Alamy Stock Photo/Taylor Swift Productions/Silent House/Album

La stratégie de Taylor Swift en matière de marques : un modèle pour la protection de la propriété intellectuelle des artistes

Leticia Caminero, avocate spécialisée en propriété intellectuelle et animatrice du podcast Intangiblia

12 mai 2026

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Au moment où Taylor Swift annonce son nouvel album, The Life of a Showgirl, tout ce qui se passe en coulisses témoigne de sa capacité à allier harmonieusement vision créative et gestion stratégique de la propriété intellectuelle. Voici une analyse complète de son univers de marque.

Cet article a été mis à jour pour tenir compte des dernières demandes d’enregistrement de marques déposées par Taylor Swift afin de protéger sa voix et son image contre toute imitation générée par l’IA

Combien de marques Taylor Swift possède-t-elle?

Taylor Swift a déposé plus de 300 demandes d’enregistrement de marques aux États-Unis uniquement, par l’intermédiaire de sa société TAS Rights Management, LLC. À l’échelle internationale, la Base de données mondiale sur les marques de l’OMPI recense 438 entrées dans au moins 16 ressorts juridiques à la date de rédaction de cet article. Ces marques couvrent tout, de son nom et de ses phrases caractéristiques au titre de ses chansons, en passant par le nom de ses tournées et même celui de ses trois chats. Mais il ne s’agit pas seulement de posséder des mots accrocheurs. La stratégie appliquée vise à protéger son identité, à renforcer sa marque et à lui permettre de contrôler la manière dont cette marque apparaît sur les produits dérivés, dans les espaces numériques et lors des concerts.

Chaque marque constitue un instrument qui s’intègre dans une symphonie plus large de gestion de l’image de marque. Qu’il s’agisse d’une phrase tirée d’un single à succès ou d’une référence chère à ses admirateurs, ces marques permettent de garantir que tout ce qui est associé à Taylor provient bien de Taylor.

Liste des marques déposées par Taylor Swift – Qu’est-ce que Taylor Swift a déposé comme marque?

  1. Son nom de scène

    Les marques déposées par Taylor Swift couvrent un large éventail d’éléments créatifs et commerciaux. Au centre se trouve son nom de scène, “Taylor Swift”, déposé dans le monde entier afin qu’elle puisse affirmer, en jouissant d’une protection juridique pleine, “Ce nom m’appartient” : sur scène, dans les magasins, en ligne et partout où sa marque apparaît.

  2. Le nom de ses albums – y compris The Life of a Showgirl

    Elle a déposé plusieurs titres de ses albums, notamment Reputation, Lover, Evermore, Midnights, 1989 et Fearless (Taylor’s Version). Plus récemment, elle a ajouté The Life of a Showgirl et son acronyme TLOAS à la liste, avec des demandes d’enregistrement de marques couvrant tout, des enregistrements musicaux à l’éventail complet de produits dérivés. Ces marques contribuent à protéger l’apparence, l’esprit et l’histoire derrière chaque album.

    La présentation de l’album était en soi une stratégie narrative. Pas avec un communiqué de presse classique, mais en dévoilant une mallette vert menthe dans le podcast New Heights animé par son petit ami Travis Kelce. Il s’agissait d’un modèle de commercialisation aussi stratégique et spectaculaire que l’album lui-même.

  3. Certaines paroles de ses chansons

    Certaines de ses paroles et expressions les plus emblématiques ont également été déposées, notamment “Welcome to New York, it’s been waiting for you”, “This sick beat”, “Nice to meet you, where you been?” et “The old Taylor can’t come to the phone right now”. Elles sont désormais plus que des paroles de chansons; elles font partie de son identité et de son activité.

  4. Le nom de ses tournées

    Le nom de ses tournées, telles que The Eras Tour, 1989 World Tour et Fearless Tour, est également protégé. Cela lui permet de garder entièrement la main sur la manière dont ces expériences sont présentées et vendues.

  5. Ses admirateurs : les Swifties

    Elle a tenté de demander l’enregistrement du nom de ses admirateurs, les Swifties, en tant que marque. Certaines de ces demandes ont été contestées dans un certain nombre de ressorts juridiques, mais cela montre à quel point elle prend au sérieux la protection de sa relation avec ses admirateurs.

  6. Produits dérivés

    Au fur et à mesure que sa marque se développait, Taylor s’est lancée dans de nouveaux domaines tels que les cosmétiques, les verres et les applications mobiles. On peut citer par exemple Taymoji, une application de stickers numériques inspirée de sa personnalité et de son style. Ces initiatives permettent à sa marque de s’étendre bien au-delà de la musique, et leur impact commercial est considérable : après les 66 concerts de la tournée The Eras Tour, les ventes de produits dérivés Taylor Swift ont atteint 440,8 millions de dollars É.-U., les admirateurs ayant dépensé en moyenne 40 dollars É.-U. selon le Time Magazine.

  7. Le nom de ses chats

    Même ses chats font partie de la marque. Le nom “Meredith, Olivia & Benjamin Swift” a été déposé pour les produits dérivés officiels, faisant de ses animaux de compagnie les chouchous de ses admirateurs, avec l’appui juridique approprié.

  8. Marques sonores

    En avril 2026, Taylor Swift a déposé de nouvelles demandes d’enregistrement de marques auprès de l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique, afin de protéger sa voix et de se prémunir de toute imitation générée par l’IA. Swift demande plus précisément une protection de sa voix parlée, et notamment des expressions “Hey, it’s Taylor Swift” et “Hey, it’s Taylor”.

  9. Image

    Une autre demande d’enregistrement de marque récemment déposée vise à protéger une image de Swift, vêtue d’un body et de bottes à paillettes et tenant une guitare rose. Ce look est associé à la tournée The Eras Tour. La demande elle-même renvoie au fichier joint sous le nom “ERAS Poster specimen.pdf”.

Dans l’ensemble, les albums, les paroles des chansons, les chats, les expressions et les applications s’inscrivent dans une stratégie plus large. Chaque marque reflète un choix délibéré de protéger ce qui compte le plus pour son image de marque. Dans la mesure où chaque produit et chaque message sont soigneusement sélectionnés, l’expérience reste unique et authentiquement Taylor Swift.

Infographie intitulée “L’univers de la marque Taylor Swift : une analyse complète de ses plus de 400 marques et des actifs qu’elles protègent”.
OMPI
La Base de données mondiale sur les marques de l’OMPI montre que Taylor Swift possède plus de 400 marques enregistrées dans 16 ressorts juridiques à travers le monde.

Bien entendu, le maintien en vigueur de toutes ces marques nécessite des ressources. Certaines demandes ont été abandonnées parce que les marques n’étaient pas utilisées et d’autres, telles que Swifties, n’ont pas été acceptées partout. Les lois différant d’un pays à l’autre, l’équipe juridique de Taylor Swift doit donc rester à jour en matière de délais, de formalités et d’utilisation non autorisée. S’il n’est pas très prestigieux, ce travail est essentiel pour faire en sorte que son nom, son style et son histoire restent sous son contrôle.

Procès Evermore c. Taylor Swift

Même une stratégie globale peut se heurter à des difficultés externes. En 2021, après la sortie de son album Evermore, Taylor Swift a été confrontée à un litige relatif à une marque.

Evermore Park, un parc d’attractions sur le thème du monde fantastique situé dans l’Utah, a estimé que le titre de son album était trop similaire au sien et l’a accusée de semer la confusion dans l’esprit du public. L’équipe juridique de Taylor Swift a rapidement réagi en intentant à son tour des poursuites, soulignant que le parc utilisait sa musique sans autorisation dans ses spectacles.

Les deux parties ont finalement abandonné leurs poursuites respectives, préférant un règlement à l’amiable à un long procès.

Cette affaire a démontré que même une marque aussi soigneusement constituée que celle de Taylor Swift peut être confrontée à des défis juridiques, mais la réponse mesurée, rapide et ferme de son équipe a montré comment régler efficacement les litiges relatifs aux marques.

Reprendre le contrôle avec “Taylor’s Version”

Les marques offrent à Taylor Swift quelque chose de plus précieux encore que la protection : un moyen de pression. Lorsqu’elle a commencé à réenregistrer ses anciens albums, chaque réédition s’est accompagnée d’une nouvelle demande d’enregistrement de marque permettant de distinguer les nouvelles versions des versions originales autrefois gérées par son ancienne maison de disques. En déposant des marques telles que Fearless (Taylor’s Version), Red (Taylor’s Version) et Taylor Swift “Taylor’s Version”, elle établit une limite juridique et émotionnelle autour de son propre travail.

Cette stratégie représente une approche révolutionnaire des droits des artistes. Elle lui permet de récupérer le récit, la musique et le marché. Ses admirateurs savent exactement quelle version soutient l’artiste, et son cadre juridique garantit que les distributeurs, les plateformes et les annonceurs le savent également. L’utilisation du droit des marques devient ici plus qu’une simple stratégie commerciale; il s’agit d’un instrument d’autonomisation du public qui montre à l’industrie – et à tous les futurs artistes – que le contrôle de son nom et de son œuvre n’est pas seulement une aspiration, mais qu’il peut être réalisé grâce à une planification juridique stratégique.

Taylor Swift récupère ses masters

En mai 2025, Taylor Swift a officiellement racheté les enregistrements originaux de ses six premiers albums à Shamrock Capital, récupérant ainsi la pleine propriété de la musique qui a lancé sa carrière. L’accord porte aussi bien sur les titres des albums que sur les clips vidéo en passant par les morceaux inédits. Taylor Swift a annoncé la nouvelle, exprimant sa gratitude à son public pour son soutien tout au long de son parcours.

Cette étape marque la fin d’un processus qui a duré plusieurs années et qui a débuté en 2019, lorsque Scooter Braun a acquis ses masters en rachetant Big Machine Records. Après la vente de ces droits à Shamrock, Taylor Swift a d’abord lancé une campagne de réenregistrement avec les éditions “Taylor’s Version” afin de reprendre le contrôle sur les plans créatif et commercial.

Cette dernière étape franchie, elle a toutefois indiqué que les futurs réenregistrements, tels que Reputation (Taylor’s Version), pourraient être publiés à titre de célébration plutôt que par réelle nécessité, ce qui témoigne de sa nouvelle autonomie.

Des fans prennent des selfies devant une fresque colorée représentant des portraits de Taylor Swift à l’extérieur du stade de Wembley avant le concert The Eras Tour 2024.
Getty Images/Ogulcan Aksoy

L’impact de Taylor sur la stratégie de marque des artistes musiciens

Son succès souligne non seulement l’importance des droits des artistes, mais alimente également le débat sur la propriété intellectuelle dans l’industrie musicale. Elle a fondamentalement changé la façon dont les artistes abordent la propriété, l’image de marque et le patrimoine, ses collègues musiciens tels que Beyoncé, Billie Eilish et Rihanna gérant désormais leurs marques comme des actifs complets et multidimensionnels.

Ce changement touche l’ensemble du secteur : les agents, les maisons de disques et les équipes juridiques accordent désormais la priorité à la propriété intellectuelle, considérant les marques dans le domaine de la musique non pas comme un élément secondaire, mais comme jetant les bases d’un succès à long terme.

Protection mondiale des marques de Taylor Swift

La marque Taylor Swift est mondiale, tout comme sa stratégie en matière de marques. Afin de rationaliser le processus d’obtention des droits dans plusieurs pays, elle s’appuie sur le système de Madrid de l’OMPI. Ce cadre international de protection des marques permet à son équipe juridique d’étendre la protection d’une marque déposée aux États-Unis d’Amérique à des marchés clés tels que l’Australie, le Canada, la Chine, l’Union européenne et le Japon.

De cette manière, la protection au titre des marques a été étendue aux titres d’albums tels que Lover, Evermore et Midnights, et aux marques liées au réenregistrement, pour le plus grand bonheur de ses admirateurs, des albums The Eras Tour et Red (Taylor’s Version).

Les marques de Taylor Swift couvrent également un large éventail de produits et de services, notamment des vêtements, des enregistrements musicaux, des documents imprimés, du contenu numérique, voire des articles ménagers. Il s’agit d’une approche intelligente et efficiente qui garantit une protection mondiale cohérente des marques, en particulier lors du lancement des albums et des tournées internationales.

Valeur stratégique de l’enregistrement de marques

La stratégie de Taylor Swift en matière de marques illustre de quelle manière la prévoyance juridique et la vision de la marque peuvent s’harmoniser pour aboutir à un résultat allant bien au-delà de la protection commerciale. Des premières paroles de ses chansons à ses dernières initiatives commerciales, chaque marque constitue une étape dans une démarche soigneusement orchestrée visant à préserver son patrimoine, à amplifier son message et à maintenir son lien avec des millions d’admirateurs à travers le monde.

Ce qui distingue Taylor Swift, c’est le nombre de ses marques et l’objectif qui les sous-tend. Elle enregistre ses marques dans l’objectif d’ancrer chaque époque, chaque parole de chanson et chaque réinvention dans un cadre lui permettant d’évoluer sans perdre le contrôle. Pour ses admirateurs, cela signifie que chaque produit, chaque plateforme et chaque expérience portant son nom est authentique, autorisé et lié à sa voix. Pour les autres artistes, elle démontre que créativité et stratégie peuvent coexister et que la protection de son identité n’est pas facultative, mais essentielle.

Mise à jour du 1er mai 2026 : Taylor Swift souhaite déposer une demande d’enregistrement de marque sur sa voix et son image et se prémunir ainsi des hypertrucages générés par l’IA

Taylor Swift a déposé de nouvelles demandes d’enregistrement de marques concernant deux extraits audio et une image, qui pourraient l’aider à se protéger contre les technologies d’IA générant des contenus imitant la voix ou l’image d’un ou d’une artiste sans son autorisation.

Selon les médias américains, Swift a déposées demandes le 24 avril 2026 auprès de l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique par l’intermédiaire de sa société, TAS Rights Management.

L’inclusion des deux “marques sonores” laisse entrevoir une nouvelle approche juridique visant à répondre à la capacité des outils d’IA de générer des sons synthétiques imitant la voix d’une célébrité. Comme l’a fait remarquer sur son blog Josh Gerben, avocat spécialisé en droit des marques établi aux États-Unis d’Amérique : “tenter de protéger la voix d’une célébrité au moyen d’une marque constitue une nouvelle forme d’utilisation de l’enregistrement de marque qui n’a encore jamais été examinée par les tribunaux”.

Le clonage de la voix par l’IA prend toutefois de plus en plus d’ampleur et Taylor Swift n’est pas la première artiste à réagir. L’acteur américain Matthew McConaughey a déposé des demandes d’enregistrement similaires aux États-Unis d’Amérique.

Le droit des marques est l’un des moyens qu’utilisent les célébrités pour se protéger contre l’utilisation non autorisée de leur nom, de leur image, de leur apparence et de leur voix. Les droits de la personnalité et le droit à l’image en sont un autre.

En Inde, le chanteur de playback Arijit Singh, qui reste l’un des artistes les plus suivis au monde, a engagé en 2024 des poursuites judiciaires après que des entreprises ont utilisé l’IA pour reproduire sa voix. Cette affaire a été l’une des premières dans laquelle un tribunal indien s’est penché sur le clonage de la voix par l’IA et a reconnu que la voix d’une personne pouvait être protégée en tant qu’élément de son identité.

 

À propos de l’auteur

Leticia Caminero est avocate spécialisée en propriété intellectuelle et titulaire d’un master en droit (LLM) de l’Université de Cambridge Originaire de la République dominicaine, elle est actuellement basée à Genève (Suisse), où elle travaille au sein de l’équipe chargée des communications sur le Web de l’OMPI et en tant que cheffe de projet certifiée. Leticia anime Intangiblia, podcast qu’elle a créé et qui décompose des concepts complexes liés à la propriété intellectuelle en éléments faciles à comprendre, et a publié des articles dans diverses revues juridiques en espagnol et en anglais.

L’auteur remercie Virginie Roux et Elisabeth Josa Valarino de l’OMPI pour l’idée initiale de cet article et pour l’avoir aidée à affiner son approche.

Pour plus de contenu lié à la musique, consultez le numéro spécial musique du Magazine de l’OMPI . Le magazine complet peut être téléchargé gratuitement au format PDF.