Les GIs et le développement rural : une histoire de bananes

  • Nom: Corporacion Bananera Nacional Corbana S. A
  • Pays / Territoire: Costa Rica
  • Droit(s) de P.I.: Indications géographiques et appellations d’origine
  • Date de publication: 2 octobre 2012
  • Dernière mise à jour: 14 janvier 2015

Généralités


Le bananier et son fruit, très riche, est l’un des symboles du paysage géographique, économique et culinaire du Costa Rica depuis des générations (photo : Robert Lesser).

La Corporación Bananera Nacional Corbana, S.A. (ci‑après dénommée “la CORBANA”), corporation bananière costa‑ricienne, a été créée en 1971 à Zapote, San José (République du Costa Rica (ci‑après dénommée “Costa Rica”)). En partie détenue et gérée par les producteurs de bananes eux‑mêmes, la CORBANA est un organisme public dont la structure est celle d’une société par actions à responsabilité limitée (en l’occurrence, société appartenant à des actionnaires, des agriculteurs, le gouvernement et des banques nationalisées), qui offre un appui aux producteurs de bananes du Costa Rica.

Parce qu’elle a su mettre au point des stratégies de promotion et de commercialisation des bananes, l’entreprise est à même d’exploiter de nouvelles méthodes de gestion des marques et de faire accéder les agriculteurs du pays à de nouveaux marchés. En outre, la CORBANA effectue des recherches très poussées et fournit des conseils techniques et des services d’appui ayant permis d’améliorer le savoir‑faire de production des agriculteurs, des pratiques agricoles et de mettre au point des techniques agricoles écocompatibles. L’entreprise joue le rôle de lobbyiste pour les producteurs de bananes lors de négociations avec le gouvernement, les revendeurs de fruits et des partenaires de la profession dans la communauté internationale.

En raison en grande partie des nombreuses activités de la CORBANA, le statut socioéconomique des producteurs de bananes costa‑riciens s’améliore, les rendements augmentent et la pérennité du riche environnement national et de la culture des bananes est assurée.

Recherche‑développement, partenariats et financement

Bien que la banane alimente des millions de personnes et fournisse un emploi à des centaines de milliers de Costa‑Riciens, sa valeur sur le marché est subordonnée à un certain nombre de facteurs dont les fluctuations de prix sur le marché international, de mauvaises conditions atmosphériques et des maladies propres à sa culture.

Afin de gérer ces problèmes tout en développant l’industrie nationale de la banane, les producteurs de bananes costa‑riciens comptent sur les travaux de recherche‑développement (R‑D) et autres stratégies d’appui de la CORBANA. D’ailleurs, l’entreprise, qui portait autrefois (jusqu’en 1990) le nom de National Banana Association (ASBANA), joua un rôle essentiel dans la redynamisation de l’agriculture et le renforcement de la compétitivité économique du pays.

Pour atteindre ses nombreux objectifs, la CORBANA travaille en collaboration avec plusieurs partenaires, dont des producteurs de bananes, des ministères (tels que le Ministère de l’agriculture (MOA)) et des universitaires (tels que le Ministère de l’agriculture (MOA)) et des universités (p. ex. : Universidad de Costa Rica (UCR)). L’entreprise compte parmi ses partenaires des membres de la profession (p. ex. : Instituto Nacional de Innovación y Transferencia en Technologia Agropecuraria (INTA)) et des organismes internationaux (p. ex. : Rainforest Alliance et Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária Embrapa (Brazilian Agricultural Research Corporation)).

Grâce à ces partenaires, le Département de R‑D de la CORBANA peut offrir des services de laboratoire et d’expertise scientifiques ainsi que centraliser et diffuser les informations les plus récentes sur la profession à des producteurs et autres parties prenantes. Le principal service de recherche de l’entreprise, c’est‑à‑dire le service des enquêtes ((DoI), comprend quatre sections spécialisées. La section des sols et des drains, par exemple, coordonne toute une série de recherches telles que des études sur l’utilisation optimale des engrais et des produits chimiques organiques sur les exploitations.

Les autres sections du DoI sont la Section de la protection environnementale et de l’entomologie (chargée d’analyser les répercussions sur l’environnement des pesticides et des ravageurs des cultures), la Section de la phytopathologie (chargée de diagnostiquer les maladies des plantes et de mettre au point des systèmes aux fins de leur gestion) et la Section de la physiologie végétale (chargée de réaliser des études sur l’amélioration des variétés végétales et l’intensification des rendements de la culture de la banane).

L’une des principales fonctions du DoI est de contribuer à diffuser l’information émanant des sections de R‑D auprès des producteurs au moyen de conférences, publications, communiqués de presse et supports médiatiques. La Division de l’assistance technique (TAD) de la CORBANA peut aussi être utilisée pour faciliter la diffusion de l’information et le transfert de techniques.

Créée en 2003, la TAD est avant tout chargée d’assurer le transfert des techniques provenant du DoI vers les gestionnaires intermédiaires des exploitations de bananes, en recourant pour ce faire à des équipes d’ingénieurs agricoles. La division gère des programmes de vulgarisation dans le cadre desquels des séminaires de formation sont proposés à des agriculteurs (comprenant des exposés techniques et des applications pratiques de méthodes de gestion d’exploitations agricoles) et analyse les évaluations et les rapports faisant suite à une formation.

Ces programmes de formation portent sur les éléments suivants : augmentation de la productivité, réaménagement des terres agricoles, exposés sur la diversification agricole. Les informations rassemblées à l’occasion de ces séminaires sont mises à la disposition des producteurs par l’intermédiaire de la base de données centralisée par la CORBANA, dénommée Centre de documentation et d’information.

L’entreprise encourage aussi les conférences internationales technicoscientifiques permettant aux producteurs et aux experts de la culture de bananes d’échanger des points de vue sur les tendances les plus récentes de la profession.

Ainsi, 25 conférenciers provenant de 10 pays ont participé à une réunion de cinq jours dans le cadre de la quatrième Conférence internationale de la banane, événement bisannuel convoqué par la CORBANA en 2012 à San José (Costa Rica). Cette conférence, à laquelle participaient environ 600 personnes, portait sur un large éventail de sujets, dont les moyens éthiques de production de la banane (c’est‑à‑dire des moyens écocompatibles respectant les droits des travailleurs) et les derniers faits nouveaux intervenus dans la lutte contre les maladies touchant les bananes.

Pour financer ses conférences et couvrir ses frais journaliers, la CORBANA a mis en place un système de contributions volontaires non imposables (0,05 dollars É.‑U. par carton de bananes exportées) pour les producteurs de bananes. Grâce à ces contributions, l’ONG a réussi à faire augmenter ses investissements dans la R‑D, qui sont ainsi passés de 1 million de dollars É.‑U. en 1981 à 12 millions en 2006.

De 2007 à 2009, la CORBANA a créé deux nouveaux centres de recherche, dont le Centro de Investigación en biologia molecular (BMBC) à La Rita de Guapliles (province de Limon (Costa Rica)). Ce centre, qui a pu ouvrir ses portes grâce à des investissements d’un million de dollars É.‑U., est devenu un centre de pointe menant des travaux de recherche de premier plan sur l’interaction entre la banane et son environnement.


Les ouvriers de l’atelier de conditionnement de la CORBANA sectionnent la tige du régime de bananes à sa base et lavent les fruits à l’eau courante froide (photo : la CORBANA).

Les producteurs de bananes détenant 33% des actions de la CORBANA et ayant des représentants dans le Conseil des directeurs, ils ont donc les moyens d’orienter l’industrie bananière du Costa Rica. En 2012, 126 collectivités agricoles costariciennes étaient membres de la CORBANA.

Savoir traditionnel

Le bananier et son fruit, très riche, font partie du paysage géographique, économique et culturel du pays depuis des siècles. Dès 1870, les bananeraies se mirent à proliférer au fur et à mesure que les lignes de chemin de fer se construisaient à Limon, sur la côte de la mer des Caraïbes. D’ailleurs, une combinaison de plantations privées et de plantations gérées par la commune se mit à émailler la région jusqu’à la côte. C’est ainsi qu’a commencé cette tradition de la culture du bananier.

Conformément à la tradition et à l’expérience costa‑riciennes, le bananier n’a qu’un seul régime. L’arbre est coupé à sa mi‑hauteur et le fruit est coupé à la machette au moment de la récolte afin que l’arbre puisse donner d’autres fruits l’année suivante, c’est‑à‑dire après neuf mois. Le régime, qui comporte cinq à 14 “mains”, est transporté par les ouvriers (au moyen d’une presse à bande transporteuse dans le meilleur des cas) jusqu’à l’usine de transformation.

Une fois à l’usine, les ouvriers coupent les “mains” du régime de bananes et lavent les fruits à l’eau courante froide, ce qui permet d’éliminer la saleté et la partie collante. Actuellement, les bananes ne répondant pas aux normes requises sont détruites, les autres étant aspergées d’un fongicide afin d’empêcher l’apparition de toute maladie. Une fois sèches, les bananes sont placées dans des cartons (tapissés de plastique dans le meilleur des cas) en vue de leur emballage et de leur expédition.

C’est vers 1880 que les premières exportations de bananes du Costa Rica vers les États‑Unis d’Amérique commencèrent. Puis (1889), The United Fruits Company, entreprise américaine de commerce de fruits tropicaux ayant son siège à la Nouvelle‑Orléans (État de Louisiane (États‑Unis d’Amérique)), devint le premier importateur de bananes du Costa Rica. Au fil des ans, ce fruit devint un élément essentiel du régime alimentaire du pays et une exportation cruciale.

En 2012, des centaines de bananeraies émaillaient le paysage national et des millions de cartons de bananes étaient exportés du Costa Rica. La CORBANA recourt à cette illustre tradition de la culture des bananes pour asseoir la renommée de ce fruit sur le marché international.


Les laboratoires de R‑D de l’entreprise ont créé une banque de micro‑organismes et une plantation de 1,5 hectare destinée à ses essais sur le renforcement de la résistance de la banane aux maladies (photo : la CORBANA).

Produits ayant une origine géographique précise

Le Costa Rica se trouve sur l’isthme centrafricain, encadré par la mer des Caraïbes à l’Est et l’océan Pacifique à l’Ouest. Le pays s’étend sur 51 100 kilomètres carrés, comprenant plusieurs îles, lacs, montagnes et volcans et environ 1500 kilomètres de côte.

Doté d’un climat tropical (marqué par deux saisons : une saison des pluies (de mai à novembre) et une saison sèche (de décembre à avril), avec plusieurs microclimats qui sont fonction de l’altitude, des précipitations et de la topographie de la région. Les niveaux d’humidité de cet État varient grandement selon ce que l’on trouve sur la côte Est (niveau élevé) ou sur la côte Ouest (faible niveau). Les températures moyennes varient tout autant, depuis les basses terres (environ 27°C) jusqu’aux hautes terres (environ 10°C).

En raison de son climat tempéré et de son patrimoine géologique bien particulier (constitué notamment par ses mers et ses côtes, ses volcans et des sols d’une qualité spécifique), le Costa Rica est le pays idéal pour la culture des bananes. Le terroir, c’est‑à‑dire ce qui permet à un produit d’être différent des autres, est exploité par les producteurs de bananes du Costa Rica pour distinguer leurs produits de ceux d’autres producteurs sur le marché.

Indication géographique

L’indication géographique est un signe de propriété intellectuelle utilisé par les producteurs pour établir un lien entre leurs produits et un lieu d’origine précis ou une tradition agricole. Pour pouvoir obtenir une telle indication pour les bananes du Costa Rica, la CORBANA a, pendant trois ans (début : 2008), travaillé en collaboration avec plusieurs parties prenantes telles que le Gouvernement du Costa Rica (plus précisément, le Ministère du commerce extérieur), des universités (dont l’UCR) et des partenaires internationaux (p. ex. : Union européenne (UE)). C’est ainsi que l’ONG a pu réaliser une étude détaillée de l’histoire et de la pratique nationales de la culture de la banane.

Grâce à cette étude, “Banano de Costa Rica” devint, en 2010, la première indication géographique à être enregistrée (enregistrement n° 0230) dans le pays (et la première en Amérique du Sud) auprès du Registro Nacional, l’office de propriété intellectuelle du pays. L’année qui suivit, “Banano de Costa Rica” fut enregistré dans le cadre du Système de Lisbonne pour l’enregistrement international des appellations d’origine administré par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).

Cet enregistrement définit la zone géographique de production de la banane, à savoir tout le territoire de la République du Costa Rica. Les agriculteurs de la région qui adhèrent aussi au Code de déontologie de la CORBANA à l’intention des producteurs ont le droit d’utiliser l’indication “Banano de Costa Rica” sur leurs produits.

Gestion de marques et commercialisation

La CORBANA utilise l’indication “Banano de Costa Rica” pour consolider sa position sur les marchés et tirer avantage de nouvelles possibilités de promotion dans le monde. En tant que premier État latino‑américain ayant obtenu une indication géographique pour ses bananes, le Costa Rica utilise cet actif de propriété intellectuelle pour donner aux agriculteurs du pays un avantage concurrentiel (notamment dans l’Union européenne, principale destination des exportations de bananes du Costa Rica et marché où les indications géographiques se taillent la part du lion).

Pour pouvoir lutter contre la concurrence d’autres pays (vendant de grandes quantités de bananes à bas prix), la CORBANA s’attache à créer et à entretenir une réputation de qualité. Aiguillonnée par sa volonté de prendre pied sur un marché international concurrentiel, la corporation bananière met en œuvre des normes de qualité, de santé et de sécurité reconnues au niveau international dans ses exploitations. Ainsi, la Global Good Agricultural Practice (ci‑après dénommée “Global G.A.P”), organisme international à but non lucratif encourageant une production alimentaire sûre et écologiquement viable, travaille en étroite collaboration avec la corporation bananière à l’amélioration des pratiques agricoles.

Parmi les autres organismes réputés de normalisation travaillant en collaboration avec la CORBANA, on peut citer l’Organisation internationale de normalisation (ISO), organisation non gouvernementale (ONG) élaborant des normes pour les produits et les services, et la Social Accountability Accreditation Services (SA), organisme indépendant délivrant des certifications aux entreprises mettant en place des environnements de travail sains. La certification SA‑8000, par exemple, répertorie huit principes de base tels que les heures de travail, le travail des enfants, la discrimination et la liberté d’association.


Grâce à des projets pilotes, les agriculteurs peuvent mettre en œuvre de bonnes pratiques de culture destinées à améliorer la qualité, notamment en laissant les plantes coupées (en photo) sur la plantation afin d’éviter l’érosion des sols (photo : la CORBANA).

En 2012, presque toutes les bananeraies avec lesquelles la CORBANA travaille avaient obtenu au moins une certification internationale de sécurité haute qualité. Grâce à ces certifications, la corporation bananière peut garantir à ses clients que ses produits répondent à des normes de qualité élevée et sont écocompatibles. À cela s’ajoute le fait que la CORBANA offre de bonnes conditions de travail et une partialité à ses producteurs de bananes.

Le modèle de développement de la CORBANA, qui repose sur des pratiques de production modernes et équitables, a fait une forte impression sur les clients relativement prospères de l’Union européenne et de l’Amérique du Sud, ce qui a permis à la corporation bananière de vendre ses produits à un prix élevé sur le marché international.

La corporation bananière a su tirer parti du système des indications géographiques et des récoltes de bananes de qualité, certifiées et à valeur ajoutée, pour mettre au point des stratégies de distribution et de commercialisation marquées au sceau de l’inventivité afin de doper la commercialisation. La CORBANA pratique une politique de placement de produits de luxe et recourt à des campagnes publicitaires pour certains de ses marchés les plus lucratifs d’Europe, tels que celui du Royaume du Norvège (ci‑après dénommée “Norvège”).

La corporation bananière a été le commanditaire officiel (et le seul vendeur de fruits) du marathon d’Oslo (Norvège) en 2008. Plus de 42 000 bananes CORBANA et 27 000 brochures ont été distribuées (sur deux jours) à des milliers de participants et de supporters ayant participé à cet événement sportif (dont des enfants qui participaient à un mini‑marathon).

La campagne publicitaire ayant accompagné cet événement sportif a permis non seulement de faire connaître la marque CORBANA (p. ex. : couverture télévisuelle par des personnes norvégiennes célèbres appréciant le fruit vendu par la corporation) mais aussi de mettre en relief l’intérêt nutritionnel des bananes. Ce fut aussi l’occasion de souligner les références éthiques et celles de la CORBANA. À cet égard, il convient de rappeler que, aux fins du marathon, la corporation, a établi une collaboration fructueuse avec Right to Play International (RPI), œuvre de charité créant des conditions propices au maintien de la santé enfantine dans les pays en développement grâce à des activités sportives, ludiques, sanitaires et pacifiques. La moitié des fonds récoltés durant le mini‑marathon parrainé par la CORBANA fut donnée à des projets RPI.

La corporation bananière a aussi réussi à attirer une jeune clientèle grâce à des campagnes de sensibilisation amusantes sur la profession, organisées en collaboration avec des partenaires tels que le Consejo Institucional Bananero (CIB), organisme faisant partie de l’industrie bananière costa‑ricienne, qui s’emploie à coordonner les travaux en collaboration avec plusieurs partenaires dont les médias. C’est grâce à sa collaboration avec le CIB que la CORBANA a créé, dans les locaux du Museo de los Niños (musée des enfants), centre interactif réservé aux enfants implanté à San José (Costa Rica), un espace culturel et éducatif spécialisé.

Baptisé “Banana Room”, cet espace propose à son jeune public des exposés sur la profession, portant, par exemple, sur la préservation de l’environnement et la lutte contre les maladies. Les visiteurs peuvent aussi faire un petit tour en télécabine pour tout apprendre du parcours d’une banane, depuis la plantation du bananier jusqu’à son emballage dans l’usine de traitement. Ce jeu interactif (tout comme des événements sportifs tels que le marathon d’Oslo) permet non seulement d’informer de jeunes adultes sur l’industrie bananière du Costa Rica mais aussi de présenter les produits de la corporation bananière à un ensemble de clients éventuels, à savoir les enfants.


Grâce à sa mise en marché réussie, la CORBANA et ses filiales ont pu mettre à la disposition de leurs employés et de leurs famille des logements améliorés (en photo) (photo : la CORBANA).

De plus, la corporation bananière assure aussi la promotion de ses fruits au niveau international grâce à des partenariats avec des organismes nationaux ou internationaux, tels que la Promotora del comercio exterior de Costa Rica (PROCOMER), organe du Gouvernement costa‑ricien chargé de la promotion des exportations.

En 2009, la corporation bananière et PROCOMER ont assuré la promotion des bananes du pays sur un stand de produits frais costa‑riciens à la Fruit Logistica, l’une des plus grandes foires mondiales pour les fruits et les légumes ayant lieu à Berlin (République fédérale d’Allemagne (Allemagne)). La CORBANA a d’ailleurs pour rôle essentiel de trouver de nouveaux circuits de commercialisation pour les producteurs de bananes costa‑riciens en menant à bien, pour ce faire, des activités de promotion de ce produit au niveau international.

En sus de ses stratégies de commercialisation et de mise sur le marché, la CORBANA renforce les moyens de ses producteurs et leurs possibilités d’accès aux marchés en contribuant au bon déroulement des négociations de prix avec les parties prenantes (dont les vendeurs), en fournissant des informations sur le marché et des moyens de crédit aux agriculteurs et en commercialisant les bananes par l’intermédiaire de ses propres filiales. Ainsi, la Compañia Internacional de Banano S.A. (plus connue sous le nom de Finca San Pablo) est une filiale de la CORBANA, crée en 1968. La Finca San Pablo emploie plus de 200 personnes et exporte environ 690 000 cartons de bananes par an.

Au fur et à mesure que la renommée internationale de ses produits de qualité à valeur ajoutée se développait, la CORBANA a réussi à s’implanter dans d’autres régions et à prendre pied sur d’autres marchés. En 2009, la corporation bananière a pour la première fois participé à l’Eurofruit Congress Middle East, conférence de premier plan sur les fruits et les légumes frais tenue à Dubaï (Émirats arabes unis). Le Moyen‑Orient, cinquième plus grand marché d’importation de bananes au monde, offre des perspectives de commercialisation potentiellement lucratives aux producteurs de bananes du Costa Rica.

En 2012, la CORBANA produisait et commercialisait des bananes au Costa Rica et exportait ses fruits en Europe, aux États‑Unis d’Amérique et, de plus en plus, dans les pays du Golf arabique.

Environnement, santé publique et sécurité alimentaire

L’impressionnante biodiversité du Costa Rica a permis à une faune et à une flore les plus riches au monde de se développer. Ce pays d’Amérique centrale, qui représente seulement 0,03% de la surface terrestre, détient 5% de la biodiversité de la planète. Bien qu’il bénéficie d’un magnifique climat tempéré et d’un environnement propice à la culture de la banane, le Costa Rica subit, de temps à autre, des catastrophes naturelles aux conséquences dévastatrices et doit faire face à des menaces pesant sur l’environnement : pluies extrêmes, inondations et vents, ravageurs, maladies des cultures et agents polluants artificiels.

Pour les agriculteurs du pays, y compris les producteurs de bananes, cela signifie destruction des cultures, faibles rendements, insécurité alimentaire, faillites et pauvreté et mauvaise santé. Parce qu’elle est membre de la Comisión Ambiental Bananera (CAB), organisme chargé notamment de la renommée de l’indication géographique des bananes du Costa Rica, l’environnement et, par extension, de la sécurité alimentaire et de la santé des producteurs, elle constitue un domaine d’action prioritaire pour la CORBANA.

C’est ainsi que le laboratoire de recherche de la corporation bananière, ABMBC, a créé une banque de micro‑organismes et une plantation de 1,5 hectare (dotée de 150 variétés de bananiers) pour ses essais d’amélioration de la résistance du bananier aux ravageurs. Le laboratoire a fait des recherches sur un certain nombre d’organismes détruisant les cultures, dont les nématodes foreurs de racines (radophulus similis), et mit au point quelques remèdes. Les ravages causés par ce minuscule ver se soldent notamment par une diminution des rendements.


La CORBANA a acheté de grands éviers (en photo) en collaboration avec des partenaires locaux, régionaux et internationaux (photo : la CORBANA).

En outre, BMBC a mené à bien des essais en vue de renforcer la résistance du bananier à des maladies telles que la cercosporiose noire, infection à champignon touchant les feuilles du bananier dont elle met à mal la capacité de photosynthèse, ce qui entraîne une diminution du rendement d’environ 50%. Parce que la lutte contre la cercosporiose noire coûte au pays environ 12 millions de dollars É.‑U. par an et que l’utilisation accrue de pesticides pour détruire le champignon pollue toujours davantage l’environnement, la corporation bananière et le pays se sont fixés comme principal objectif de parvenir à une diminution de l’utilisation des pesticides tout en luttant à la fois efficacement et économiquement contre cette maladie.

L’utilisation intense de pesticides (dont les insecticides, les produits nématicides et les bactéricides) dans les bananeraies constitue une charge financière pour les agriculteurs costa‑riciens; ces produits chimiques étant absorbés par les terres, ils polluent aussi souvent l’environnement (sols, eaux souterraines, rivières et ruisseaux). Ces polluants ont aussi l’inconvénient de pouvoir mettre à mal la santé végétale, humaine ou animale (dont la faune et la flore marines).

Pour réduire les conséquences défavorables sur l’environnement, la CORBANA et ses partenaires ont mis au point des stratégies visant à réduire de 50% la pollution par les pesticides dans le cadre d’un projet intitulé Reduciendo el Escurrimento de Plagnicidas al Mar Caribe (REPCar). Ce projet, dont la mise en œuvre commença en 2005, sous la forme d’un projet multinational impliquant plusieurs pays du Golf du Mexique, comprend plusieurs plantations servant à collecter des données sur l’utilisation des pesticides et dont l’environnement est surveillé aux fins de l’étude d’éléments clés de la pollution, tels que les précipitations, l’érosion des sols et les eaux de ruissellement dans la mer.

Deuxième volet du programme : le projet de démonstration : il s’agit de plantations où des instructions pratiques peuvent être données aux agriculteurs et aux gestionnaires en ce qui concerne les bonnes pratiques d’agriculture (conseils pour utiliser aux mieux les pesticides). En sus du projet REPCar, la CORBANA met en œuvre des stratégies environnementales supplémentaires afin d’aider le Costa Rica à devenir un pays carbone neutre.

À ces fins, la corporation bananière a acquis de grandes zones du manteau forestier (aussi connu sous le nom de “puits de carbone”, en collaboration avec des partenaires locaux et internationaux dont la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ (ex‑GTZ)), agence internationale de développement ayant son siège à Eschborn (République fédérale d’Allemagne).

Depuis 2010, la CORBANA et ses partenaires, dont la GIZ, ont créé une réserve portant le nom de Sixaola Agro Forest (SAF), domaine boisé d’environ 1250 hectares situé dans la cordillère de Talamanca, chaîne de montagnes s’étendant de San José à la frontière avec la République de Panama. Grâce à cette initiative, plus de 25000 arbres ont été plantés dans cette région et des cours d’éducation environnementale sont donnés dans les écoles réparties le long de la frontière Sixaola‑Changuinola.

Parce qu’elle fait partie de la réserve naturelle biologique de Talamanca (bande de 1,5 million d’acres de forêt préservée), la réserve SAF, autrefois réservée aux bananeraies et aux plantations de café, sert d’habitat à plusieurs espèces de plantes, d’animaux (pumas, jaguars et macayas) et d’êtres humains (dont de nombreux peuples autochtones du Costa Rica). Autre avantage de la SAF : elle neutralise les émissions de CO2 annuelles provenant du procédé de production de la CORBANA (848 tonnes en 2010) en accaparant 1044 tonnes de CO2 chaque année.


Les filiales de la CORBANA ont créé des centres communautaires et mis en place des installations de loisir pour les enfants de leurs employés (en photo) (photo : la CORBANA).

De surcroît, la CORBANA travaille en collaboration avec des communautés locales afin d’apprendre à leurs membres à lutter contre les catastrophes naturelles, à survivre à la perte de leurs récoltes, à être financièrement stables et à mener une vie saine. Après les pluies diluviennes de 2008 et 2009 (à l’origine d’une diminution de 10% des exportations de bananes), la corporation bananière a créé un fonds (8 millions de dollars É.‑U. sous forme de prêts) sur lequel les agriculteurs peuvent compter pour contrebalancer leurs pertes financières.

La CORBANA a aussi mis au point des programmes de renforcement des capacités aux fins de l’amélioration des possibilités de formation et de la santé de ses agriculteurs et de leurs familles. C’est ainsi que l’une des filiales de l’entreprise, Finca País S.A (ci‑après dénommée “Finca País”), a mis au point (de 2006 à 2009) une initiative intitulée “Plan Integral de Salvamento” (PIS) pour améliorer la vie professionnelle et la vie privée de ses employés.

Ce plan prévoit notamment la rénovation du logement de 39 employés de la filiale, la construction d’un centre social où les employés pourront suivre des formations professionnelles et la création d’un espace de loisir (aussi destiné à leurs enfants). Le plan comprend aussi la construction d’une école primaire.

D’autres plantations affiliées à la CORBANA mettent à la disposition de leurs employés un logement rénové et des prestations de soins de santé. L’amélioration de l’état de santé de ses employés constitue bel et bien l’une des priorités de premier rang de la CORBANA. En collaboration avec le cadre et d’autres organes, notamment le Ministère costa‑ricien de la santé, la corporation bananière a mis au point plusieurs programmes sanitaires au nombre desquels Juntos contra et Dengue, qui concernent 8000 écoliers et leurs familles. Ce programme sensibilise les enfants des écoles primaires à des questions environnementales, en leur enseignant notamment des méthodes d’élimination des moustiques et à se protéger contre les moustiques, vecteurs du virus potentiellement mortel de la dengue.

Ces programmes, qui ont permis de former plus de 57 000 étudiants et d’améliorer les perspectives sanitaires de plus de 300 000 Costa‑Riciens, sont mis en œuvre dans une centaine d’écoles dont Pococí, Guácimo et Matina (province de Limon (Costa Rica)).

Grâce à sa stratégie exhaustive ayant pour objet d’investir dans les ressources environnementales et humaines, la corporation bananière est certaine de produire des bananes de grande qualité. En contrepartie, ces bananes s’achètent cher sur le marché, le fruit de leurs ventes permettant à la CORBANA de continuer à améliorer les conditions socioéconomiques et l’état de santé de ses employés et de leurs familles.

Résultats commerciaux

La CORBANA a réussi à faire évoluer d’une manière impressionnante la culture de la banane au Costa Rica ainsi que le niveau de vie et les perspectives d’avenir des producteurs de bananes du pays. C’est en grande partie grâce aux efforts de la corporation bananière que cet État d’Amérique centrale occupe la troisième place dans le classement mondial des exportations de bananes et la première en termes de productivité par surface (2500 cartons par hectare en moyenne). En 2011, le Costa Rica a produit plus de 106,5 millions de cartons de bananes portant l’indication géographique “Banano de Costa Rica”, dont le montant total s’élevait à 804,9 millions de dollars É.‑U. (soit cinq millions de cartons de plus que l’année précédente).

Grâce aux activités de la corporation bananière dans le domaine de l’environnement, le niveau d’activité déjà élevé dans le domaine de l’environnement et la prise de conscience de l’importance de l’écologie au Costa Rica s’est encore accru. Le pays fait non seulement figure de précurseur dans la région parce qu’il a inversé la tendance au déboisement (le manteau forestier au Costa Rica est passé de 21% en 1986 à 51% en 2010) mais aussi les réserves forestières et les stratégies d’émissions à carbone zéro ont fait augmenté le niveau d’excellence des producteurs de bananes du pays. De fait, les bananeraies travaillant avec la CORBANA recyclent l’intégralité de leurs déchets organiques et 97% de leurs déchets plastiques (dont les enveloppes de protection des bananes pendant la culture).

Les rendements et les exportations ayant augmenté dans les pays et l’environnement s’étend amélioré, les communautés rurales se consacrant à la culture de la banane au Costa Rica ont bénéficié de certains avantages financiers. En 2012, cette industrie employait plus de 45 000 personnes directement et 100 000 indirectement. En outre, les producteurs ont ainsi pu bénéficier d’un salaire supérieur à la moyenne (environ 16 dollars É.‑U. par jour) ainsi que de services sociaux et de conditions de travail de meilleure qualité par rapport aux employés de profession comparables dans la région (qui gagnent en moyenne 12 dollars É.‑U. par jour).

L’attrait des bananes

La CORBANA a été créée pour donner aux agriculteurs des moyens supplémentaires, permettre à ceux‑ci d’accéder aux marchés sur lesquels ils pourront écouler leurs produits et moderniser leurs communautés et l’environnement. En mettant au point une stratégie de R‑D et de commercialisation exhaustive et en tirant parti de ses actifs de propriété intellectuelle ainsi que de bananes à valeur ajoutée, la corporation bananière a développé sa compétitivité, consolidé sa position sur le marché et saisi de nouvelles possibilités de commercialisation au niveau international.

C’est ainsi que les producteurs de bananes du Costa Rica ont assisté à l’augmentation de leur productivité et de leurs revenus tandis que la biodiversité naturelle et la source traditionnelle de leurs revenus étaient modernisées et préservées pour les générations à venir.

Cette étude de cas se fonde sur des informations provenant de: