Francis Gurry a dirigé l’OMPI en qualité de Directeur général du 1er octobre 2008 au 30 septembre 2020.

La réunion organisée en marge des assemblées de l’OMPI sur “L’autonomisation des femmes dans les industries de la création” fait salle comble

28 septembre 2018

La réunion organisée en marge des assemblées de l’OMPI par le Département de la gestion des ressources humaines et le Secteur du droit d’auteur et des industries de la création de l’OMPI sur le thème “L’autonomisation des femmes dans les industries de la création”, qui a mis en lumière les inégalités entre les sexes dans les industries de la création et a offert des pistes de résolution, a fait salle comble.

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(Photo: OMPI/Berrod)

L’engagement de l’OMPI en faveur de l’égalité des sexes

Dans son allocution d’ouverture, M. Francis Gurry, Directeur général de l’OMPI a souligné l’engagement de l’Organisation en faveur de l’égalité des sexes. Cette table ronde était la quatrième sur l’égalité des sexes et la propriété intellectuelle organisée par l’OMPI pendant les assemblées, mais la première axée sur les industries de la création. Le Directeur général a souligné les difficultés rencontrées pour mesurer la participation des femmes dans les industries de la création, en particulier dans les cas où le droit d’auteur découle de la création mais ne fait pas l’objet d’un enregistrement.

M. Gurry a déclaré que les femmes se heurtaient depuis longtemps à des difficultés dans le secteur des industries de la création du fait de préjugés sexistes. Il a cité l’exemple historique de la romancière anglaise Mary Anne Evans, l’un des plus grands auteurs de l’ère victorienne, qui écrivait sous le pseudonyme de George Eliot.

Vues exprimées par les participants

Selon la modératrice, Mme Karyn Temple, directrice par intérim du service de l’enregistrement du Bureau du droit d’auteur des États-Unis d’Amérique, les femmes sont à l’origine de certaines des contributions créatives les plus incroyables et les plus durables de l’histoire, mais, malheureusement, les chiffres montrent qu’elles continuent de se heurter à de nombreux obstacles dans les industries de la création. Ainsi, Mme Temple a indiqué que seuls 7% des réalisateurs de films et 20% des scénaristes sont des femmes. L’OMPI avait la chance d’accueillir parmi les participants à la table ronde Mme Sandra Nashaat (Égypte), qui était l’une de ces réalisatrices.

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La réalisatrice égyptienne Sandra Nashaat prend la parole pendant la table ronde (Photo : OMPI/Berrod) Plus de photos sur Flickr.

Mme Sandra Nashaat, réalisatrice égyptienne de renom, a poursuivi son rêve de devenir réalisatrice malgré les réserves exprimées par son père. Le conseil qu’elle adresse aux jeunes femmes est de se concentrer sur leur travail et de se consacrer à leur passion. En outre, il est important que les femmes connaissent bien leurs droits et croient en elles-mêmes. L’éducation joue donc un rôle essentiel.

Un autre intervenant, M. Claudio Ossa, directeur du Bureau du droit d’auteur du Chili (Departamento de Derechos Intelectuales), a récemment mené une étude sur les œuvres enregistrées par des femmes au Chili entre 1886 et 1925 dont il ressort que la tendance est nettement à la hausse, malgré de fortes disparités entre les sexes. Le bureau a également diffusé une campagne mettant en scène trois filles sous les traits de personnages de dessins animés et trois femmes célèbres dans le secteur des industries de la création au Chili : Gabriela Mistral, Marcela Paz et Violeta Parra. L’objectif était de susciter un débat au sein du public en posant la question suivante : “Si ces trois femmes ont pu faire enregistrer leurs œuvres malgré tous les obstacles auxquels elles faisaient face à leur époque, pourquoi pas vous?”.

M. Ossa a indiqué que le pourcentage de femmes ayant fait enregistrer leurs œuvres avait augmenté depuis le début de la campagne, tandis que le pourcentage d’hommes demeurait stable, voire avait légèrement diminué, réduisant ainsi considérablement l’écart. La campagne n’était pas l’unique facteur à l’origine de la réduction de cet écart, mais il ne faisait aucun doute qu’elle y avait contribué.

Mme Sylvie Forbin, vice-directrice générale de l’OMPI, a consacré son intervention aux femmes célèbres dans les industries de la création à travers l’histoire, allant du Japon au Xe siècle aux États-Unis d’Amérique d’aujourd’hui, de la littérature à la musique en passant par la peinture. Parmi les exemples cités figuraient des écrivaines qui avaient dû publier leurs œuvres sous un pseudonyme masculin, ainsi que des compositrices et peintres qui avaient réalisé leurs créations dans l’ombre des hommes de leur famille. Elle a souligné que les préjugés sexistes subsistaient malgré le temps et a cité des exemples de femmes talentueuses dans les industries de la création qui avaient rencontré le succès, malgré les difficultés auxquelles elles s’étaient heurtées.

Vues exprimées par le public

Un débat animé a suivi les exposés des participants. Le délégué de l’Indonésie a cité des exemples en lien avec l’autonomisation des femmes dans les industries de la création. Il ressortait d’une étude sur les industries de la création menée par le Gouvernement indonésien que 55% des acteurs de ces industries sont des femmes. Le gouvernement proposait aux mères qui travaillaient dans leur foyer un programme de formation à la programmation informatique spécialement conçu pour elles, intitulé “Coding Moms”. L’Office de la propriété intellectuelle du Pérou (INDECOPI) a fait savoir qu’il était devenu la première entité publique à signer l’accord sur l’égalité entre les sexes intitulé “Somos pares” (Nous sommes égaux) et s’était vu décerner un prix en matière d’égalité des sexes dans la catégorie du secteur public en 2018.

En conclusion, il apparaît que, si les politiques et les déclarations sur le papier sont importantes, des mesures concrètes sont requises pour qu’un changement puisse se produire. Les participants ont appelé de leurs vœux des travaux plus nombreux et continus afin de garantir l’égalité dans les industries de la création, en consultation avec la jeune génération et en aidant les femmes à surmonter leurs craintes. La modératrice a proposé une double démarche qui consisterait en une collaboration entre artistes et pouvoirs publics, à l’image du mouvement Time’s Up aux États-Unis d’Amérique. Le changement est du ressort de chacun d’entre nous, en tant que fonctionnaires, parents, hommes ou femmes.