La révolution de l’acier, la voie de l’innovation

  • Nom: Tsinghua University
  • Pays / Territoire: Chine
  • Droit(s) de P.I.: Brevets
  • Date de publication: 27 décembre 2013
  • Dernière mise à jour: 25 août 2021

Université Tsinghua, Chine

À la fin des années 20, E. S. Davenport et Edgar Baine, deux chercheurs du United States Steel Corporation Laboratory, dans l’État du New Jersey (États-Unis d’Amérique), mènent des travaux de recherche d’avant-garde dans le domaine de la métallurgie, notamment sur la mise au point de nouveaux types d’acier. Leurs travaux aboutissent à la mise au point d’un nouveau type d’acier, l’acier bainitique, qui présente une trempabilité (capacité d’un métal à durcir par traitement thermique), une ténacité et une résistance à la traction élevées. Dans les années 50, la mise au point d’un acier bainitique refroidi à l’air (refroidissement par exposition à l’air) à partir de molybdène (Mo), un élément chimique naturellement présent dans certains minéraux partout dans le monde, constitue une avancée majeure qui permet le transfert de l’acier bainitique du laboratoire à l’usine.

L’acier bainitique a été utilisé dans la fabrication des essieux avant de plus d’un demi-million de camions (Photo : Flickr/order_241)

Rapidement, l’acier bainitique refroidi à l’air suscite beaucoup d’intérêt du fait de ses propriétés uniques et devient un des aciers les plus recherchés pour de nombreuses applications, notamment la fabrication de pièces automobiles et d’engins de construction. Toutefois, l’acier bainitique demeure excessivement cher en raison du coût élevé du Mo et de la technologie et de l’équipement nécessaires au traitement isotherme (traitement thermique à température constante) de l’acier, tous deux indispensables à la production de l’acier bainitique. De fait, l’acier bainitique refroidi à l’air est hors de portée pour de nombreux pays émergents. À la fin des années 70, cependant, trois professeurs de l’Université Tsinghua de Beijing (République populaire de Chine), H. S. Fang, Y. K. Zheng et B. Z. Bai, réalisent une avancée majeure dans le domaine de l’acier bainitique refroidi à l’air qui permet de réduire son coût de fabrication tout en conservant les mêmes propriétés physiques.

Recherche-développement

Pour produire de l’acier, on chauffe un alliage de fer qui va passer par plusieurs phases. Ces phases, appelées microstructures, possèdent chacune des propriétés différentes. L’application d’un traitement isotherme permet de chauffer l’alliage de fer à la température correspondant à la microstructure souhaitée, puis de le refroidir et d’obtenir ainsi un type d’acier qui conserve les propriétés de la microstructure. Les travaux de recherche-développement (R-D) menés par Davenport et Baine portent de manière spécifique sur la transformation isotherme de l’austénite, première microstructure après la ferrite (terme de métallurgie employé pour une solution solide interstitielle). Dans le cadre de leurs travaux, ils découvrent que lorsque l’austénite est soumise à un traitement isotherme à une température comprise entre 250°C et 550°C, on obtient une microstructure encore inconnue.

La microstructure ainsi découverte par Davenport et Baine ne ressemble à rien de ce qu’ils ont vu précédemment et, en 1934, elle est officiellement baptisée “bainite”, en hommage à M. Baine, pionnier de ces recherches. Au départ, l’acier bainitique est peu utilisé, car le procédé de traitement thermique est compliqué à mettre en œuvre. Mais la mise au point d’un acier bainitique au Mo dans les années 50 constitue une avancée majeure. L’acier bainitique reste néanmoins un acier coûteux et difficile à produire. Quand la nouvelle de la découverte de la bainite se répand, les chercheurs du monde entier commencent à chercher des applications et de nouvelles méthodes de production pour cette nouvelle microstucture.

Des boulons de grandes dimensions (1500 MPa) ont été utilisés lors de la construction du port de Hong Kong (Photo : Flickr/Pasu Au Yeung)

Parmi ces chercheurs figure M. Fang et son équipe de recherche de l’Université Tsinghua de Beijing, qui savent que le principal obstacle à la production de bainite refroidie à l’air est l’utilisation de Mo dans le procédé de traitement isotherme. Grâce à une subvention de 2000 dollars É.-U. accordée par l’université, l’équipe mène des expériences sur différents éléments chimiques pour essayer de trouver une méthode de production plus rentable. L’équipe chosit notamment de remplacer le Mo par du manganèse (Mn), un élément chimique moins coûteux naturellement présent dans de nombreux minéraux. M. Fang découvre alors que, lorsque l’on utilise du Mn dans le procédé de traitement isotherme, cet élément modifie la forme de la courbe temps-température-transformation (courbe TTT). Cette courbe TTT est une représentation de la transformation isotherme qui montre le rapport entre la température et le temps nécessaire pour décomposer l’austénite en une autre microstructure lorsque la transformation se produit à température constante. La courbe tracée indique les temps de traitement isotherme requis pour obtenir les différentes microstructures.

Lorsque l’équipe de M. Fang utilise du Mn, elle constate que cette courbe diffère et qu’elle influe de façon unique sur l’effet d’entraînement du soluté. L’effet d’entraînement du soluté est un phénomène visible dans la production de l’acier qui ralentit fortement, voire stoppe, la croissance de la ferrite lorsque des concentrations suffisantes de carbone et d’un soluté sont présentes, que la température de réaction est relativement basse et que les joints de grain de ferrite migrent suffisamment loin pour emporter le soluté entraîné. Lorsque l’on utilise du Mn, on voit apparaître dans la courbe TTT une anse autour de 600 °C, qui augmente l’effet d’entraînement du soluté, ce qui limite davantage la croissance de la ferrite et permet l’affinage de la bainite résultante. Ces résultats permettent à l’équipe d’établir que la bainite au Mn conduit aux mêmes résultats que la bainite au Mo.

Cette découverte permet aux chercheurs de démentir la thèse selon laquelle la bainite refroidie à l’air ne peut être obtenue qu’à partir de Mo. En outre, la bainite au Mn présente de nombreux avantages par rapport à la bainite au Mo, notamment une trempabilité plus élevée, un excellent équilibre entre résistance et ténacité, un procédé d’alliage simple (combinaison d’un métal avec d’autres métaux) et des coûts réduits en termes de matières premières et de production.

Invention

Depuis le début des années 80, M. Fang et son équipe se sont inspirés de cette découverte pour inventer différents types d’acier bainitique refroidi à l’air au Mn à teneur en carbone faible, moyenne ou moyenne élevée. Une avancée majeure est réalisée en particulier avec l’acier bainitique granulaire à faible teneur en carbone au Mn, qui permet de démontrer pour la première fois que l’on peut obtenir un équilibre optimal entre résistance et ténacité dans de l’acier bainitique en contrôlant la taille, la quantité et la répartition des îlots de martensite-austénite (MA) (particules des microstructures de martensite-austénite présentes dans l’acier). Les aciers bainitiques redroidis à l’air au Mn mis au point à l’Université Tsinghua possèdent chacun des propriétés différentes et ont de nombreuses applications. Consciente du succès que rencontre cette invention, en 1990, la Commission d’État pour l’éducation (renommée par la suite “Ministère de l’éducation”) autorise M. Fang et son équipe de recherche à créer le Bainite Research and Development Center (BRDC) au sein de l’Université Tsinghua.

L’acier bainitique au Mn sans soudure est une invention communément utilisée dans la construction de voies ferrées (Photo : Flickr/Siyang Xue)

En 2009, M. Fang et son équipe inventent l’acier bainitique trempé au Mn (refroidissement rapide au moyen d’un liquide tel que l’huile ou l’eau), la nouvelle génération d’acier bainitique au Mn. Cet acier baintinique au Mn technologiquement plus avancé répond aux critères de performance de la plupart des aciers utilisés dans de nombreux secteurs, renferme moins d’éléments d’alliage et présente une trempabilité plus élevée et de meilleures propriétés de soudage.

Partenariats

À l’époque où l’acier bainitique au Mn est mis au point, l’Université Tsinghua ne dispose pas de système officiel de propriété intellectuelle ou de transfert de technologie, c’est pourquoi les partenariats sont encouragés comme moyen de promotion et de commercialisation. Créé en 1983, le Département de gestion de la recherche-développement (RDMD) de l’université gère tous les partenariats et les questions relatives au transfert de technologie. Pour faciliter la commercialisation d’une technologie mise au point à l’Université Tsinghua, le RDMD, peu après sa création, passe un accord de coopération avec la province du Yunnan dans le sud-ouest de la Chine. L’objectif principal de cet accord est de contribuer au développement scientifique et technologique dans les entreprises privées, les universités et les entreprises publiques au Yunnan, avec le concours de l’Université Tsinghua. Pour ce faire, les autorités de la province créent l’Office Yunnan-Tsinghua de coopération scientifique et technologique et le Fonds Yunan-Tsinghua de coopération scientifique et technologique.

En mars 1998, cet accord aboutit au transfert de la technologie relative à l’acier bainitique au Mn à la Gejiu Metallurgy and Mining Machinery Corporation (ci-après dénommée “Gejiu”) dans le cadre de la conclusion d’un mémorandum d’accord avec le BRDC. L’Université Tsinghua et le BRDC étant des organismes financés par les pouvoirs publics, ces mémorandums d’accord doivent être soumis aux autorités locales pour que le partenariat et le transfert de technologie soient approuvés et d’autres formes d’aide fournies. Dans le cas de cet accord, les autorités sont passées par la Commission de l’économie et du commerce et la Commission scientifique et technologique du Yunnan pour faciliter la conclusion du partenariat. À peine un mois plus tard, le partenariat est approuvé sur la base d’un contrat tripartite entre le BRDC, l’Office Yunnan-Tsinghua de coopération scientifique et technologique, et Gejiu. Le BRDC fournit le savoir-faire, assiste Gejiu dans la mise en œuvre de la technologie permettant de produire des billes et des moulages d’acier bainitique au Mn résistant à l’usure, et fournit les moyens techniques et l’assistance nécessaire pour renforcer les capacités de l’entreprise en matière de recherche-développement, augmenter la production et contribuer au développement commercial des produits en acier bainitique au Mn.

Une autre étape importante est franchie en 2000, lorsque la Jinan Iron and Steel Group Corporation (ci-après dénommée “Jinan”), dans la province orientale du Shandong, réalise un progrès majeur dans le domaine de la production de l’acier. Jinan est un grand fabricant de tôles d’acier hautement résistant de cette région. Avant de recevoir du BRDC la technologie relative à la bainite au Mn, ce fabricant a déjà atteint le niveau de performance maximal avec la technologie traditionnelle dont il dispose. Jinan produit à l’époque de l’acier ordinaire dont la résistance à la traction est d’environ 300 à 400 MPa (mégapascal, unité de mesure de la dureté et de la résistance à la traction). Jinan décide alors de passer un accord avec le BRDC, semblable à celui conclu par Gejiu, selon lequel le BRDC fournit la technologie relative à la bainite au Mn et le savoir-faire. Cette nouvelle technologie permet à Jinan de produire des tôles d’acier bainitique doux au Mn laminées à chaud dont la résistance à la traction peut atteindre 700 à 800 MPa. Ce nouveau produit, baptisé “JB785”, présente des performances et une résistance très élevées tout en étant très rentable. En 2011, au terme de plusieurs années de développement de la technologie acquise, Jinan parvient à produire des tôles d’acier bainitique au Mn pouvant résister à une pression allant jusqu’à 800 MPa.

L’acier bainitique au Mn est également utilisé dans la fabrication d’engins de construction (Photo : Flickr/Robert James Hughes)

Brevets

Avec la création en 1984 d’un Bureau des brevets (TPA) au sein de l’Université Tsinghua et l’adoption de la loi sur les brevets en Chine la même année, l’université dépose sa toute première demande de brevet nationale en avril 1985 pour de l’acier bainitique granulaire au Mn refroidi à l’air (demande n° 85100080). Une autre demande concernant de l’acier bainitique au Mn refroidi à l’air à teneur en carbone moyenne est déposée en avril 1986 (demande n° 86103008), suivie de neuf demandes de brevet national supplémentaires pour des technologies relatives à l’acier bainitique au Mn. En 2003, l’Université Tsinghua dépose une demande de brevet pour son acier polyphasé bainite-ferrite granulaire refroidi à l’air au Mn-Si-Cr (manganèse, silicium et chrome). Le brevet est délivré en Chine en 2005. En 2008, l’Université Tsinghua dépose sa toute première demande de brevet pour son acier bainitique au Mn refroidi à l’eau (refroidissement rapide à l’eau) (demande n° 200810223422.X), suivie en 2009 d’une demande concernant de l’acier bainitique trempé au Mn (demande n° 200910093285.7). Vient ensuite une demande concernant le procédé de fabrication d’un acier bainitique refroidi à l’air, pour laquelle un brevet est délivré en Chine en 2011.

Désireuse de tirer parti du système de la propriété intellectuelle pour commercialiser ses produits à l’étranger et devenir concurrentielle au niveau international, l’Université Tsinghua dépose des demandes de brevet à l’étranger pour sa technologie relative à l’acier bainitique. Trois demandes sont ainsi déposées auprès de l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique (USPTO) en 1987, 1988 et 1989, une en Australie en 1989 et une en Nouvelle-Zélande en 1989. Plus récemment, l’Université Tsinghua a continué à déposer des demandes de brevet pour des innovations connexes concernant notamment des technologies mises au point dans le cadre des travaux de recherche relatifs à l’acier bainitique au Mn. On peut citer par exemple les demandes de brevet déposées auprès de l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique en septembre 2010 et en janvier 2013.

Concession de licences

Le tout premier accord de licence concernant l’acier bainitique au Mn est signé en 1988, lorsque l’université accorde une licence exclusive sur tous ses actifs de propriété intellectuelle pour un montant initial de 250 000 dollars É.-U. à la Beijing Bainite Steel Co., Ltd. (BBS), une coentreprise formée par l’Université Tsinghua et la China Minmetals Corporation (CMC). En 1994, l’Université Tsinghua souhaite accroître les capacités de commercialisation de l’acier bainitique au Mn, mais pour cela il lui faut plusieurs preneurs de licence. L’université décide alors de vendre ses licences à la BBS pour pouvoir chercher d’autres preneurs de licence.

Ces recherches prennent un certain temps, mais vers la fin de 2007, le Centre international de transfert de technologie (ITTC) de l’Université Tsinghua trouve en Italie une entreprise (que l’on nommera “entreprise A” pour des raisons de confidentialité) qui souhaite conclure des contrats de service et de licence avec les inventeurs pour pouvoir mener des recherches sur la mise au point d’un acier bainitique pour des tuyaux sans soudure. C’est ainsi que l’ITTC et cette entreprise concluent un accord de service en novembre 2008.

En 2009, l’Université Tsinghua octroie des licences sur la technologie relative à l’acier bainitique au Mn à plusieurs entreprises des secteurs ferroviaire, minier, des transports et de la construction en Chine, en Italie et dans d’autres pays. Ces licences portent principalement sur l’utilisation de l’acier bainitique au Mn dans la mise au point de produits tels que de l’acier moulé résistant à l’usure, de l’acier pour tige d’ancrage, des tôles d’acier résistant à l’eau et à haute résistance ou encore des barres d’armature à haute résistance.

Commercialisation

Vers la fin des années 70, lorsque M. Fang invente l’acier bainitique au Mn, il demande au Ministère de l’industrie métallurgique de l’aider à promouvoir et à commercialiser cette technologie, mais ce dernier refuse. Déterminé, l’inventeur utilise alors son carnet d’adresses professionnel et personnel pour promouvoir sa technologie auprès des entreprises des secteurs sidérurgique et automobile. Entre 1977 et 1979, plusieurs aciéries s’intéressent à cette technologie et collaborent avec M. Fang dans la R-D pour déterminer comment l’invention peut être mise en œuvre, mais cette collaboration donne peut de résultats concrets.

En 1981, M. Fang travaille avec la Pangang Group Company Ltd. (ci-après dénommée “Pangang”) pour produire de l’acier bainitique doux granulaire au Mn. Des prototypes sont ainsi produits avec succès et l’invention ouvre des perspectives prometteuses pour la fabrication de produits tels que des essieux de véhicules automobiles, des bogies ou encore des bielles, mais en raison des difficultés liées à la production en série, les applications sont trop limitées pour cette technologie. Le changement survient au début des années 90 lorsque First Automobile Works (renommé par la suite “FAW Group”), Second Automobile Works (renommé par la suite “Dongfeng Motor”) et Jiangling Motors Co., Ltd. commencent à utiliser ce type d’acier dans la fabrication des essieux avant de leurs véhicules automobiles. Conscient de l’intérêt grandissant de certaines grandes entreprises pour la technologie relative à l’acier bainitique au Mn, dès 1990, la Commission d’État pour la science et la technologie (précurseur du Ministère des sciences et des technologies) en fait la promotion dans tout le pays. Cette technologie devient ainsi de plus en plus populaire durant les années 90.

L’acier bainitique est commercialisé sous forme sphérique pour le secteur du broyage de minerai (Photo : Flickr/BlueLines)

Une autre solution efficace pour commercialiser la technologie relative à l’acier bainitique au Mn a été de créer des coentreprises avec des petites et des grandes entreprises. La toute première coentreprise apparaît en 1988, lorsque l’Université Tsinghua et la China Minmetals Corporation (CMC) créent la BBS. C’est en 1988 que cette dernière remporte son plus grand succès commercial lorsqu’elle coopère avec la Tangshan Bainite Steel Group Co., Ltd. (TBS) pour créer une entreprise municipale (entreprise publique tournée vers le marché, relevant des autorités locales). Ce partenariat débouche sur l’utilisation de l’acier bainitique doux granulaire au Mn dans la fabrication de tiges de pompage pour les puits de pétrole et de billes d’acier pour diverses applications. Outre le marché national, l’entreprise municipale exporte ses produits avec succès vers l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, le Chili, la Malaisie et la Russie. En 1994, l’Université Tsinghua vend sa part de l’entreprise municipale pour recouvrer ses droits de licence de propriété intellectuelle. Bien que l’entreprise municipale ne soit plus le preneur de licence exclusif, elle continue depuis 2011 à produire et à exporter avec succès des produits similaires en acier bainitique au Mn.

Certes, les coentreprises ont joué un rôle dans la réussite commerciale de l’acier bainitique au Mn, mais c’est surtout le partenariat avec Jinan et le transfert de technologie correspondant qui ont eu des incidences positives sur l’ensemble du secteur sidérurgique en Chine. Les quatre principales entreprises exploitant sous licence le JB785 mis au point par Jinan, à savoir Linyi Engineering Machinery Plant (Linyi), Shandong Engineering Machinerey Plant (SEM), Shenyang Air Blower Plant (SAB) et Yantai Penglai Stone-Casting Plant (Yantai Penglai), ont toutes commercialisé avec succès plusieurs produits et obtenu des résultats prometteurs.

Linyi utilise le JB785 pour fabriquer des pièces de bras oscillants d’engins de chargement, ce qui permet de réduire de 20% le poids et la consommation d’énergie (plus les pièces sont légères, moins il faut d’énergie pour les déplacer), mais également d’augmenter de près de 20% la capacité opérationnelle. SEM utilise le JB785 pour produire et vendre du matériel de production qui est 20% moins cher et qui a un cycle de vie plus long (185%) que les équivalents classiques. SAB produit principalement des aubes résistant à l’usure pour de grands souffleurs d’air, et l’utilisation du JB785 permet de réduire de plus de 25% les coûts de fabrication et d’augmenter de 200% le cycle de vie du produit. Yantai Penglai utilise le JB785 pour fabriquer des pipelines à charbon qui sont 40% plus légers, plus de 20% moins chers, et qui ont un cycle de vie plus long (243%).

Gestion de la propriété intellectuelle

Après le succès rencontré en ce qui concerne les brevets, les licences et la commercialisation de la technologie relative à la bainite au Mn, en 2001, sur les conseils de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), l’université élabore une politique officielle de gestion de la propriété intellectuelle. Dans le cadre de cette politique, sont considérés comme relevant de la propriété intellectuelle les brevets, les secrets d’affaires, le savoir-faire, les marques, les droits d’auteur et tout droit connexe. Lorsque les chercheurs terminent un projet de recherche de l’université, ils doivent divulguer tous les résultats au Bureau administratif chargé de la gestion de la propriété intellectuelle et des résultats (AIPAO) qui détermine ensuite si des droits de propriété intellectuelle devraient être protégés. L’université interdit formellement la publication et toute autre forme de divulgation des résultats de recherche tant qu’aucune demande de titre de propriété intellectuelle n’a été faite.

S’il apparaît qu’une technologie est commercialement viable, mais qu’elle n’est pas brevetable, l’université la conserve comme un secret d’affaires et prend les mesures nécessaires pour en assurer la confidentialité. Si un partenaire industriel (tel qu’une aciérie) participe à la mise au point d’une technologie, cette participation doit figurer noir sur blanc dans un contrat contenant une clause qui définit notamment la façon dont sont répartis les droits de propriété intellectuelle, ainsi que les taxes de dépôt et les recettes tirées de l’exploitation des brevets. Ces éléments, de même que l’intégralité du contrat passé avec le partenaire industriel, doivent être examinés et approuvés par l’AIPAO pour que le contrat puisse entrer en vigueur. La politique susmentionnée énonce également les règles relatives aux actifs de propriété intellectuelle mis au point par des employés ou des chercheurs, mais visant des tiers nationaux et étrangers. Dans ce cas, sauf indication contraire dans l’accord conclu entre les chercheurs et le tiers, les actifs de propriété intellectuelle mis au point doivent être attribués pleinement ou conjointement à l’Université Tsinghua. Selon la politique de gestion de la propriété intellectuelle, au moins 40% de l’ensemble des recettes générées par l’actif de propriété intellectuelle concerné doit revenir à l’inventeur (ou aux inventeurs) sous forme d’espèces ou de titres (sous forme de parts de l’entreprise, par exemple).

L’université n’a ménagé aucun effort pour s’assurer que tous les membres, étudiants et employés de la faculté connaissent bien la politique interne de gestion de la propriété intellectuelle. C’est ainsi que toute personne amenée à travailler ou à étudier à l’Université Tsinghua reçoit à son arrivée une brochure qui explique cette politique et doit suivre un cours obligatoire de sensibilisation à la propriété intellectuelle à l’École de droit de Tsinghua. En outre, tous les professeurs chargés de la gestion de la propriété intellectuelle, quel que soit leur département, reçoivent périodiquement une formation dans le domaine de la propriété intellectuelle.

Parallèlement à la politique officielle de propriété intellectuelle, à la fin des années 80 et dans les années 90, l’Université Tsinghua crée également un système officiel de transfert de technologie pour faciliter les partenariats et la commercialisation de ses produits, fondé sur cinq entités relevant du Centre national de transfert de technologie (NTTC) de l’Université. La première de ces entités, le Département de la gestion de la recherche-développement (RDMD), a deux fonctions principales. Il gère tout d’abord tous les contrats commerciaux relatifs au transfert de technologie, à la propriété intellectuelle et à la diffusion des nouvelles technologies. Ensuite, il coordonne la coopération entre l’Université Tsinghua, les autorités régionales et les entreprises locales pour toute question concernant la commercialisation des produits. La deuxième entité est le Bureau de gestion de la recherche-développement menée à l’étranger (ORDMO), dont la mission est semblable à celle du RDMD, sauf qu’elle est davantage axée sur les organisations, les multinationales et les gouvernements étrangers. La troisième entité est le Comité de coopération université-industrie (UICC), fondé en 1995. L’UICC a pour mission de promouvoir le transfert de technologie entre l’université et l’industrie en renforçant la collaboration entre l’université et diverses entreprises commerciales. À la fin de 2010, l’UICC avait passé des contrats de collaboration avec 150 entreprises nationales et 40 entreprises internationales.

Après sa création en 1984, le TPA devient la quatrième entité officielle de transfert de technologie. Il traite tous les aspects liés aux brevets, du dépôt de la demande aux procédures judiciaires. En 2001, dans le cadre de l’élaboration d’une politique officielle de gestion de la propriété intellectuelle à l’Université Tsinghua, le TPA subit une réforme structurelle : il est divisé en deux, avec d’une part le Bureau de la gestion de la propriété intellectuelle (IPO) et d’autre part le Bureau de l’administration des brevets (PAO), relevant tous deux de l’AIPAO. Le PAO a un mandat très large, comprenant la gestion de tous les brevets existants et de toutes les demandes de brevet futures, la divulgation des inventions, la création de partenariats avec des offices de propriété intellectuelle, ainsi que le traitement des questions relatives aux taxes et aux financements. En outre, le PAO contribue au transfert de technologie par l’attribution de droits de brevet et de contrats de concession sous licence de brevets.

Enfin, la dernière entité est le Centre international de transfert de technologie (ITTC) fondé en 2001. L’ITTC joue un rôle primordial dans le transfert des technologies mises au point par l’Université Tsinghua. Il aide les entreprises chinoises à chercher à l’étranger les technologies et les partenaires dont elles ont besoin; fournit des services permettant de placer ou de faire connaître des technologies ou des produits étrangers sur le marché chinois; conseille les petites et moyennes entreprises (PME) chinoises ou étrangères; investit dans les technologies et les produits qui sont parvenus à maturité sur les marchés internationaux et dont le potentiel de réussite en Chine est élevé; et mène des recherches universitaires sur le transfert de technologie.

Un élément essentiel du système global de transfert de technologie de l’Université Tsinghua est le Parc scientifique Tsinghua (TSP), créé en 2001, seul et unique parc scientifique universitaire de Chine. Le TSP, qui fait office de vitrine pour l’université, sert de tremplin pour les nouvelles entreprises, favorise l’innovation et contribue à la commercialisation des actifs de propriété intellectuelle de l’Université Tsinghua. Le TSP, en contribuant à la promotion des technologies mises au point par l’université et de ses actifs de propriété intellectuelle, favorise le développement de l’économie locale, éveille l’intérêt du public pour le transfert de technologie et renforce la compétitivité internationale de la région. Ces réalisations ont permis de créer de plus petits parcs scientifiques dans les provinces du Jiangxi, du Jiangsu, du Shanxi, du Hebei et du Guangdong.

Résultats commerciaux

Moulage d’acier bainitique au Mn (Photo : TU)

Même s’il a fallu un certain temps pour que l’acier bainitique au Mn passe par la R-D et soit commercialisé, cette technologie innovante connait un succès certain. Grâce à plusieurs entreprises qui ont contribué à sa commercialisation, depuis 2011, l’acier bainitique au Mn est utilisé dans le secteur automobile, dans la construction et dans l’industrie pétrolière, dans les transports ferroviaires, dans les engins d’exploitation minière, dans les tubes en acier sans soudure à haute résistance, dans les ports ou encore dans la fabrication de produits en acier résistant à l’eau et à l’usure. Entre 1997 et 1999, les ventes d’acier bainitique au Mn destiné au secteur automobile seulement représentaient plus de 25 millions de dollars É.-U. et les profits réalisés environ trois millions de dollars É.-U. Cette invention s’est également révélée rentable pour l’Université Tsinghua et les chercheurs concernés. De 2009 à début 2011, 10 contrats de licence ont été signés pour un montant total de 1 million de dollars É.-U. Ces accords génèrent des redevances depuis 2011, et des redevances supplémentaires seront générées à l’avenir par la vente des produits de ces entreprises. L’Université Tsinghua continue quant à elle à chercher activement de nouveaux preneurs de licence et de nouvelles opportunités de commercialisation à l’échelle mondiale.

Un processus long, mais qui porte ses fruits

Apparu en Chine à une époque où l’innovation technologique et la propriété intellectuelle n’en étaient qu’à leurs débuts, l’acier bainitique au Mn est la preuve qu’une invention peut être un instrument de croissance économique et de renforcement de la compétitivité sur le plan international. Parallèlement au développement du système de la propriété intellectuelle en Chine, les inventeurs et l’Université Tsinghua ont su exploiter de façon stratégique une politique forte en matière de propriété intellectuelle, ainsi que les brevets et les licences aux fins de la commercialisation de leurs produits et du renforcement des capacités technologiques de l’industrie sidérurgique à l’échelle nationale. Forte de l’intérêt suscité à l’étranger par cette invention et de la mise au point en 2009 d’un type d’acier bainitique au Mn raffiné, l’Université Tsinghua continue de jouer un rôle important dans le développement économique du pays et dans la promotion de l’innovation technologique.