels et les bases de données au Canada et en France (respectivement 16,8% et 23,1%), tandis qu’au Royaume-Uni, ce sont les marques qui constituent la deuxième catégorie en importance, avec 25%. La composition du marché américain a évolué au cours des trois dernières décennies : bien qu’elle reste la deuxième catégorie en importance, la part de la recherche-développement est passée de 24,8% en 1995 à 22,7% en 2023, tandis que celle des logiciels et des bases de données est passée de 10,6% à 17,3%. Au Royaume-Uni, les marques constituent la deuxième catégorie en importance, avec 25%.
L’Inde se distingue par l’importance qu’elle accorde aux logiciels et aux bases de données, qui représentent près de 45% de ses investissements dans les actifs incorporels en 2023, soit le pourcentage le plus élevé de l’échantillon, témoignant de l’importance du secteur des technologies de l’information et des services logiciels de ce pays. Le capital institutionnel représente 21,8% supplémentaires des investissements dans les actifs incorporels de l’Inde, tandis que les marques (9,3%) constituent une part plus modeste mais en croissance.
Aux Philippines, le capital institutionnel représente environ 48%, soit la part la plus élevée de l’échantillon, suivi par les marques avec environ 29%. Entre 2010 et 2022, la part de la recherche-développement a plus que doublé pour atteindre 5,5%, tandis que celle des logiciels et des bases de données a progressé pour s’établir à 9,4% (voir également l’encadré 4).
Au Brésil, la part des marques dans la composition des investissements incorporels se distingue également : avec 25,3%, elle dépasse celle du Royaume-Uni (25%) et se situe bien au-dessus de la moyenne globale de 15%.
Tendance simplifiée n° 8 : Les marques constituent une catégorie d’investissements dont la valeur dépasse le millier de milliards de dollars É.-U.
Elles sont au cœur de l’édition 2026 des Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde.
Dans la littérature spécialisée, les marques sont de plus en plus reconnues comme des actifs incorporels productifs : un ensemble de capacités de commercialisation, d’éléments de confiance des consommateurs et de forces de distribution qui favorisent la différenciation, l’innovation, la croissance et le maintien de prix élevés (OMPI, 2013). Ces effets dépendent de plusieurs facteurs complémentaires : les marques sont particulièrement efficaces lorsqu’elles s’accompagnent d’investissements dans la qualité, la recherche-développement, les dessins et modèle, le capital institutionnel et les données.
Les marques influencent également la création de valeur, en aidant les entreprises à dégager des marges plus élevées en aval et à progresser dans la chaîne de valeur, passant de la production pour compte de tiers à des stratégies axées sur leurs propres marques (OMPI, 2017). Lorsque la qualité est difficile à évaluer, c’est la réputation – tant au niveau des entreprises qu’au niveau national – qui détermine l’accès au marché et les prix; sans elle, les producteurs risquent de se retrouver cantonnés dans des segments caractérisés par une qualité médiocre et des prix bas (Cagé et Rouzet, 2015).
Les marques ont également valeur d’image : les consommateurs peuvent préférer un produit et payer un supplément important pour se le procurer, même lorsque d’autres produits offrent les mêmes caractéristiques et la même qualité (OMPI, 2013). À mesure que les économies s’enrichissent, cette valeur d’image contribue probablement en partie à la hausse des investissements dans les marques, comme le montrent les données ci-dessous.
Le rôle des marques s’est accru à mesure que les économies se sont tournées vers les actifs incorporels et les plateformes. L’encadré 5 explique pourquoi les marques revêtent plus d’importance que jamais et comment les technologies numériques et l’intelligence artificielle redéfinissent leurs rendements et leurs risques.
L’OMPI (2013) a mis en évidence une “importance renouvelée” des marques, sous l’effet de la mondialisation, de la fragmentation de la communication en canaux numériques riches en données et de la fracture croissante de la confiance. Ces tendances se sont accentuées depuis lors.
Tout d’abord, les marques aident les gens à savoir à quoi se fier. La prolifération des images, vidéos et textes générés par l’IA empêche les consommateurs de distinguer facilement ce qui est authentique. Dans cet environnement plus instable, une marque reconnue fait office de raccourci, garantissant qu’il s’agit d’un producteur ayant fait ses preuves. La baisse des coûts de production de contenus intensifie également la concurrence pour capter l’attention, ce qui confère un avantage aux marques connues et réputées.
Deuxièmement, les marques constituent des actifs durables, contrôlés par l’entreprise. À mesure que les règles de confidentialité se durcissent et que le suivi en ligne perd de sa fiabilité, les entreprises s’éloignent d’une publicité purement axée sur les données et réinvestissent dans la notoriété de leur marque et dans les relations directes avec leurs clients. Les marques connues parviennent également à transformer plus efficacement l’attention qu’elles suscitent en ventes mesurables (Nielsen, 2025).
Troisièmement, les marques déterminent les acteurs qui tirent profit de l’économie des plateformes. À mesure que les transactions se multiplient sur les plateformes numériques, les marques fortes peuvent réduire la perception du risque et raccourcir les délais de décision, ce qui augmente les taux de conversion, la fidélité des clients et les achats à répétition. Ces avantages reposent sur une confiance des consommateurs acquise au fil du temps, que les concurrents ne peuvent pas facilement reproduire.
Enfin, les technologies numériques amplifient à la fois les retombées et les risques liés aux investissements dans une marque. Pour ce qui est du retour sur investissement, l’IA pourrait rendre la commercialisation plus évolutive et plus rentable : les outils génératifs réduisent le coût de production des contenus créatifs et des textes publicitaires, favorisent la personnalisation à grande échelle et accélèrent les tests et le ciblage des campagnes (McKinsey & Company, 2024; IAB, 2025; Nielsen IQ, 2024). Pour ce qui est des risques, cependant, ces mêmes outils augmentent la vulnérabilité aux dommages causés à la réputation. Les hypertrucages et les médias synthétiques peuvent usurper des marques ou fabriquer de toutes pièces des témoignages de soutien, et les fausses informations générées par l’IA peuvent se propager rapidement, ce qui souligne toute l’importance d’une protection des marques (Deloitte, 2024; Naffi, 2025). Dans l’ensemble, l’IA renforce à la fois le potentiel des investissements dans les marques et les risques qu’ils comportent (De Bruyn et al., 2020).
Cependant, contrairement aux actifs incorporels tels que la recherche-développement, les investissements dans les marques n’apparaissent généralement pas dans les rubriques de capital de la comptabilité nationale, et font partie des quelque 62% d’éléments qui ne sont pas évalués (voir la tendance n° 7)
Pour remédier à cela, les Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde considèrent les dépenses de commercialisation comme une formation de capital incorporel dans les marques, en distinguant les composantes achetées” (publicité et études de marché sous-traitées à des prestataires externes) des composantes “propres” (personnel interne travaillant sur l’image de marque et le marketing)
Dans ce contexte, les investissements dans les marques dans l’ensemble des économies de l’échantillon ont atteint 1 400 milliards de dollars É.-U. en 2025 – une catégorie d’investissement dépassant le millier de milliards de dollars É.-U. – et ont progressé à un taux de croissance annuel composé de 4,2% depuis 2015.
Les États-Unis d’Amérique occupent de loin la première place en matière d’investissements mondiaux dans les marques, avec un montant dépassant les 566 milliards de dollars É.-U. en 2025, soit plus de quatre fois celui du Royaume-Uni, qui occupe la deuxième place (137 milliards de dollars É.-U.). Le Japon (112 milliards de dollars É.-U.), l’Allemagne (95 milliards de dollars É.-U.) et le Brésil (79 milliards de dollars É.-U.) complètent le classement des cinq premiers (figure 17).
Parmi le groupe suivant de l’échantillon, les Philippines (14,2 milliards de dollars É.-U.) se classent parmi les 12 premiers, derrière le Canada (30,5 milliards de dollars É.-U.) et aux côtés d’économies à revenu élevé telles que la Suède et le Danemark.
Au cours des dix dernières années, la croissance des investissements dans les marques a été forte mais inégale d’une économie à l’autre (figure 18). La croissance la plus forte a été enregistrée au Luxembourg (taux de croissance annuel composé de 15,6%, 2015-2025) et en Lituanie (11,3%), suivis par le Danemark (9,1%) et l’Inde (7,2%, 2013-2023). La croissance a été solide mais plus modérée dans les grandes économies à revenu élevé, notamment les États-Unis d’Amérique (5,3%), France (4,7%), l’Allemagne (4,1%) et le Royaume-Uni (3,9%).
L’intensité des investissements dans les marques, mesurée en pourcentage du PIB, est la plus élevée dans un petit groupe d’économies, principalement européennes. Le Luxembourg se démarque avec un taux de 5,2%, loin devant la Lituanie (3,6%), qui occupe la deuxième place, et le Royaume-Uni (3%). Un autre groupe se situe autour de 2,5% : Bulgarie, Danemark, Lettonie et Pays-Bas.
Parmi les plus grandes économies avancées, le Royaume-Uni occupe clairement la première place en matière d’intensité des investissements dans les marques, devant les États-Unis d’Amérique et la France (tous deux à 1,8%), le Japon (1,6%) et l’Allemagne (1,5%).
L’intensité des investissements dans les marques au Brésil, qui s’élève à 1,9% du PIB, est supérieure à la moyenne des 22 pays de l’UE et à celle de plusieurs grandes économies avancées. Ces tendances en matière de croissance et d’intensité mettent en évidence une dimension liée au développement. Les économies à revenu intermédiaire en forte croissance, notamment l’Inde, le Brésil et les Philippines, développent leurs marques à mesure qu’elles rattrapent leur retard, en investissant souvent à des taux supérieurs à ceux observés historiquement dans les économies à revenu élevé. L’encadré 6 examine ce lien ainsi que les données disponibles au niveau des entreprises.
Les investissements dans les marques doivent être considérés avant tout comme un moyen de créer de la valeur et de se démarquer au niveau de l’entreprise, sous réserve de capacités et d’investissements complémentaires, plutôt que comme un moteur de la croissance globale (OMPI, 2013). Les économies plus riches disposent généralement de ressources plus importantes à consacrer à l’image de marque, et de marchés de consommation plus vastes qui favorisent la différenciation (Fink et al., à paraître).
Par ailleurs, tant au niveau des entreprises qu’au niveau sectoriel, il a été démontré que les investissements dans les marques favorisent la modernisation économique (Corrado, Hulten et Sichel, 2009; Haskel et Westlake, 2017). Le développement rapide des marques dans les économies à revenu intermédiaire obéit à une logique économique.
Les recherches sur les “effets liés au pays d’origine” mettent en évidence un problème : les consommateurs ont tendance à attribuer une qualité perçue inférieure aux produits provenant d’économies en développement, même lorsque leur qualité réelle est comparable (Verlegh et Steenkamp, 1999). Pour combler ces écarts en matière de réputation, il faut investir de manière soutenue dans la qualité, la cohérence et la commercialisation pendant des décennies, comme l’ont démontré le Japon et la République de Corée (Kumar et Steenkamp, 2013; Brand Finance, 2025).
Le parcours type va de la fabrication en sous-traitance à la conception de produits propres, pour aboutir finalement à la commercialisation de produits sous la marque de l’entreprise (Gereffi, 1999). Des entreprises coréennes telles que Samsung et Hyundai illustrent cette évolution, passant de la fabrication en sous-traitance dans les années 1960 et 1970 à des marques reconnues à l’échelle mondiale, une croissance durable nécessitant à la fois des capacités technologiques et une présence de la marque (Kang et Lee, 2023; Lee, Song et Kwak, 2015; Kang, Jung et Lee, 2020).
La figure 6.1 de l’encadré confirme ces tendances à l’échelle macroéconomique, en comparant les dépenses publicitaires (considérées comme un indicateur des investissements dans les marques) au PIB par habitant. Les économies à revenu élevé affichent généralement une forte intensité publicitaire en pourcentage du PIB, mais certaines économies à revenu intermédiaire, notamment le Brésil, la Chine et les Philippines, atteignent une intensité comparable avec des niveaux de revenu nettement inférieurs. Ces tendances reflètent à la fois un rattrapage rapide et des efforts délibérés visant à se forger une réputation sur les marchés.
Les entreprises chinoises sont passées de la production pour le compte de marques étrangères au développement de leurs propres marques, en tirant parti de la croissance du marché intérieur et d’acquisitions stratégiques de marques étrangères bien établies afin d’accélérer leur notoriété (Frey et al., 2014; Lee, 2024). L’expérience chinoise montre à quel point des investissements coordonnés dans la commercialisation, l’innovation et la distribution peuvent accélérer le développement d’une marque.