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Carbfix met au point une technologie de capture et de stockage du carbone qui transforme le CO2 en pierre

Paul Omondi, rédacteur indépendant

30 mars 2026

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Carbfix ne se contente pas de capturer le carbone. Elle l’enfouit de manière permanente dans la roche. Découvrez comment une stratégie de propriété intellectuelle a permis de transformer cette avancée en une solution climatique mondiale.

La crise climatique n’est pas seulement synonyme de catastrophisme. Elle ouvre également de nouvelles perspectives. L’Accord de Paris a mis en évidence le problème, en soulignant de manière claire l’urgence de la situation et en fixant des objectifs tels que des réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre et une transition rapide vers des systèmes à faible émission de carbone. Ces objectifs servent de feuille de route.

Dans notre minisérie intitulée “Innover pour créer un impact”, nous rencontrons trois petites et moyennes entreprises (PME) qui suivent cette feuille de route. Toutes finalistes de l’édition 2025 des Prix mondiaux de l’OMPI, ces entreprises montrent comment innovation et stratégie de propriété intellectuelle peuvent agir de concert pour déployer à grande échelle des technologies de lutte contre le changement climatique et créer des entreprises durables.

Nous avons récemment présenté Baniql, une entreprise spécialisée dans le nickel vert qui a intégré la propriété intellectuelle dans son plan de développement, ainsi que la société chinoise Carbon One, une start-up pionnière dans le domaine des batteries qui a déposé plus de 350 demandes de brevet. Nous nous tournons cette fois vers Reykjavik, en Islande, où une entreprise spécialisée dans la capture du carbone nous livre des enseignements sur la protection par brevet, les enregistrements de marques à l’échelle mondiale et bien plus encore.

Technologie de séquestration du carbone

Fondée au milieu des années 2000, Carbfix transforme le carbone capturé en pierre. Son procédé breveté imite une réaction naturelle qui prendrait normalement des millénaires, mais qui s’effectue en seulement deux ans grâce à elle. Carbfix capture le CO2 et le dissout dans l’eau, puis injecte la solution obtenue dans des formations rocheuses de basalte souterraines. Le CO2 réagit alors avec des minéraux tels que le calcium et le magnésium pour former une roche carbonatée solide.

“Une fois le CO2 injecté sous terre, il n’y a pratiquement aucun risque de fuite”, explique Edda Sif Pind Aradóttir, directrice générale de l’entreprise. “Il finit par se transformer en pierre, ce qui élimine la nécessité d’une surveillance à long terme.” À la différence du stockage conventionnel du carbone, qui peut nécessiter une surveillance pendant un siècle, le CO2 minéralisé de Carbfix est confiné de manière efficace et permanente.

Pour Carbfix, la protection de ses processus par la propriété intellectuelle était tout aussi importante que les innovations elles-mêmes. Il ne suffit pas de réaliser des percées technologiques, il faut aussi les protéger.

Des demandes de brevet déposées très tôt

À l’instar de Baniql et de Carbon One, la direction de Carbfix considère la propriété intellectuelle comme une source de valeur et adopte une stratégie axée sur les brevets, qui consiste à déposer des demandes rapidement et régulièrement. Carbfix a mis en place une politique mondiale en matière de propriété intellectuelle et un comité directeur interne qui se réunit pour identifier les inventions brevetables dès la phase de recherche-développement. À ce jour, l’entreprise détient huit familles de brevets couvrant ses processus clés. Un brevet clé couvrant le processus de dissolution du CO2 dans l’eau et de son injection dans la roche a été déposé dans plus de 30 pays, ce qui témoigne de l’importance mondiale de la technologie mise au point par l’entreprise. Carbfix a également été citée en tant que déposante dans quatre demandes selon le PCT entre 2020 et 2025.

De manière générale, Carbfix privilégie les brevets aux secrets d’affaires pour ses innovations les plus importantes. “Si nous gardions nos plus grandes avancées secrètes, nous prendrions le risque de subir des fuites”, explique Mme Aradóttir. “C’est la raison pour laquelle nous faisons breveter nos innovations les plus importantes. Même si cela implique de dévoiler des détails techniques, nous obtenons une protection juridique et des droits exclusifs.”

L’entreprise protège également sa marque par des enregistrements à l’échelle mondiale, ce qui est essentiel pour asseoir sa réputation d’acteur du secteur de la capture du carbone. Cela renforce également sa position auprès des investisseurs. “Les investisseurs nous interrogent souvent sur notre stratégie de propriété intellectuelle”, explique Bergur Sigfússon, responsable des systèmes chez Carbfix. “Un portefeuille de brevets solide témoigne de notre professionnalisme et de notre expertise.”

Enseignements sur la propriété intellectuelle pour les innovateurs

À l’instar de Baniql et de Carbon One, Carbfix a beaucoup à nous apprendre sur la manière dont les PME devraient appréhender la propriété intellectuelle, notamment en la considérant comme un investissement central et non comme une simple réflexion après coup.

“Protégez votre propriété intellectuelle sans attendre, conseille Gudmundur Reynaldsson, responsable de la propriété intellectuelle chez Carbfix. Les brevets et les marques confèrent de la valeur à votre entreprise et prouvent que vous détenez votre technologie. Non seulement ils préviennent les atteintes à vos droits, mais ils sont aussi un gage de crédibilité auprès des investisseurs.”

Une main tient un cristal de calcite translucide devant une lumière vive, révélant ses lignes internes et ses reflets.
Carbfix
La calcite, un minéral composé de carbone.

L’entreprise de Reykjavik a fait de la propriété intellectuelle le fondement de son développement, notamment en adaptant ses dépôts internationaux à ses marchés prioritaires, c’est-à-dire les régions dont la géologie se prête à ses processus. Cette approche ciblée permet à Carbfix de concilier protection et coûts.

Allier innovation et gestion stratégique de la propriété intellectuelle peut avoir un impact réel sur le climat, comme le démontrent Baniql, Carbon One et Carbfix.

“Nous ne pouvons pas attendre des millénaires que la nature séquestre notre carbone“, explique Aradóttir, “alors nous lui donnons un coup de pouce aujourd’hui”. Tel est l’état d’esprit qui unit ces entreprises, preuve que, avec la technologie appropriée et une stratégie de propriété intellectuelle solide, les start-up et les PME peuvent relever les défis climatiques et déployer rapidement des solutions à grande échelle.

L’entreprise présentée dans cet article figurait parmi les lauréates de l’édition 2025 des Prix mondiaux de l’OMPI. Sélectionnés parmi un nombre record de 780 candidats provenant de 95 pays, les 10 finalistes illustrent la manière dont la propriété intellectuelle peut être utilisée stratégiquement pour trouver des solutions à certains des plus grands défis mondiaux. L’appel à candidatures pour l’édition 2026 est ouvert jusqu’au 31 mars. Ce concours s’adresse aux PME, aux start-up et aux entreprises dérivées de la recherche universitaire qui tirent parti de la propriété intellectuelle pour créer de la valeur pour leur entreprise.