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La technologie et les brevets au cœur des Jeux paralympiques d’hiver

James Nurton, rédacteur indépendant

7 mai 2026

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Les Jeux paralympiques ont toujours été un moteur d’innovation. Mais les technologies déployées pour les Jeux ne s’arrêtent pas à la ligne d’arrivée. Nous vous expliquons ce qu’elles signifient pour les plus de 2,5 milliards de personnes dans le monde qui ont besoin des technologies d’assistance.

Les quatorzièmes Jeux paralympiques d’hiver, organisés à Milan et à Cortina, en Italie, du 6 au 15 mars, ont été les plus importants jamais organisés, avec plus de 600 athlètes représentant 55 comités paralympiques nationaux. Les organisateurs ont fait état d’une affluence record pour l’épreuve de para-hockey sur glace et de plus de 400 millions de vues pour les vidéos diffusées sur la chaîne YouTube des Jeux paralympiques.

Ce succès témoigne du formidable essor qu’ont connu les Jeux paralympiques d’hiver depuis leur première édition à Örnsköldvik, en Suède, en 1976. Le nombre d’athlètes participants a plus que triplé, avec 160 concurrentes cette année, soit une augmentation de 18% par rapport à 2022.

Aux Jeux de Milan-Cortina, 79 épreuves médaillées ont été disputées dans six disciplines paralympiques : le ski alpin, le biathlon, le ski de fond, le hockey sur glace, le snowboard et le curling en fauteuil.

Cette expansion des Jeux témoigne d’un intérêt accru pour les sports paralympiques, de possibilités de participation plus nombreuses et d’une évolution des mentalités. Mais elle est également le fruit des progrès technologiques qui facilitent, d’une manière générale, la pratique des sports paralympiques.

Comme l’indiquait un message publié en janvier 2026 par le Comité paralympique de la Nouvelle-Zélande : “l’innovation dans les sports de glace et de neige est au cœur de la croissance du Mouvement paralympique”.

L’impact au-delà des Jeux

Si l’innovation dans le parasport peut favoriser des compétitions passionnantes et des performances record, elle peut également avoir un impact positif au-delà des Jeux et des athlètes qui y participent.

Par exemple, l’initiative Adaptive Winter Sport est un projet financé par le programme éducatif Gen26 de Milan-Cortina. Elle vise à aider les fédérations sportives italiennes à développer le sport paralympique d’hiver, notamment grâce à un don d’équipements de para-hockey sur glace de la part de P&G, partenaire des Jeux olympiques et paralympiques.

La visibilité des grands événements parasportifs peut également contribuer à faire mieux connaître les technologies d’assistance à travers le monde.

Aux Jeux paralympiques de Paris 2024, l’Organisation mondiale de la Santé et le Comité international paralympique ont lancé la campagne “Équipés pour l’équité”, soulignant “le rôle crucial des technologies d’assistance pour les athlètes paralympiques, en faveur d’une action mondiale concertée visant à améliorer l’accès à ces produits de santé essentiels”.

La campagne a révélé que plus de 2,5 milliards de personnes dans le monde avaient besoin de technologies d’assistance, notamment de fauteuils roulants et d’appareils auditifs. Les pays ont été invités à intégrer les technologies d’assistance dans les soins de santé primaires et la couverture sanitaire universelle, en ces termes : “les mesures visant à rendre les technologies d’assistance plus accessibles et plus abordables sont essentielles non seulement pour permettre à chacun de s’épanouir pleinement, mais aussi pour favoriser le développement de la société et de l’économie au sens large. L’accès accru à des technologies d’assistance de qualité, sûres et abordables permet de réduire les coûts liés à la santé et à la protection sociale, notamment ceux liés aux hospitalisations à répétition, et favorise une main-d’œuvre plus productive, stimulant ainsi indirectement la croissance économique”.

Une innovation constante

Chaque édition des Jeux paralympiques d’hiver apporte son lot d’innovations qui repoussent les limites des athlètes. Comme le souligne l’article publié sur le blog du Comité paralympique de la Nouvelle-Zélande, il s’agissait notamment, dans les années 1980 et 1990, des premiers skis assis et de prothèses améliorées.

Le début du XXIe siècle a vu l’apparition de monoskis légers en fibre de carbone, d’amortisseurs perfectionnés et de prothèses hautement performantes, tandis que la dernière décennie a apporté des systèmes de suivi en temps réel et des systèmes de communication plus avancés pour les skieurs avec une déficience visuelle.

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Les Jeux paralympiques d’été ont également été marqués par de nombreuses innovations. Les Jeux paralympiques de Tokyo 2020, par exemple, ont vu l’introduction de fauteuils de badminton spécialement conçus, de vélos de piste modifiés et de gants sur mesure imprimés en 3D pour les athlètes en fauteuil roulant.

Les brevets jouent un rôle crucial dans le développement, l’amélioration et la diffusion de ces technologies d’assistance. Ils permettent aux inventeurs de commercialiser leurs innovations, ce qui, en retour, favorise les activités de recherche-développement.

Le Traité de coopération en matière de brevets (PCT), administré par l’OMPI, offre un moyen de solliciter une protection par brevet dans plus de 150 pays et est largement utilisé dans le domaine du parasport.

Les chercheurs universitaires au premier plan

Selon le dernier rapport de l’OMPI publié dans la série SPARK et consacré aux technologies du sport, les demandes de brevet déposées dans ce domaine ont connu, entre 2016 et 2025, un taux de croissance annuel composé de 7,6%, contre 4,4% pour l’ensemble des brevets.

Le rapport soulignait également qu’il existait une “voie distincte” pour l’innovation dans le domaine du parasport : “avec 26% des brevets dans le domaine du parasport provenant d’établissements universitaires, contre 17% pour l’ensemble des technologies liées au sport, les données indiquent un modèle d’innovation davantage axé sur la recherche et la collaboration. Cela tient à la fois à la complexité technique des technologies d’assistance et aux possibilités de commercialisation plus limitées, ce qui souligne le rôle essentiel joué par la recherche publique et les systèmes d’innovation inclusifs dans les efforts visant à élargir l’accès au sport”.

Un exemple intéressant est celui d’une demande PCT concernant un fauteuil roulant de sport modulable, publiée en 2017 et citant des inventeurs de l’Université de Bergame, en Italie. La chaise se compose d’un cadre, d’une roue avant, d’une paire de roues arrière et d’un siège.

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OMPI
Dessin extrait de la demande de brevet concernant un fauteuil roulant de sport modulable.

La demande publiée est libellée comme suit : “la structure du cadre comporte au moins deux côtés longitudinaux orientés dans le sens de déplacement du fauteuil roulant et deux côtés transversaux espacés et orientés dans le sens opposé, de manière à former le siège, qui prend ainsi la forme d’un compartiment dépourvu d’éléments structurels internes, destiné à accueillir un athlète dans une position optimale pour propulser le fauteuil roulant, en fonction du niveau et du type de handicap de l’athlète”.

Un autre exemple d’innovation issue du milieu universitaire est une demande de brevet PCT publiée concernant un kit de roues asymétriques pour fauteuils roulants manuels et un fauteuil roulant équipé dudit kit, visant à faciliter la pratique d’un sport de lancer : cette demande de brevet, déposée par l’Université de Toulon, en France, a été publiée en 2014.

Les brevets révèlent également certaines utilisations surprenantes de la technologie. Par exemple, une équipe de chercheurs canadiens a déposé une demande de brevet pour un palet de hockey sonore destiné aux personnes ayant une déficience visuelle, publiée en 2023.

Ce palet donne aux joueurs ayant une déficience visuelle des informations sur sa position et sa trajectoire, grâce à des signaux sonores configurables. Il peut émettre un, deux ou plusieurs signaux en fonction de l’orientation ou de la vitesse du palet.

Commercialiser l’innovation

Si les universités jouent un rôle de premier plan, on constate également une augmentation du nombre d’entreprises qui se consacrent à la recherche dans le domaine des technologies d’assistance, notamment les prothèses. Ainsi, le Magazine de l’OMPI a consacré des articles à la société berlinoise Ottobock (voir ici et ici), spécialisée dans les technologies orthopédiques.

Par ailleurs, un reportage de BBC Sounds a proposé une interview de Mike Schultz, un snowboardeur paralympique américain qui a fondé BioDapt Inc., une entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication et la distribution de composants prothétiques haute performance pour les membres inférieurs, destinés aux sports d’action et autres activités similaires.

Dans ce domaine également, la société japonaise Bridgestone Corporation a été désignée comme déposante d’une demande PCT concernant une semelle pour prothèses sportives, publiée en 2021. L’invention concerne une semelle destinée à être fixée sur la partie de la prothèse en contact avec le sol et comporte plusieurs rainures.

L’IA et l’avenir de l’innovation

Les prochains Jeux paralympiques se dérouleront à Los Angeles en 2028, tandis que les prochains Jeux paralympiques d’hiver auront lieu dans les Alpes françaises en 2030. Compte tenu du rythme de l’innovation, il est probable que nous assistions à l’apparition de nouvelles technologies qui amélioreront encore les performances lors de ces deux événements.

S’il est encore trop tôt pour prédire quelles seront ces technologies, l’intelligence artificielle (IA) y jouera très certainement un rôle clé. À Milan-Cortina, un médaillé du biathlon, l’Ukrainien Maksym Murashkovskyi, a déjà attribué son succès à ChatGPT, affirmant qu’il utilisait cet outil d’IA générative “comme psychologue, entraîneur et, parfois, médecin”.

L’IA pourrait favoriser l’innovation dans le domaine du parasport de bien d’autres manières. L’une d’elles, actuellement examinée en Australie par trois professeurs de l’Université du Queensland, porte sur la classification des athlètes selon leur handicap, afin de garantir l’égalité des chances et d’éviter que quiconque ne bénéficie d’un avantage indu.

“Nous utiliserons la vision par ordinateur pour analyser les mouvements effectués par des athlètes paralympiques au fil du temps afin d’entraîner le système et de créer une application”, ont-ils écrit dans un article de blog publié en 2024. “L’application permettra aux athlètes du monde entier de se filmer en pleine action, d’envoyer la vidéo et d’obtenir une évaluation précise et objective de leurs performances sportives. Cela renforcera la fiabilité de la classification et améliorera l’accès des athlètes vivant dans des zones rurales et isolées, ou dans des pays en développement.”

Les recherches actuellement menées dans les domaines de l’IA, des nouvelles technologies de la communication, des capteurs et des matériaux pourraient déboucher sur de nouvelles innovations révolutionnaires pour le parasport et au-delà. Il sera intéressant de voir comment cela se traduira lors des prochaines compétitions de parasport.