Principales tendances et perspectives
Publiées chaque année par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en partenariat avec la Luiss Business School (LBS), cette deuxième édition des Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde révèle que les investissements dans les actifs incorporels dans l’économie mondiale ont augmenté plus de trois fois plus vite que les investissements dans les actifs corporels depuis 2008, malgré les difficultés économiques et l’incertitude qui pèse sur les entreprises.
Les investissements dans les actifs incorporels, tels que les logiciels et les bases de données, la propriété intellectuelle, la recherche-développement (R-D), les marques et les dessins et modèles (voir l’encadré 1), représentent désormais une part importante et croissante du produit intérieur brut (PIB) mondial. Le leadership dans l’économie mondiale des actifs incorporels revêt de multiples facettes : les États-Unis d’Amérique dominent en matière d’investissement absolu, la Suède est en tête en matière d’intensité des investissements dans les actifs incorporels (c’est-à-dire la part des investissements dans les actifs incorporels dans le PIB) et l’Inde a enregistré la croissance la plus rapide. Les logiciels et les données apparaissent une nouvelle fois comme la catégorie d’actifs incorporels qui connaît la croissance la plus rapide. Le thème spécial de cette année examine en détail les liens entre l’intelligence artificielle et les investissements dans les actifs incorporels et dans les actifs corporels (voir l’encadré 2).
Les Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde 2025 et la base de données mondiale INTAN-Invest sur laquelle il s’appuie (juillet 2025) fournissent des statistiques sans précédent sur les investissements transfrontaliers (annuels et trimestriels) dans 27 économies à revenu élevé et intermédiaire, y compris des estimations actualisées pour l’Inde (jusqu’en 2022) et le Japon (jusqu’en 2023), ainsi que les toutes premières estimations pour le Brésil. Ensemble, ces 27 économies représentaient plus de la moitié du PIB mondial en 2024. L’ensemble de données couvre toutes les catégories d’actifs incorporels, y compris celles qui dont il n’est pas encore tenu compte dans les statistiques officielles, contribuant ainsi à combler les lacunes en matière de données et à faciliter l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes (voir l’annexe).
Les sept tendances simplifiées en matière d’investissements dans les actifs incorporels pour 2025 sont les suivantes.
Tendance simplifiée n° 1 : Les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté plus de trois fois plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels entre 2008 et 2024.
Parmi les 27 économies couvertes par ce rapport, les investissements dans les actifs incorporels ont régulièrement dépassé les investissements dans les actifs corporels au fil du temps (voir la figure 1).
Un tournant important s’est produit vers 2008, lorsque les investissements dans les actifs incorporels ont commencé à s’accélérer, pour finalement atteindre un taux de croissance annuel composé (TCAC) d’environ 4,1% entre 2008 et 2024. Ce taux de croissance a largement dépassé celui des investissements dans les actifs corporels, qui ont augmenté d’environ 1,1% seulement au cours de la même période. Les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté plus de trois fois plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels entre 2008 et 2024. Sur la seule année dernière, les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté de près de 3% entre 2023 et 2024, contre une croissance de 1% des investissements dans les actifs corporels.
Que sont les actifs incorporels? Aujourd’hui, les entreprises les plus rentables ne tirent pas leur avantage concurrentiel de leur capital physique, mais de leurs actifs incorporels, tels que la R-D, les logiciels, les données, les dessins et modèles, les marques, le savoir-faire organisationnel et les talents qualifiés, qui créent tous une valeur économique substantielle.
Pourquoi sont-ils importants? Les actifs incorporels sont à l’origine d’avantages concurrentiels et favorisent l’innovation et la fidélité des clients dans une économie fondée sur la connaissance. Bien qu’invisibles, ils alimentent la croissance économique, créent des emplois bien rémunérés et améliorent le niveau de vie.
Pourquoi mesurer précisément les investissements dans les actifs incorporels? Malgré leur rôle essentiel, les actifs incorporels restent mal compris et sous-évalués. Établir des mesures précises est essentiel pour pouvoir déterminer quels sont les moteurs de la croissance et concevoir des politiques efficaces. Des mesures mal réalisées conduisent à une sous-évaluation, à une mauvaise allocation des capitaux, à un sous-investissement et, en fin de compte, à des décisions politiques inappropriées.
L’écart entre la croissance des investissements dans les actifs corporels et la croissance des investissements dans les actifs incorporels s’est accentué ces dernières années. Les investissements dans les actifs corporels sont restés pratiquement stables depuis 2020 dans un contexte de resserrement des politiques monétaires et d’incertitude économique mondiale, tandis que les investissements dans les actifs incorporels, dans l’ensemble des économies couvertes par le présent rapport, ont continué de progresser, atteignant 7 600 milliards de dollars É.-U. (en prix courants) en 2024, contre 7 400 milliards de dollars É.-U. en 2023.
Cet écart notable dans les taux de croissance des investissements apparaît clairement aussi dans les principales économies avancées, ainsi qu’au Brésil et en Inde. Dans ces pays, les investissements dans les actifs incorporels ont toujours dépassé les investissements dans les actifs corporels, une tendance qui s’est maintenue même pendant les périodes de ralentissement de la croissance économique et de faible confiance des entreprises (voir les figures 2, 3 et 4).
Aux États-Unis d’Amérique, les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté plus de cinq fois plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels entre 2020 et 2024 (voir la figure 2). La France a suivi une tendance similaire, avec des investissements dans les actifs incorporels augmentant trois fois plus vite que les investissements dans les actifs corporels. Cet écart est encore plus marqué en Allemagne, où les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté de plus de 3% par an au cours de cette période, tandis que les investissements dans les actifs corporels ont diminué d’environ 1%. Au Royaume-Uni, au contraire, les investissements dans les actifs corporels (en hausse de 4,8%) ont légèrement dépassé les investissements dans les actifs incorporels (en hausse de 4,3%) au cours de cette période.
Selon les données les plus récentes de 2024, parmi les économies affichant les niveaux d’investissement dans les actifs incorporels les plus élevés, la France a enregistré la croissance la plus rapide en termes réels (plus de 5% entre 2023 et 2024), suivie du Royaume-Uni (plus de 4%), de l’Espagne et du Danemark (tous deux proches de 4%) et des États-Unis d’Amérique (3,5%). Parmi les économies où les investissements dans les actifs incorporels sont relativement faibles, la Lituanie s’est démarquée avec un taux de croissance de près de 17% entre 2023 et 2024. En ce qui concerne les investissements dans les actifs corporels, les États-Unis d’Amérique se sont classés en tête des économies affichant un niveau d’investissement dans les actifs corporels relativement élevé, avec une croissance supérieure à 4% entre 2023 et 2024.
Dans le cas du Japon, les investissements dans les actifs corporels ont historiquement augmenté plus rapidement que les investissements dans les actifs incorporels (voir la figure 3). Sur la base des données actualisées pour le Japon de 2013 à 2023, les investissements dans les actifs corporels ont enregistré un taux de croissance annuel moyen d’environ 0,9%. Les investissements dans les actifs incorporels ont progressé plus lentement au cours de la même période, à un taux annuel de 0,6%. Depuis 2020, cependant, cette tendance s’est inversée : entre 2020 et 2023, les investissements dans les actifs incorporels ont progressé à un rythme plus rapide, avec une moyenne de 1,2% par an, contre 0,6% pour les investissements dans les actifs corporels.
La figure 4 présente une comparaison des tendances concernant la croissance des investissements dans les actifs incorporels et dans les actifs corporels en Inde et au Brésil. En Inde, les deux types d’investissement ont enregistré des taux de croissance stables entre 2011 et 2022, les investissements dans les actifs incorporels augmentant de près de 7% par an, soit légèrement plus que les investissements dans les actifs corporels, qui ont progressé d’environ 6%. Toutefois, l’écart s’est réduit depuis 2020, sous l’effet d’une accélération de la formation de capital tangible. Les dernières données pour l’Inde montrent qu’en 2021-2022, les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté de 4%, tandis que les investissements dans les actifs corporels ont progressé plus rapidement, avec une hausse de près de 12%.
Au Brésil, les tendances en matière d’investissement ont évolué entre 2011 et 2021, les investissements dans les actifs incorporels augmentant de près de 2% par an tandis que les investissements dans les actifs corporels reculaient de plus de 1%. Les données les plus récentes montrent qu’entre 2020 et 2021, les investissements dans les actifs incorporels au Brésil ont bondi de 14%, tandis que les investissements dans les actifs corporels ont augmenté de 8%.
Tendance simplifiée n° 2 : La croissance des investissements dans les actifs incorporels a amorti le ralentissement général des investissements dans un contexte de reprise économique morose et de taux d’intérêt élevés.
Malgré des difficultés macroéconomiques, notamment des pressions inflationnistes, des hausses des taux d’intérêt et une baisse des investissements dans les actifs corporels, l’investissement total a maintenu une croissance stable, tirée par la formation de capital intangible (voir la figure 5).
Cette tendance selon laquelle les investissements dans les actifs incorporels stimulent la croissance globale des investissements totaux est encore plus marquée au cours de la dernière année. Entre 2023 et 2024, les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté de près de 3%, passant de 7 400 milliards de dollars à 7 600 milliards de dollars É.-U. (en prix courants), tandis que les investissements dans les actifs corporels ont progressé de 1% seulement, passant d’environ 5 080 milliards É.-U. à 5 130 milliards de dollars É.-U.. En conséquence, l’investissement total a augmenté de plus de 2% en termes réels, passant de 12 500 milliards de dollars É.-U. en 2023 à 12 700 milliards de dollars É.-U. en 2024.
La croissance soutenue des investissements dans les actifs incorporels a donc partiellement compensé ce qui aurait autrement été un déficit d’investissement plus important et, par extension, contribué à soutenir la croissance de la productivité. Les Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international d’avril 2025 (p. 5) soulignent que le sous-investissement chronique est l’une des principales raisons du ralentissement de la productivité du travail depuis 2010, affirmant que “la raréfaction du capital due à la faiblesse chronique des investissements explique environ la moitié du ralentissement de la croissance de la productivité dans les économies avancées et environ un tiers de celui des économies émergentes et en développement”.
Dans ce contexte, l’accélération des investissements dans les actifs incorporels a joué un rôle modérateur. Alors que les investissements dans les machines, les équipements et les bâtiments ont stagné, les entreprises ont continué à investir dans la R-D, les logiciels, les données et les capacités organisationnelles. Ces actifs incorporels favorisent non seulement l’intensification du capital, mais contribuent également à des gains de productivité immatériels, en particulier dans les services et les secteurs à forte intensité d’IA.
Les données trimestrielles par pays illustrent cette dynamique depuis 2020 (voir la figure 6).
En Europe, le tableau est plus contrasté, même si les investissements dans les actifs incorporels semblent généralement dépasser les investissements dans les actifs corporels (voir la figure 6). La France reflète la dynamique américaine en affichant une croissance plus forte dans les actifs incorporels. Au Royaume-Uni et en Italie, les deux types d’investissement ont connu une croissance similaire. En Allemagne, la croissance totale des investissements depuis 2020 a été principalement tirée par les actifs incorporels, qui ont compensé la baisse progressive de l’accumulation de capital matériel.
Tendance simplifiée n° 3 : Les investissements dans les actifs incorporels représentent une part croissante du PIB, par rapport aux investissements dans les actifs corporels.
La part des actifs incorporels dans le PIB n’a cessé d’augmenter au fil du temps (voir la figure 7). De 1995 à 2024, la part des investissements dans les actifs incorporels est passée d’environ 10% à près de 14% du PIB total (agrégé pour l’ensemble des économies de l’échantillon), tandis que la part des investissements dans les actifs corporels a reculé de 12% à 11% au cours de la même période. Les investissements dans les actifs incorporels (en pourcentage du PIB) ont dépassé les investissements dans les actifs corporels (en pourcentage du PIB) pour la première fois en 2009, et l’écart n’a cessé de se creuser depuis. De son côté, la part des actifs incorporels dans le PIB est passée d’environ 13% en 2023 à 13,6% en 2024, contre 12,9% en 2022.
Cette tendance se reflète au niveau national. Une comparaison de la part des investissements dans les actifs incorporels dans le PIB entre les pays montre qu’en 2024, les actifs incorporels représentaient une part plus importante du PIB qu’en 1995 dans tous les pays de l’échantillon, à l’exception de la Slovénie (voir la figure 8).
En 2024, la Suède a conservé sa position de leader en tant qu’économie la plus intensive en actifs incorporels, atteignant 16% du PIB. La Suède était suivie par les États-Unis d’Amérique, la France et la Finlande, où les investissements dans les actifs incorporels représentaient plus de 15% du PIB. L’intensité des investissements dans les actifs incorporels de l’Inde (près de 10%) place celle-ci devant plusieurs économies de l’Union européenne (UE), ainsi que devant le Japon. L’intensité des investissements dans les actifs incorporels du Brésil (8,5%) est comparable à celle de la Pologne (8,4%), tandis qu’elle dépasse celle de l’Espagne (7,8%) et de la Grèce (7,6%).
Une divergence majeure apparaît entre deux types d’économie. Dans les économies où les investissements dans les actifs incorporels prédominent déjà, l’écart entre les investissements dans les actifs incorporels et les investissements dans les actifs corporels continue de se creuser (voir la figure 9). À l’inverse, dans les économies où les investissements dans les actifs corporels restent prédominants, la tendance s’inverse : l’écart se réduit, sous l’effet d’une croissance plus rapide des actifs incorporels, qui laisse entrevoir un processus de rattrapage (voir la figure 10).
Le Japon est une exception qui ne correspond à aucun des deux modèles : alors que les investissements dans les actifs corporels ont toujours représenté une part importante du PIB, l’écart entre l’intensité des investissements dans les actifs incorporels et les investissements dans les actifs corporels est resté globalement stable entre 2013 et 2023.
Tendance simplifiée n° 4 : Les États-Unis d’Amérique occupent la première place en termes de niveau absolu d’investissements dans les actifs incorporels, avec un niveau en 2024 près de deux fois supérieur à celui de la France, de l’Allemagne, du Japon et du Royaume-Uni réunis.
Les États-Unis d’Amérique restent largement en tête du classement mondial concernant les investissements dans les actifs incorporels. En 2024, leurs investissements dans les actifs incorporels ont atteint 4 700 milliards de dollars É.-U. en prix courants, contre 4 500 milliards en 2023 et 4 200 milliards en 2022. Ce chiffre représente près du double du total combiné des économies suivantes les plus intensives en actifs incorporels : France, Allemagne, Royaume-Uni et Japon (voir la figure 11).
La France a désormais dépassé l’Allemagne et le Japon, leaders historiques dans le domaine des actifs incorporels, avec plus de 631 milliards de dollars É.-U. d’investissements dans les actifs incorporels en prix courants en 2024, soit une hausse de plus de 5% par rapport aux 600 milliards de dollars É.-U. enregistrés en 2023 (voir la figure 12). En comparaison, les investissements dans les actifs incorporels de l’Allemagne s’élevaient à 602 milliards de dollars É.-U. en 2024, tandis que les derniers chiffres disponibles pour le Japon pour 2023 étaient d’environ 597 milliards de dollars É.-U.
Entre 2014 et 2024, le Brésil et l’Inde ont enregistré des niveaux d’investissement dans les actifs incorporels comparables à ceux de plusieurs économies avancées de l’UE. Les investissements dans les actifs incorporels du Brésil dépassent ceux de l’Espagne, du Royaume des Pays-Bas et de la Suède, atteignant environ 244 milliards de dollars É.-U. en 2021, tout en restant légèrement inférieurs à ceux de l’Italie. Les investissements dans les actifs incorporels de l’Inde ont augmenté régulièrement pour atteindre près de 70 milliards de dollars É.-U. en 2022, contre 114 milliards de dollars É.-U. pour la Suède la même année.
Tendance simplifiée n° 5 : L’Inde a enregistré la croissance la plus rapide en ce qui concerne les investissements dans les actifs incorporels entre 2011 et 2022, dépassant les États-Unis d’Amérique, la France et la Suède.
L’Inde arrive en tête avec les taux de croissance les plus élevés en matière d’investissements dans les actifs incorporels, avec près de 7% par an entre 2011 et 2022 (voir la figure 13). Cette croissance rapide pourrait refléter le processus de rattrapage en cours en Inde dans la constitution d’un capital immatériel à partir d’un niveau relativement bas.
Parmi les 15 plus grandes économies (en termes de PIB en 2024), les investissements dans les actifs incorporels ont généralement augmenté plus rapidement que les investissements dans les actifs corporels entre 2014 et 2024 (voir la figure 13). L’Inde est suivie par les États-Unis d’Amérique, où les investissements dans les actifs incorporels ont augmenté de plus de 5% par an entre 2014 et 2024. De 2013 à 2023, le modèle d’investissement du Japon a favorisé les actifs corporels, avec une croissance de 0,9% contre 0,6% pour les actifs incorporels. À l’opposé, les grandes économies européennes (notamment la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni) ont enregistré une forte croissance des investissements dans les actifs incorporels, avec des taux compris entre 3 et 4,5%, bien supérieurs à leurs taux d’investissement dans les actifs corporels.
Le Brésil a enregistré un taux de croissance annuel des investissements dans les actifs incorporels supérieur à 2% entre 2010 et 2021, mais ses investissements dans les actifs corporels ont diminué de 0,8% au cours de la même période.
Tendance simplifiée n° 6 : Les logiciels et les données constituent la catégorie d’actifs incorporels qui connaît la croissance la plus rapide.
Les données relatives à la croissance nominale révèlent que les logiciels et les bases de données ont été la catégorie d’actifs incorporels qui a connu la croissance la plus rapide au cours de la période 2013-2022, avec une expansion supérieure à 7% par an (voir la figure 14). Ce type d’actif est suivi par les nouveaux produits financiers (une composante relativement minime des actifs incorporels), qui ont augmenté de plus de 6% en valeur nominale. Les investissements dans la R-D, les dessins et modèles et les marques ont également connu une croissance relativement rapide, chacune de ces catégories progressant d’environ 6% par an.
Selon les dernières données disponibles, les logiciels et les données ont connu une croissance nominale de plus de 9% entre 2021 et 2022, bien supérieure au taux de croissance moyen enregistré entre 2013 et 2022. Il convient de noter que les investissements dans les marques et les dessins et modèles ont récemment connu une forte augmentation, les dépenses consacrées aux marques ayant augmenté de plus de 12% entre 2021 et 2022, et celles consacrées aux dessins et modèles de plus de 10% au cours de la même période.
La croissance des investissements dans les logiciels et les données coïncide avec l’essor actuel de l’intelligence artificielle (IA) et est probablement alimentée par celui-ci. Analyse thème spécial de cette année – “Quels types d’investissements sont stimulés par l’essor de l’IA?” – l’encadré 2 détaille les composantes des investissements dans les actifs incorporels et des investissements dans les actifs corporels qui font partie de cet essor de l’IA. Il présente un cadre conceptuel qui distingue les secteurs producteurs d’IA (qui créent des technologies d’IA) et les secteurs utilisateurs d’IA (qui déploient l’IA dans l’ensemble de l’économie). Ces deux groupes reflètent deux vagues distinctes d’investissement : une phase initiale de “mise en place des capacités”, axée sur la construction d’infrastructures d’IA (par exemple, micropuces, centres de données), et une phase à plus long terme de “transformation structurelle”, au cours de laquelle les entreprises reconfigurent leurs processus commerciaux, développent de nouveaux produits et services et forment leur personnel afin d’intégrer plus profondément l’IA. À mesure que l’IA atteint le stade d’une technologie à usage général (GPT), son déploiement entraîne des investissements dans les actifs incorporels à grande échelle, notamment dans les données, les logiciels, les compétences et les capacités organisationnelles, qui sous-tendent une transformation fondamentale du mode de fonctionnement et de création de valeur de secteurs tels que la santé, l’éducation, l’industrie manufacturière et l’énergie.
Comme le montre l’encadré 2, les effets concrets des investissements dans l’IA commencent déjà à se faire sentir, en particulier aux États-Unis d’Amérique (voir également la tendance simplifiée n° 2). En 2023 et 2024, les États-Unis d’Amérique ont connu une augmentation notable des investissements dans les actifs corporels, alimentée en partie par les dépenses massives consacrées aux infrastructures liées à l’IA par les grandes entreprises technologiques, notamment Amazon, Google, Microsoft, NVIDIA et OpenAI.
Ce modèle américain n’est toutefois pas encore mondial. Les investissements dans les infrastructures d’IA restent inégaux entre les pays, les États-Unis d’Amérique occupant clairement la tête du peloton. Pour de nombreuses autres économies, les investissements dans les actifs corporels liés à l’IA en sont encore à leurs débuts. Les effets plus larges sur les investissements nationaux ne devraient apparaître qu’au cours des quatre prochaines années.
L’IA permet aux ordinateurs et aux machines de simuler l’intelligence et les capacités de résolution de problèmes. Pour y parvenir, l’IA a donné naissance à un modèle d’investissement unique qui explique la croissance rapide des actifs corporels et des actifs incorporels.
Plus précisément, l’IA génère deux vagues d’investissement distinctes : les investissements dans les actifs corporels pour le déploiement physique de l’IA et les investissements dans trois groupes d’actifs incorporels, à savoir les informations numérisées, la propriété innovante et les compétences économiques (voir la figure A.2 en annexe).
Investissement dans les actifs corporels dans l’IA : construire les fondations physiques
Le déploiement de l’IA nécessite des investissements physiques importants, qui varient selon que les secteurs sont producteurs ou utilisateurs d’IA, et qui suivent un schéma en deux phases : installation immédiate de capacités et transformation structurelle à plus long terme (voir l’encadré 2.1).
Les secteurs producteurs d’IA, tels que les entreprises américaines susmentionnées, établissent des bases techniques grâce à des investissements empilés dans du matériel. Les entreprises technologiques, les fournisseurs de services en nuage et les sociétés d’infrastructure développent la fabrication de semi-conducteurs, construisent des centres de données, répondent à la demande croissante en électricité et développent des solutions logistiques avancées.
Les secteurs utilisateurs d’IA déploient l’IA en tant que technologie à usage général dans l’ensemble de l’économie. Les infrastructures intègrent des capteurs intelligents et l’informatique en périphérie. Les usines installent des robots intégrant l’IA. Le secteur de la santé adopte l’imagerie assistée par l’IA. L’agriculture utilise l’irrigation de précision et l’analyse par satellite.
Investissement dans les actifs incorporels dans l’IA : la couche intelligente qui stimule l’économie dans son ensemble
Par la suite, la production et le déploiement de l’IA dépendent tout autant des investissements dans les actifs incorporels dans les trois principales catégories d’actifs incorporels (encadrés 2.2a et 2.2b) :
Données numérisées : Les données constituent une ressource essentielle pour l’IA, au même titre que les logiciels.
(8)Voir également le blog Innovation Insights de l’OMPI (juillet 2025), Les dépenses mondiales en logiciels atteignent près de 700 milliards de dollars É.-U. en 2024, soit une hausse de 50% par rapport à 2020; les États-Unis creusent leur avance, disponible à l’adresse www.wipo.int/en/web/global-innovation-index/w/blogs/2025/global-software-spending . Les entreprises productrices d’IA investissent dans des outils d’apprentissage automatique, des ensembles de données d’entraînement et des plateformes propriétaires. Les secteurs utilisateurs l’IA numérisent leurs opérations et déploient des outils spécifiques à leur secteur.Propriété innovante : Les entreprises productrices d’IA se livrent à la recherche sur des prototypes, à la conception de micropuces et à la constitution de portefeuilles de brevets. Les secteurs utilisateurs l’IA intègrent ceux-ci dans leurs produits et services, tout en protégeant leur savoir-faire spécifique.
Compétences économiques : L’IA stimule les investissements dans les capacités humaines et la transformation institutionnelle. Les producteurs d’IA et les utilisateurs d’IA se concentrent à la fois sur le développement des talents, la transformation des processus et l’établissement d’une relation de confiance, tout en restructurant leurs activités autour de flux de travail intégrant l’IA.
Ces actifs incorporels (données, propriété intellectuelle, image de marque, flux de travail et capacités humaines) transforment le matériel en systèmes intelligents, fiables et productifs. La combinaison d’infrastructures tangibles et de capacités intangibles crée l’impact économique de l’IA, les modèles d’investissement reflétant la double nature de cette technologie, à la fois infrastructure et technologie à usage général (GPT).
Tendance simplifiée n° 7 : Parmi les actifs incorporels, le capital organisationnel domine, représentant près d’un tiers du total des investissements dans les actifs incorporels en 2022
Le capital organisationnel arrive en tête des types d’actifs incorporels, représentant 30% du total des investissements dans les actifs incorporels en 2022, contre 29% en 2021 (voir la figure 15). Généralement mesuré à l’aide d’une approche fondée sur les coûts qui tient compte des dépenses d’une entreprise en matière de développement organisationnel, le capital organisationnel désigne le savoir-faire interne en matière de gestion et d’organisation des activités d’une entreprise. Des processus internes solides et de bonnes pratiques de gestion peuvent contribuer à stimuler la productivité et à favoriser l’innovation au sein d’une entreprise, faisant ainsi du capital organisationnel un actif incorporel précieux.
Le capital organisationnel est suivi par la R-D (22%, contre 19% en 2021), les logiciels et bases de données (18%, contre 16%), les marques (15%, contre 14%) et les dessins et modèles (10%, comme en 2021).
Les modèles propres à chaque pays révèlent des différences notables dans la composition des investissements dans les actifs incorporels (voir la figure 16). L’Inde est en tête dans le domaine des logiciels et des bases de données, qui représentent plus de 50% de ses investissements dans les actifs incorporels, loin devant la Suède (26%), le Brésil (23%) et la France (22%). Le Japon et l’Allemagne se distinguent par l’importance qu’ils accordent à la R-D (respectivement 37% et 32%), ce qui correspond à leur solide base industrielle. Les États-Unis d’Amérique investissent le plus dans le capital organisationnel (35%), tandis que la France et le Royaume-Uni affichent également des parts importantes dans cette catégorie (près de 33% pour les deux pays). Le Brésil et le Royaume-Uni sont en tête en matière de marques, représentant près de 25% du total des investissements dans les actifs incorporels pour les deux pays, contrairement à l’Inde (10%) et aux États-Unis d’Amérique (12%).
Annexe : à propos du partenariat OMPI-Luiss Business School sur les actifs incorporels dans l’économie mondiale
Publié conjointement par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) et la Luiss Business School (LBS), le rapport intitulé “Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde” est la publication de référence pour les statistiques mondiales sur l’investissement dans les actifs incorporels issues de la Base de données mondiale INTAN-Invest.
Remerciements : le rapport “Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde 2025” a été élaboré sous la direction générale de Daren Tang (Directeur général) au sein du Secteur des écosystèmes de propriété intellectuelle et d’innovation de l’OMPI, dirigé par Marco Alemán (sous-directeur général), et plus précisément au sein du Département de l’économie et de l’analyse de données, dirigé par Carsten Fink (économiste en chef). Il a été géré et rédigé par Anmol Kaur Grewal (boursière) et Sacha Wunsch-Vincent (chef de section), en collaboration avec l’équipe de la Luiss Business School, dirigée par Cecilia Jona-Lasinio (professeure titulaire, LBS), avec la contribution de Filippo Bontadini, Carol Corrado, Jonathan Haskel, Massimiliano Iommi, Florencia Jaccoud, John Lourenze Poquiz et Patrick Serberis, tous membres de l’équipe de Global INTAN-Invest. Nous remercions chaleureusement le Comité consultatif technique et le Comité directeur, en particulier Bart van Ark (The Productivity Institute) pour l’encadré 2, ainsi que les participants de la Conférence Global INTAN-Invest 2025 pour leurs commentaires. Nous exprimons également notre gratitude pour l’aide apportée à l’élaboration des différences estimations par pays. Pour le Brésil, Leandro Veloso, Rodrigo Ventura (Institut national de la propriété industrielle) et Fernanda de Negri (anciennement affiliée à l’Institut de recherche économique appliquée) ont apporté une contribution utile. Pour l’Inde, un soutien précieux a été apporté par Vivek Kumar Singh et Ashok Sonkusare (tous deux membres du NITI Aayog), Shrinivas Vijay Shirke (Division des comptes nationaux, Ministère des statistiques et de la mise en œuvre des programmes) et Gaurav Thakur (Mission permanente de l’Inde à Genève). Pour le Japon, des contributions ont été apportées par Kyoji Fukao (Institut de recherche sur l’économie, le commerce et l’industrie) et Tsutomu Miyagawa (Université Gakushuin), et nos remerciements vont à Tomoki Sawai (Bureau de l’OMPI au Japon), ainsi qu’à Takeshi Ueno et Maho Furuya (tous deux membres de l’Association japonaise de la propriété intellectuelle). Nous remercions sincèrement l’Administration nationale chinoise de la propriété intellectuelle (CNIPA) et le Bureau national des statistiques (NBS) pour leur contribution utile et leur collaboration en vue de l’inclusion éventuelle de la République populaire de Chine dans les prochaines éditions du présent rapport.
Lacunes dans les mesures : malgré l’importance des investissements dans les actifs incorporels pour stimuler l’innovation, la productivité et la croissance économique, notre compréhension de leur volume, de leur composition et de leur impact reste limitée en raison de difficultés de mesure. Le caractère “immatériel” des actifs incorporels les rend par essence difficiles à mesurer et à comptabiliser. De nombreux types d’actifs incorporels, tels que les marques ou les dessins et modèles, ne sont pas considérés comme des investissements dans les cadres comptables nationaux, ce qui fait que plus de 60% des investissements dans les actifs incorporels ne sont pas mesurés (voir la figure A.1). Le partenariat OMPI-LBS vise à combler ces lacunes en matière de mesure en produisant des estimations annuelles et trimestrielles des investissements dans les actifs incorporels en temps opportun, les données pour 2024 devant être disponibles en juillet 2025. En outre, ce projet élargit la couverture des données disponibles au-delà des économies avancées pour inclure les économies émergentes, à commencer par l’Inde.
Données disponibles La dernière publication de données, datée de juillet 2025, fournit des estimations annuelles et trimestrielles des investissements dans les actifs incorporels pour la période 1995-2024 pour 32 économies, soit les 27 économies de l’UE, le Brésil, les États-Unis d’Amérique, l’Inde, le Japon et le Royaume-Uni. En raison des différences dans la disponibilité des données, la couverture des actifs et les périodes considérées varient d’une économie à l’autre. L’analyse présentée dans ce rapport couvre ces 27 pays (Brésil, États-Unis d’Amérique, Inde, Japon, Royaume-Uni et UE-22) offrant la couverture la plus complète en matière d’actifs et de durée.
Cadre de mesure : la Base de données mondiale INTAN-Invest suit le cadre des comptes nationaux proposé par Corrado, Hulten et Sichel (2005, 2009), qui couvre à la fois les actifs incorporels mesurés et non mesurés (voir la figure A.2).
Partenariats : Ce partenariat compte sur la participation de l’Agence de développement de l’Union africaine (Agence de développement de l’Union africaine-NEPAD), de la Banque européenne d’investissement (BEI), de la Banque interaméricaine de développement (BID), du Fonds monétaire international (FMI), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), du Bureau d’analyse économique des États-Unis d’Amérique et de la Banque mondiale, en tant que membres du comité directeur.
Avertissement : Les opinions exprimées dans la présente publication ne reflètent pas nécessairement celles des États membres ou du Secrétariat de l’OMPI.
Contact : OMPI (intangibles@wipo.int) et Luiss Business School (globalintaninvest@luissbusinessschool.it).
Veuillez citer cette publication comme suit : OMPI et Luiss Business School (2025). Données essentielles sur l’investissement incorporel dans le monde 2025. Genève et Rome : Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle et Luiss Business School. Disponible à l’adresse www.wipo.int/en/web/intangible-assets/measuring-investments.