Le CyberTracker

Nom:CyberTracker Conservation
Pays / Territoire:Afrique du Sud
Droit(s) de P.I.:Droits d'auteur et droits connexes, Marques
Date de publication:3 septembre 2010
Dernière mise à jour:9 juillet 2012

Généralités


Le CyberTracker permet de disposer d’une méthode de haute technologie pour pister les animaux sur le terrain (photo : Eric Vandeville).

L’utilisation d’un assistant personnel électronique muni d’un module de positionnement GPS permet de disposer d’une méthode de haute technologie pour pister les animaux sur le terrain. Combinant le savoir traditionnel des pisteurs et la technologie moderne, une nouvelle invention appelée CyberTracker ™ donne la possibilité de protéger certaines des espèces les plus menacés du règne animal. Cette technologie est utilisée dans de grandes réserves fauniques telles que le Parc national du Karoo, en Afrique du Sud, dans le cadre d’un important projet de conservation.

Savoir traditionnel

C’est dans la vaste région du désert du Kalahari que vivent les Bochimans, la plus ancienne population d’Afrique du Sud, depuis plus de 20 000 ans. Vivant traditionnellement de pêche et de cueillette dans le milieu rude du Kalahari, les Bochimans sont considérés comme les meilleurs pisteurs du monde; Ils peuvent immédiatement identifier, à partir de marques à peine visibles dans le sable, l’espèce d’un animal ainsi que son sexe, son âge, sa vitesse de déplacement, etc. Leur survie dans le Kalahari a été rendue possible par le perfectionnement de leurs capacités de pisteur, et une quantité considérable d’informations sur les mouvements des animaux est stockée dans leur savoir collectif traditionnel.

Invention

Louis Liebenberg, un anthropologue sud-africain passionné par la nature, a passé une partie importante de sa vie à étudier les techniques de pistage. Il a lui-même de grandes qualités de pisteur, et a vécu chez les Bochimans pour perfectionner ses aptitudes. Tout en travaillant avec les Bochimans, il s’est rendu compte de la force des enseignements transmis à ces peuples indigènes par leurs ancêtres. Parallèlement, il s’est aperçu que l’art du pistage était sur le point de disparaître en raison de la réduction rapide des terrains de chasse dans le Kalahari. Il en résulte que les Bochimans ne pourront plus vivre en tant que chasseurs-cueilleurs; ils ont besoin de ressources et d’emplois de substitution. La seule façon de procurer un moyen d’existence au groupe indigène serait d’intégrer le pistage dans une profession moderne. Chercheur né, Liebenberg a pensé que s’il trouvait un moyen de “capter” les informations sur les mouvements des animaux emmagasinées dans le cerveau des Bochimans, cela pourrait révolutionner la gestion de la vie sauvage et la politique de conservation et puissamment contribuer à l’exploration scientifique du comportement animal. Y impliquer les maîtres-pisteurs bochimans pourrait aussi leur fournir, au moins partiellement, des possibilités d’activités rémunérées indispensables pour eux.

Liebenberg décida de consacrer davantage d’efforts à cette idée, et en 1996 il a constitué une équipe avec Justin Steventon, un étudiant en informatique, et Karel Benadie, un pisteur travaillant dans le Parc national de Karoo en Afrique du Sud. La même année, l’équipe a mis au point le CyberTracker – un logiciel qui fait passer le pistage animalier à l’ère cybernétique. Liebenberg a combiné avec succès les techniques de pistage des Bochimans du Kalahari avec les technologies informatiques et satellitaires d’avant-garde. Ils ont utilisé le CyberTracker pour enregistrer les déplacements et le comportement du rhinocéros noir, une espèce particulièrement menacée. Les résultats ont été ensuite publiés dans une revue. Le logiciel du CyberTracker est essentiellement une solution de captation mobile de données qui peut être utilisée par des gens non formés. Il peut être utilisé sur des dispositifs de GPS activés par une tierce personne comme des téléphones intelligents et des ordinateurs portables pour enregistrer vite et facilement des observations sur les mouvements des animaux. Son écran interface peut être adapté en fonction des besoins de recueil de données.

L’utilisation du CyberTracker peut être très efficace pour surveiller la vie sauvage, le comportement des animaux, les changements de mode de vie, etc. Les données recueillies en utilisant le CyberTracker pour les gorilles des plaines, par exemple, ont montré l’augmentation de la mortalité chez ces primates due au virus Ebola. La vulnérabilité des gorilles des plaines au virus Ebola était largement méconnue jusqu’à ce que le suivi effectué par CyberTracker ne révèle une différence importante entre leur population avant et après le déclenchement de la maladie chez l’homme en 2003.

Liebenberg a créé un organisme non lucratif appelé CyberTracker Conservation (Conservation) pour la diffusion des avantages présentés par la technologie du CyberTracker.

Recherche-développement

Liebenberg et son organisme mettent particulièrement l’accent sur la poursuite de la recherche-développement concernant le logiciel du CyberTracker. Comme le matériel informatique évolue rapidement et que de nouveaux systèmes informatiques portatifs de meilleure qualité rendent rapidement obsolètes les précédents, le logiciel doit être régulièrement mis à jour. La R-D en cours permet également de nouvelles améliorations de la technologie et un meilleur suivi environnemental.

En tant que petite organisation, la Conservation estime qu’un dispositif de R-D trop étendu pourrait s’avérer inefficace et par conséquent ses activités se concentrent sur un nombre limité de projets pilotes. L’organisme identifie de nouveaux domaines de recherche en rapport avec son objectif essentiel d’améliorer la gestion de l’environnement, en considérant que ses projets pilotes réussis sont plus susceptibles d’être reproduits par d’autres organisations.

Financement

En tant qu’organisme non lucratif, la Conservation dépend du financement d’autres organisations. La Commission européenne est l’une des sources de financement les plus importantes de la Conservation, le programme de surveillance par CyberTracker étant intégralement financé par la Commission européenne. Un quart du financement est consacré au secteur de la R-D tandis que le reste sert à la mise en œuvre du programme dans environ 60 projets répartis dans 15 pays africains, dont l’Afrique du Sud, le Congo et le Gabon.

Commercialisation et marques

L’initiative de Liebenberg de mettre au point la technologie du CyberTracker a été motivée par sa passion pour la nature et l’environnement, et l’ambition de son organisme non lucratif est de promouvoir la mise en place d’un réseau mondial de suivi environnemental. Du fait de l’ampleur de cet objectif, Liebenberg considère que le CyberTracker pourrait être commercialisé avec succès, mais cela ne signifie nécessairement qu’il le doit. La vie sauvage et la préservation de l’environnement, estime-t-il, sont mieux servies par sa technologie si elle reste dans le domaine public. Le CyberTracker est disponible gratuitement sous forme de téléchargement de son logiciel qui peut être utilisé sur un appareil portatif, tel qu’un téléphone intelligent ou un assistant personnel numérique. Seul le nom de cette technologie, CyberTracker, est enregistré comme marque auprès de l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique (USPTO). Bien que le CyberTracker soit un logiciel gratuit et donc non breveté, l’enregistrement de la marque facilite la promotion du produit et garantit son authenticité, ce qui contribue à l’objectif de Liebenberg de préserver l’environnement.

Résultats commerciaux

Le succès du CyberTracker se traduit par une demande considérable du logiciel : en 2010, plus de 35 000 utilisateurs avaient téléchargé le logiciel. Le site Internet de Conservation reçoit plus de 5 000 visiteurs par mois du monde entier.

L’impact du CyberTracker sur la préservation de la vie sauvage est important. Beaucoup de zones protégées et de réserves utilisent cette technologie unique : le Parc national Kruger en Afrique du Sud, par exemple, utilise 125 CyberTracker. L’épidémie provoquée par le virus Ebola au Congo en 2003 et ses répercussions sur les antilopes et les gorilles des plaines ont été mises en évidence grâce à l’utilisation du CyberTracker.

Le CyberTracker contribue également à des activités de recherche scientifique et éducative du fait de sa méthode non intrusive de collecte d’informations. Parmi les autres utilisations du CyberTracker, citons la promotion de l’écotourisme, la lutte contre le braconnage et même l’arrestation de délinquants par la police.

Les communautés locales de Bochimans bénéficient de cette technologie de plusieurs façons. Comme le pistage est de plus en plus utilisé dans une large gamme d’activités, il y a une demande croissante de pisteurs qualifiés. Cela crée des possibilités d’emplois pour les Bochimans, non comme ouvriers non qualifiés mais comme pisteurs spécialisés. Le savoir traditionnel en matière de pistage est également ravivé et conservé à travers son intégration dans la technologie du CyberTracker.

La contribution du CyberTracker à la surveillance de l’environnement et à la préservation de la vie sauvage a été reconnue lorsque Liebenberg a reçu le prestigieux prix Rolex pour l’entreprise en 1998. Rolex décerne ce prix à des personnes en reconnaissance de leur contribution exceptionnelle à l’amélioration de l’humanité.

L’innovation pour stimuler le développement

De ses origines dans le désert du Kalahari, le CyberTracker de Liebenberg s’est étendu au monde entier dans le domaine de la préservation de la vie sauvage et au-delà. Le facteur clé qui sous-tend le succès de Liebenberg est son intérêt depuis toujours pour l’innovation afin de pouvoir favoriser la création de moyens d’existence chez les Bochimans et utiliser en même temps leur savoir traditionnel en matière de préservation de la vie sauvage.