Une nouvelle sorte de réussite

Nom:Baer Seeds
Pays / Territoire:Chili
Droit(s) de P.I.:Droits des obtenteurs de variétés végétales, Marques
Date de publication:21 janvier 2011
Dernière mise à jour:9 juillet 2012


La région d’Araucanie est connue comme le “grenier du Chili” (photo : Claudio Sepúlveda Geoffroy).

Généralités

Du saumon et des fruits aux vins et aux produits miniers, l’abondance des ressources naturelles dont bénéficie Chili apporte une contribution durable à la croissance économique du pays. Dans la région centre-sud d’Araucanie, une industrie agricole prospère a contribué à faire du Chili le troisième plus gros producteur de lupins (une graine cultivée pour ses haricots aux propriétés nutritives) du monde, devancé seulement par l’Australie et l’Allemagne. Le lupin le plus communément produit au Chili est le lupin blanc, qui contient plus de protéines et d’huile que beaucoup d’autres graines de lupin. La culture du lupin blanc est particulièrement importante au Chili parce qu’il n’est pas seulement utilisé pour l’alimentation humaine, mais constitue aussi une source majeure de nourriture pour les animaux et l’aquaculture.

Bien avant que le Chili ne devienne un important exportateur international de grains, le généticien biologiste Erik von Baer s’est aperçu des possibilités représentées par les ressources naturelles et le climat d’Araucanie, la région où il habitait. En mars 1956, avec le soutien de 10 agriculteurs de la région, il a fondé Semillas Baer (Baer), une entreprise génétique spécialisée dans la recherche et la mise au point de nouvelles variétés végétales pour les agriculteurs locaux. Après avoir connu des débuts modestes, Baer a reçu le soutien financier des agriculteurs locaux, à qui elle a fourni des variétés végétales produisant les meilleurs rendements dans la région. Cette approche s’est révélée très lucrative pour les agriculteurs et pour Baer, qui est devenu l’un des principaux concepteurs de nouvelles variétés de semences du Chili.

Recherche-développement

Fort du soutien financier des agriculteurs, Baer a lancé une initiative de recherche-développement pour élever et produire des semences d’un rendement maximum pour les agriculteurs ayant investi dans la société. Les premiers travaux de R-D ont été centrés sur l’introduction d’une gamme de cultures agricoles peu familières et leur essai pour déterminer si elles pousseraient dans le milieu de la région qui est constitué de forêts à feuilles caduques et de plaines ouvertes qui se prêtent parfaitement à l’agriculture. Baer a acquis un champ utilisé uniquement pour procéder à des essais, et une fois que l’essai d’une culture avait été concluant, celle-ci était fournie par la société aux agriculteurs locaux pour une exploitation à l’essai. Les agriculteurs rendaient compte à Baer du succès ou de l’échec de cette culture, ce qui aidait Baer à déterminer sa prochaine ligne de conduite en matière de R-D. Du fait des essais et des tests, les agriculteurs ont été amenés à connaître beaucoup de nouvelles cultures, qui ont rapidement été pour eux de nouvelles sources de nourriture et de revenus. L’un des produits agricoles les plus importants introduits les premiers temps par Baer dans la région a été la variété suédoise de graines de colza (Brassica Napus), une plante à fleur jaune vif qui est utilisée pour produire de l’huile (comme l’huile de canola) et du biocarburant, ce qui a permis au Chili de devenir l’un des principaux pays pour les cultures oléagineuses.

Les premières réussites de Baer en matière de R-D ont apporté une autre dimension à l’activité de la société. Si elle a continué à introduire de nouvelles cultures dans la région, au milieu des années 60, elle a entrepris d’importantes recherches pour la mise au point de nouvelles variétés végétales spécialement conçues pour être les plus productives de la région d’Araucanie. En 1967, Baer a lancé sa première variété de blé génériquement conçue – Intermedio Baer –, qui est rapidement devenue la variété la plus semée au Chili. L’année suivante, Baer a lancé un programme intensif de R-D relatif à une nouvelle variété de lupin (lupines albus). L’objectif initial était de mettre au point une nouvelle espèce de lupin blanc pouvant être utilisé comme plante fourragère (une plante seulement consommée par le bétail dans les champs) dans les régions froides du sud du Chili. Après plusieurs tentatives pour le planter avec d’autres cultures comme le soya, Baer a découvert qu’elle pouvait mettre au point une nouvelle variété végétale pouvant être semée dans des environnements froids tout en conservant une teneur élevée en protéines et en huile, ce qui la rendait propre aux usages humain et animal.

Nantie de cette nouvelle variété, Baer a lancé son programme de pépinière d’hiver dans le cadre duquel elle fournissait aux agriculteurs cette variété nouvelle et résistante de lupin blanc. Les agriculteurs de la région d’Araucanie ont vite découvert qu’ils pouvaient bénéficier de deux récoltes par an avec cette nouvelle variété, et les agriculteurs participant au programme des régions méridionales du pays ont pu récolter une culture qu’il était auparavant impossible de faire pousser. À travers le succès du programme de pépinière d’hiver, la variété de lupin blanc de Baer est devenue extrêmement populaire, et au début des années 70 elle a remplacé Intermedio Baer comme espèce végétale la plus importante de la société, ce qui a aussi considérablement contribué au développement de l’industrie agricole chilienne.

Se fondant sur le succès du programme de pépinière d’hiver, Baer a continué à lancer des programmes similaires, avec beaucoup de nouvelles variétés végétales, de fertilisants, de produits agrochimiques et d’autres plantes qui ont été importées et créées pour s’adapter aux conditions climatiques du Chili. Baer s’appuie sur ses décennies d’expérience et de savoir-faire pour fournir une assistance technique et un soutien aux agriculteurs et aux autres entreprises de semences participant à ses programmes. Cette stratégie d’application des nouvelles évolutions à travers des programmes d’essai est devenue un élément très important des objectifs généraux de la société en matière de R-D, dans la mesure où elle permet d’obtenir de nouvelles variétés végétales à partir des champs d’essai de Baer pour les placer ensuite dans des situations agricoles réelles. Elle s’est avérée être une partie intégrante et probante des activités globales de Baer, car elle accélère la mise au point de nouvelles variétés végétales, assure la qualité et amène rapidement sur le marché de nouvelles cultures et les produits qui en résultent.

Baer continue ses travaux de R-D en élaborant des variétés végétales nouvelles et efficaces dans toutes les cultures agricoles importantes, comme les céréales, le colza et les cultures fourragères. Les réussites de la société en matière de R-D ont également suscité un vif intérêt parmi les sociétés multinationales de semences, de fertilisants et de produits chimiques. Elle est ainsi devenue un partenaire de choix en matière de R-D et d’expérimentation quand ces sociétés veulent exporter ou mettre au point de nouveaux produits pour le marché chilien. Avec ses laboratoires modernes, ses équipements de nettoyage de semences et ses trois exploitations agricoles de recherche s’étendant sur plus de 1000 hectares, Baer a une expertise et des infrastructures plus que suffisantes pour répondre à ses objectifs internes de R-D et à ceux de ses clients.


Baer a introduit le colza au Chili (photo : Dag Endersen).

Commercialisation

Après quatre ans de R-D, Baer était enfin prête à mettre ses produits sur le marché. En 1960, les agriculteurs ayant investi dans la société ont fondé la coopérative Caprosem qui a travaillé avec Baer et d’autres obtenteurs pour produire et commercialiser des variétés végétales, des fertilisants et d’autres produits agrochimiques nouvellement mis au point. S’appuyant sur les succès de Baer en matière de R-D, la coopérative est rapidement devenue la société de production de semences la plus importante du Chili, dont la majorité des activités de distribution étaient détenues par la Société nationale des semences (ENS), une entreprise appartenant à l’État. Après la privatisation de l’ENS, divers événements ont conduit à la dissolution de la Caprosem en 1981, ce qui a eu une incidence sur la commercialisation des produits de Baer. Un certain nombre d’obtenteurs membres de la Caprosem ont créé l’entreprise Saprosem S.A., une nouvelle société créée pour élever et commercialiser les semences de Baer. Parallèlement, Baer a mis en place sa nouvelle ligne de production et s’est concentrée sur la production de semences qui n’étaient pas seulement des semences ayant déjà fait leurs preuves mais aussi des semences récemment mises au point pour lesquelles il n’y avait pas encore de débouchés certains. La société s’est également mise à élaborer et commercialiser de nouvelles variétés de semences biologiques.

Début 2011, Baer continue à produire et à commercialiser ses propres produits. La société a mis au point beaucoup de variétés différentes de sept types de semences : avoine, orge, lupin, colza, quinoa, triticale et blé. Beaucoup de ces variétés ont été créées en utilisant le système de production Clearfield, une nouvelle technologie mise au point par BASF, la plus grande compagnie chimique du monde, qui utilise des techniques traditionnelles améliorées de sélection des plantes pour lutter contre beaucoup de mauvaises herbes résistantes.

Partenariats

La nouvelle initiative interne de production – ainsi que celle de la Saprosem – est très largement axée sur les produits à usage agricole (comme l’alimentation animale). Toutefois, beaucoup de produits de Baer avant la dissolution de la Caprosem étaient aussi destinés à la consommation humaine, et ce marché représentait une partie importante des activités de la société. Pour conserver son avantage comparatif, Baer a créé un partenariat avec AVELUP S.A. (AVELUP), une société chilienne qui élabore et commercialise des produits nutritionnels biologiques à base de graines pour la consommation humaine. En collaboration avec Baer, AVELUP a expérimenté des semences et des variétés végétales nouvelles pour commercialiser une large gamme de produits biologiques pour l’industrie alimentaire nationale. La société exporte également des semences et des variétés végétales de Baer (comme l’avoine nue et le lupin blanc) et les utilise pour mettre au point et commercialiser de la nourriture pour animaux.

Bien que l’expérience et l’expertise de la société lui procure un avantage lorsqu’elle détermine quelle sorte de nouvelles variétés doivent être mises au point, la grande majorité des nouvelles variétés résultent en fait de divers partenariats en matière de R-D avec des centres spécialisés, des universités et des entreprises privées et publiques. Dans le cadre de ces partenariats, les organisations poursuivent des buts communs – tels que mettre au point une variété plus résistante de blé – et fournir à Baer un germoplasme spécifique (un recueil de ressources génétiques pour un organisme) à cet effet. La société utilise ensuite ce germoplasme comme base pour ses recherches et met au point une nouvelle variété selon les besoins de la ou des organisation(s) fournisseuse(s). Après la R-D et l’expérimentation, Baer fournit à l’organisation (ou aux organisations) une assistance technique rémunérée pour la production et la commercialisation des nouvelles variétés.

À travers ces partenariats, Baer mène également des activités de R-D relatives aux herbicides, aux fongicides, aux fertilisants et aux phytorégulateurs en vue d’obtenir des progiciels technologiques et des recommandations pour les différentes variétés cultivées dans les régions où elles ont été semées.

Concession de licences

Comme les semences et les variétés végétales nouvelles de Baer donnent aux agriculteurs un avantage important pour faire pousser et récolter de nouvelles cultures, la société souhaitait développer son marché le plus possible. Allant au-delà de la commercialisation interne et basée sur les partenariats, Baer a fait un usage considérable de la concession de licences tout au long de son histoire. L’un des premiers grands accords de licence, et des plus lucratifs, a été l’accord de distribution avec l’ENS, en vertu duquel l’ENS a versé des redevances à Baer au titre de l’utilisation de ses nouvelles variétés. Cet accord a généré des revenus nécessaires à la société pour poursuivre ses activités de R-D, et ces opérations de concession de licences restent l’un des piliers de la société.

Les accords de licence sont également essentiels pour les variétés nouvelles de plantes et de semences mises au point en dehors des partenariats (ce qui représente la majeure partie du travail de la société). Baer concède des licences à ses partenaires pour leurs développements, ce qui assure un flux de revenus régulier que la société utilise pour poursuivre ses travaux de R-D. Ce dispositif s’est avéré très concluant, et les nombreux accords de licence n’ont pas été seulement une source de revenus pour la société mais ils ont aussi permis à ses nouvelles variétés d’atteindre les agriculteurs dans l’ensemble du pays et jouent un rôle considérable dans la croissance de l’industrie agricole chilienne.


Logo de Baer, marque enregistrée auprès de l’INAPI sous le n° 821337.

Gestion de la propriété intellectuelle et infraction à la propriété intellectuelle

Comme plus de 70% de la gamme des ventes de Baer correspondent à ses nouvelles variétés végétales, l’utilisation du système de propriété intellectuelle est essentielle pour la stratégie concurrentielle de la société. À cette fin, la société cherche à protéger toutes ses nouvelles variétés végétales. Baer entreprend la plupart des ses activités de protection de la propriété intellectuelle – de la demande de brevet à la gestion – en interne, mais sollicite également l’aide spécialisée d’un cabinet d’avocats lorsqu’elle le juge nécessaire.

La popularité des nouvelles variétés végétales de Baer a malheureusement suscité des imitations et des violations de la propriété intellectuelle. Le commerce illégal et sans licence des semences de la société, qui est un problème constant, est à cet égard particulièrement préoccupant. La société, qui a déployé beaucoup d’efforts pour limiter cette activité illicite, est membre du Comité des obtenteurs chiliens de l’Association nationale des producteurs de semences (ANPROS), qui promeut les droits des obtenteurs et s’efforce de mettre fin au commerce illégal et aux autres formes de violation de la propriété intellectuelle. Baer assume un rôle si actif dans l’ANPROS que son propriétaire et directeur Erik von Baer est devenu directeur de l’organisation.

Nouvelles variétés végétales

Selon la législation chilienne de 1994 sur la protection des nouvelles variétés végétales, les obtenteurs jouissent de droits pour la protection des nouvelles espèces végétales qui, en raison de leur coût technique et financier élevé, doivent être protégées dans un cadre légal. Baer est un fervent utilisateur de ce cadre légal, et en 2006 Baer protégeait plus de 70 variétés végétales de huit espèces différentes. Quelques jalons spécifiques de l’histoire de la société sont marqués par l’utilisation du système de propriété intellectuelle pour enregistrer de nouvelles variétés comme la Victoria-Baer (1989), la Rumbo-Bear (1995) et la Typ Top Baer (1999). En 2009, la société a mis au point une nouvelle variété de lupin – la Pecosa-Bear – qui résiste aux principales maladies fongiques, a une maturation homogène et a un rendement généreux de grains sucrés à haute teneur protéinique.

En 2009, un projet de loi a été soumis au gouvernement chilien relatif à de nouvelles variétés végétales pour conformer la législation nationale aux normes UPOV-1991. Début 2011, le projet de loi est toujours à l’étude. Compte tenu des violations de la propriété intellectuelle dont elle a été victime, Baer est un partisan de la nouvelle législation. Selon M. Erik von Baer, il ne s’agit pas seulement de procurer des revenus aux obtenteurs pour qu’ils financent des projets coûteux de R-D, “…mais aussi de normaliser les produits et de faciliter la traçabilité de la chaîne de production”. M. Baer estime que l’industrie alimentaire moderne nécessite des normes et des produits uniformes, et si le Chili ne peut y parvenir, il ne renforcera jamais sa présence en tant que acteur international majeur de l’industrie alimentaire.

Marques

Pour protéger ses noms de marque et donc son image, Baer use abondamment du système chilien d’enregistrement des marques. En 1977, la société a enregistré une marque pour son nom et son logo auprès de l’Institut national chilien de la propriété intellectuelle (INAPI). Cet enregistrement a été actualisé en 1987, 1997 et de nouveau en 2008.

Résultats commerciaux

Grâce à la mise au point réussie de nouvelles variétés végétales, aux partenariats avec des obtenteurs nationaux et internationaux et à sa large utilisation du système de propriété intellectuelle, la société est devenue l’un des producteurs de semences et l’un des centres de R-D les plus importants du Chili. Elle a été en mesure de conserver cette position de premier plan sur le marché avec beaucoup d’espèces végétales différentes, comme le blé, l’orge, l’avoine, le lupin, le quinoa, le colza, et les semences de fourrage. En 2008, le fondateur, propriétaire et directeur de la société, Erik von Baer, a reçu le prix de l’innovation de la revue Country Land pour la mise au point par sa société de la Pecosa-Baer, une nouvelle variété de blé résistante aux pesticides.

Plus qu’un goût familier

Après des débuts modestes, Baer a fait un usage inventif et innovant de la R-D, des partenariats et du système de propriété intellectuelle pour se hisser au premier plan de l’industrie agricole chilienne. De l’aide aux agriculteurs à accroître leurs moyens d’existence à la promotion de la croissance de l’économie, Baer a utilisé la propriété intellectuelle comme un outil productif pour créer un impact durable et positif.