23 Capital : créer de nouvelles façons de monétiser la propriété intellectuelle

Avril 2019

Par Catherine Jewell, Division des communications, OMPI

Jason Taub et Stephen Duval, cofondateurs de 23 Capital, société qui propose des services et des solutions de financement dans les domaines du sport, de la musique et du divertissement, font part de leur point de vue sur la manière dont les droits de propriété intellectuelle créent de la valeur dans un secteur qui évolue rapidement comme celui du sport.  Dans un entretien récent accordé au Magazine de l’OMPI, ces entrepreneurs visionnaires évoquent le rôle joué par 23 Capital dans la création et le lancement d’OTRO, un club virtuel mondial de supporters de football qui offrent à ces derniers la possibilité d’entrer en contact avec certains des plus grands joueurs du monde.

Stephen Duval (à gauche) et Jason Traub (à droite) ont lancé 23 Capital en 2014, à une époque où l’évolution du paysage commercial et médiatique offrait aux entreprises, aux marques et aux professionnels, y compris dans le monde du sport, de nouvelles occasions fructueuses de tirer parti de leur talent et de leurs actifs.

Qu’est-ce que 23 Capital?

Jason: 23 Capital est une société qui offre des services et des solutions de financement dans les domaines du sport, de la musique et du divertissement. Nous ne sommes pas un prêteur traditionnel. Nous avons plus tendance à voir les choses comme une entreprise du secteur du sport ou du divertissement que comme une banque. Nous proposons des financements à des entreprises et des individus dans tous ces domaines et sur l’ensemble de l’échelle des risques financiers.

Stephen: Côté financement, nous monétisons la propriété intellectuelle dans les domaines du sport, de la musique et du divertissement par le biais de contrats et de créances de premier plan. Côté solutions, nous aidons à structurer et à créer de nouveaux droits de propriété intellectuelle et nous cherchons de nouveaux moyens de les monétiser ou de les exploiter afin de générer de nouvelles sources de revenus. La création de droits de propriété intellectuelle et de moyens de monétiser la propriété intellectuelle existante fait partie de notre ADN.

À quels besoins répondez-vous sur le marché?

Stephen: Nous apportons nos services à un monde qui s’efforce depuis des décennies d’accéder aux financements traditionnels de base. Nous avons conçu 23 Capital autour de notre expertise et de notre perception de la manière dont la propriété intellectuelle est porteuse de valeur ajoutée dans ces domaines. Pour 23 Capital, les droits de propriété intellectuelle peuvent avoir plus de valeur que les actifs corporels (p. ex., les stades) détenus par les organisations sportives.

Jason: Il est très difficile pour les marchés institutionnels traditionnels de financer les actifs de propriété intellectuelle; ceux qui commercialisent ou qui exploitent de toute autre manière la propriété intellectuelle dans les domaines du sport, de la musique et du divertissement n’ont jamais réellement eu accès au financement dans les mêmes conditions que les entreprises d’autres domaines. 23 Capital leur fournit un service essentiel et la propriété intellectuelle est un élément central de cette offre.

Les joueurs et les athlètes en savent aujourd’hui beaucoup plus sur les droits de propriété intellectuelle et ils ont de plus en plus tendance à considérer que les éléments de ce qui constituait auparavant un tout ont une plus grande valeur pris séparément que dans leur ensemble.

Stephen Duval, cofondateur et directeur général de 23 Capital

Pour quelles raisons ces secteurs sont-ils si mal financés?

Jason: Il y a plusieurs raisons à cela, qui sont d’ordre réglementaire et liées aux risques. Premièrement, les banques ont tendance à préférer les actifs corporels aux actifs intangibles, qui sont plus difficiles à évaluer et à commercialiser sur les marchés. À titre d’exemple, il n’est pas facile de vendre une créance de radiodiffusion détenue par un grand club de football (par exemple, un paiement de la chaîne Sky à Manchester United) s’il y a des problèmes sur le marché.

Deuxièmement, des problèmes d’image peuvent également dissuader les banques de s’engager à fond dans ces domaines.  À titre d’exemple, il y a 10 ans, la banque britannique RBS avait prêté une somme considérable au club de football de Liverpool, mais lorsque les choses ont mal tourné, elle s’est trouvée prise au piège : en tant qu’établissement de dépôt, sa clientèle courante comptait surtout des particuliers, dont beaucoup de fans de Liverpool, et elle ne pouvait donc pas se permettre d’être vue comme la banque responsable de la fermeture du club.

Troisièmement, de manière générale, les banques n’ont pas l’envergure suffisante pour se positionner à l’échelle mondiale du sport.  Dans le domaine du football, par exemple, il n’y a aucun intérêt à se spécialiser dans le football anglais, car le marché est trop petit.  Vous devez être un expert du football argentin, allemand, anglais, brésilien, français, espagnol et italien pour espérer faire le poids et fournir un service solide.  Étant donné la manière dont 23 Capital est structuré, nous ne connaissons pas ce type d’obstacle.

Qui sont vos principaux clients?

Stephen: Nos clients détiennent tous un actif de propriété intellectuelle susceptible de générer des flux de revenus. Nous pouvons monétiser des droits de radiodiffusion de la chaîne Sky, un accord de 10 ans sur le nom d’un stade ou un contrat de parrainage avec Adidas.

Jason: Dans le domaine du football, les clients vont de la FIFA à l’UEFA, des associations de football à la Ligue 1, en passant par les clubs et les joueurs. À chaque niveau, il y a pléthore de titulaires de droits de propriété intellectuelle, tels que diffuseurs, sponsors et partenaires commerciaux. Notre objectif est de mobiliser une créance donnée et de la monétiser pour générer des liquidités. Cela peut consister, par exemple, à négocier un contrat de parrainage de cinq ans entre un joueur de tennis et une grande marque de sport, avec paiement immédiat.

Photo: Courtesy of OTRO
Photo: Courtesy of OTRO

OTRO est un club virtuel mondial et innovant qui offre aux supporters la possibilité inédite d’entrer en contact avec leurs idoles, et qui propose aux joueurs une nouvelle façon de monétiser leurs droits numériques.

Nous ne travaillons qu’avec des acteurs de premier plan dans le sport, la musique et le divertissement.  Dans le domaine sportif, nos clients sont les grandes fédérations, associations et entreprises, et les grands titulaires de droits.  Leur statut atteste de la qualité de leur signature.  C’est ainsi que nous gérons les risques.  Nous ne nous occupons pas de la petite clientèle.

Stephen : Mais la célébrité n’est pas toujours synonyme du plus gros contrat.  Beaucoup de transactions importantes échappent aux banques.  Il y a une multitude d’artistes, d’athlètes, de marques et d’autres titulaires de droits de grand renom qui n’ont pas accès à des solutions de financement souples et justes auprès des prêteurs institutionnels traditionnels, et c’est là que l’expertise de 23 Capital entre en jeu.

Pouvez-vous nous expliquer comment vos capitaux sont utilisés?

Jason : Nous aidons nos clients à tirer parti de la valeur ajoutée de leur propriété intellectuelle.  À titre d’exemple, nous aidons les clubs de football à financer leurs activités sur le marché des transferts.  Outre sa marque et la valeur de son stade, les joueurs sont sans doute l’actif le plus important qui figure au bilan d’un club.  Contrairement à nous, aucune banque traditionnelle ne peut raisonnablement envisager de prêter de l’argent contre un actif composé d’un groupe d’êtres humains.  Nous utilisons nos capitaux afin de créer de la valeur pour nos clients – dans notre exemple, en prêtant de l’argent contre un groupe de joueurs qui a une valeur sur le marché.

Le travail que nous effectuons pour le club de football portugais Benfica, l’un des plus grands du monde, en est un exemple.  Le Benfica est très actif sur le marché des transferts.  Nous l’aidons à gérer son bilan en lui offrant des financements lui permettant de réduire sa dette.  Par exemple, nous lui achetons certaines créances liées à des droits de propriété intellectuelle, à l’instar des droits de radiodiffusion (qu’il exploitera au cours des cinq années à venir) et grâce à cet argent, il peut réduire la dette relative au stade et améliorer ainsi son bilan.  En tant que société cotée en bourse, le Benfica possède des droits de propriété intellectuelle d’une grande valeur.  Nos capitaux lui permettent d’utiliser ses droits de propriété intellectuelle de manière stratégique en vue d’améliorer son bilan.

Nous aidons également les clubs de football en leur prêtant des liquidités selon le même principe.  De même, dans le domaine de la musique, nous aidons les artistes à mieux tirer parti de la valeur de leur catalogue.

Récemment, nous avons joué un rôle déterminant en apportant les financements nécessaires à l’acquisition de droits de propriété intellectuelle auprès de David Beckham, Lionel Messi, Neymar Jr., Zinedine Zidane et d’autres pour créer OTRO, le fan-club virtuel mis en place par Stephen.

Pouvez-vous nous en dire plus sur OTRO?

Stephen : OTRO est un club virtuel mondial de supporters.  Il présente des contenus exclusifs créés par les plus grands joueurs de football du monde.  C’est une communauté où les membres et les joueurs peuvent communiquer directement et où les fans peuvent entrer en contact avec leurs idoles de façon inédite.  La qualité de membre donne accès à un ensemble d’avantages, notamment des master class et des occasions de rencontrer les joueurs.  OTRO donne aussi aux joueurs un nouveau moyen de monétiser leurs droits numériques, en plus des contrats signés avec des clubs ou des partenaires.

L’idée m’est venue en regardant un match de la Ligue des champions, il y a un peu plus de trois ans.  J’ai commencé à penser aux vieux fan-clubs qui faisaient payer 2 dollars É.-U. par mois en échange de conseils techniques et autres détails intéressants.  Je suis parti de là et j’ai imaginé un nouveau moyen pour les joueurs de monétiser leurs droits numériques.  J’ai préparé le plan stratégique dans l’avion en rentrant du match et je me suis mis au travail.

Nous avons fait un test grandeur nature de l’application en décembre 2018, qui a attiré 370 millions de visiteurs uniques, et une semaine après le lancement officiel en mars 2019, nous avons enregistré 80 000 téléchargements.

De quelle manière l’application génère-t-elle de la valeur?

Stephen : OTRO génère de la valeur grâce à un modèle d’abonnement mensuel.  Les 17 stars du football (qui comptent collectivement presque un milliard de fans sur les réseaux sociaux) et la croissance attendue des réseaux sociaux signifient que les possibilités de développement d’OTRO sont énormes.  La plateforme va continuer à grandir au fur et à mesure que de nouveaux joueurs la rejoindront.  Et il y a tant d’éléments à monétiser à partir des droits de propriété intellectuelle.  Par exemple, vous pouvez vendre des images à d’autres radiodiffuseurs en dehors d’un contrat d’exclusivité ou tirer des commissions du commerce en ligne.  La plateforme offre de multiples possibilités de micropaiement que les fans peuvent utiliser pour avoir accès à différents contenus.  Il y a tellement de choses à faire!

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la mise en place d’OTRO?

Stephen : La principale difficulté a été de convaincre les gens qu’il était possible de rassembler ces joueurs dans un même endroit, mais nous avons réussi.  Il serait quasi impossible de reproduire un tel casting de joueurs.  Il nous a fallu presque trois ans pour y arriver et nous avons dû faire face à de multiples défis, mais avec de la patience, de la créativité, des compétences, du dynamisme et de la détermination, nous avons réussi.

Le paysage sportif est en train d’évoluer rapidement. De nombreuses entreprises technologiques dotées de ressources considérables font leur entrée dans le domaine des sports et offrent aux joueurs des moyens nouveaux et différents de tirer parti de leurs droits de propriété intellectuelle.

Stephen Duval, cofondateur et directeur général de 23 Capital

Les athlètes d’aujourd’hui s’intéressent-ils plus aux droits de propriété intellectuelle?

Jason : Oui, c’est incontestable.  Les joueurs et les athlètes commencent à mieux négocier leur position au sein des équipes afin de conserver leurs droits de propriété intellectuelle.  Avant, ils n’avaient pas conscience de la valeur de ces droits et n’avaient pas véritablement de possibilités de les exploiter en dehors des clubs ou des contrats de parrainage.  On leur propose désormais d’autres moyens inédits.  Les joueurs et les athlètes en savent aujourd’hui beaucoup plus sur les droits de propriété intellectuelle et ils ont de plus en plus tendance à considérer que les éléments de ce qui constituait auparavant un tout ont une plus grande valeur pris séparément que dans leur ensemble.

Photo: Courtesy of OTRO
Photo: Courtesy of OTRO

OTRO crée de la valeur avec sa formule d’abonnement mensuel et offre de multiples possibilités de monétisation de la propriété intellectuelle.

Quel impact cela aura-t-il sur le paysage sportif?

Stephen :C’est une excellente question, à laquelle il n’est pas facile de répondre.  Au plus haut niveau, le paysage sportif est en train d’évoluer rapidement.  De nombreuses entreprises technologiques dotées de ressources considérables font leur entrée dans le domaine des sports et offrent aux joueurs des moyens nouveaux et différents de tirer parti de leurs droits de propriété intellectuelle.

Avec le numérique, beaucoup plus de gens peuvent maintenant regarder des retransmissions sportives partout dans le monde grâce à leur téléphone portable.  Ils n’ont pas besoin d’une télévision, simplement d’un réseau.  Aujourd’hui, les droits numériques génèrent plus de contenu à destination des consommateurs et sont appelés à prendre de la valeur à mesure que ceux-ci deviendront de plus en plus nombreux.

La génération Y regarde de moins en moins le sport en direct et la seule possibilité qu’ont les diffuseurs de les attirer consiste à leur proposer des vidéos, par exemple des interviews, qui leur permettent de mieux connaître leurs joueurs favoris.  Seules les entreprises technologiques ont les moyens d’acheter ces images.  C’est ainsi que les joueurs vont gagner de plus en plus d’argent en monnayant leurs droits de propriété intellectuelle.  Cette dynamique accélérera le changement du paysage médiatique au fur et à mesure que des entreprises technologiques telles que DAZN, la plateforme de diffusion d’événements sportifs en direct et à la demande, achèteront les droits de diffusion.  Il faut s’attendre à d’importants changements sur le marché des droits sportifs au cours de la prochaine décennie.

Quelles sont les prochaines étapes pour 23 Capital?

Jason : Nous continuons à consolider notre base financière.  Notre objectif est de déployer entre 15 et 20 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.  Nous visons à devenir le premier pourvoyeur de services et de solutions de financement dans les domaines du sport, de la musique et du divertissement.

Stephen : 23 Capital est toujours à la recherche de nouveaux moyens de déployer des capitaux, de monétiser la propriété intellectuelle et de générer de la valeur pour ses clients.

Les nouvelles opportunités se multiplient et nous sommes très intéressés par le potentiel qu’offre le sport électronique : d’après les prévisions, ce marché devrait passer pour la première fois la barre du milliard de dollars des États-Unis d’Amérique.  Toute notre équipe est également mobilisée pour renforcer notre présence aux États-Unis d’Amérique, où nous avons récemment ouvert des bureaux à New York et à Los Angeles.  L’avenir semble donc plutôt florissant.

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