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“Dai Dai” : La chanson de Shakira et Burna Boy pour la Coupe du monde et ses droits de propriété intellectuelle

Nora Manthey, rédactrice, Magazine de l’OMPI

17 juin 2026

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Le titre “Dai Dai” de Shakira et Burna Boy est la chanson officielle de la Coupe du monde de football 2026, protégée par l’ensemble des droits de propriété intellectuelle, ce qui témoigne de son rayonnement mondial. Cette année, cependant, les redevances s’accompagnent d’une touche de générosité.

La chanteuse et compositrice Shakira, lauréate d’un Grammy Award, fait son retour sur la scène internationale avec “Dai Dai”, la chanson officielle de la Coupe du monde de football 2026. C’est la deuxième fois que la “reine de la Coupe du monde” compose pour ce tournoi. Son premier titre, “Waka Waka (This Time for Africa)”, créé pour l’édition 2010 en Afrique du Sud, figure parmi les chansons de Coupe du monde les plus écoutées en streaming de tous les temps. Bien qu’elle ne soit pas sans susciter la controverse – nous y reviendrons plus tard –, elle a totalisé plus d’un milliard d’écoutes rien que sur Spotify.

“Dai Dai”, la chanson du tournoi de cet été aux États-Unis, au Mexique et au Canada, tire son titre de l’italien. Cette expression, qui signifie “allez, allez”, sert à encourager quelqu’un à donner le meilleur de lui-même. Les paroles alternent entre l’anglais, l’espagnol, l’italien, le français et le japonais, et vont dans le même sens.

D’envergure internationale, “Dai Dai” illustre la complexité des droits de propriété intellectuelle dans le domaine musical dont bénéficie une chanson officielle de la Coupe du monde lorsqu’elle est diffusée en direct et à la télévision.

Droit d’auteur sur “Dai Dai”

Le premier droit applicable à “Dai Dai” est le droit d’auteur sur la composition, c’est-à-dire la musique et les paroles, qui appartient aux auteurs-compositeurs.

Pour un titre aussi célèbre, on pourrait s’attendre à ce que les crédits soient clairement établis. Mais une rapide recherche en ligne montre à quel point les métadonnées musicales peuvent être complexes, même au plus haut niveau.

Pour le titre “Dai Dai”, Shakira et l’auteur-compositeur-interprète nigérian Burna Boy sont crédités aux côtés d’un large éventail de coauteurs et de producteurs. D’après la fiche officielle sur Spotify, Burna Boy et Shakira sont mentionnés comme interprètes du morceau.

Selon les informations transmises à Sony Music Publishing (SMP), Burna Boy est également crédité en tant que coauteur à hauteur de 5% sous son nom complet, Damini Ebunoluwa Ogulu. SMP mentionne directement Shakira Mebarak, Ed Sheeran et Jon Bellion comme auteurs. Ahmed Saghir et Alexander “A.C.” Castillo Vasquez figurent également parmi les auteurs-compositeurs. Shakira et A.C. ont également assuré la production.

Outre le droit d’auteur, il y a l’enregistrement sonore ou le master, qui appartient généralement à la maison de disques qui l’a financé ou est contrôlé par celle-ci. “Dai Dai” a été diffusé par Sony Music Latin et Ace Entertainment le 15 mai 2026. La mention indique “2026 Ace Entertainment SARL, sous licence exclusive accordée à Sony Music Entertainment US Latin LLC”, ce qui signifie que Sony agit en tant que distributeur.

Diffusion en continu de “Dai Dai”

La chanson est disponible sur toutes les principales plateformes de diffusion en continu, qui relèvent du droit de mise à disposition, également dénommé droit de diffusion numérique, pour l’interprétation ou exécution publique de l’œuvre par diffusion en continu.

Le droit sur l’enregistrement original s’applique également ici, pour l’utilisation du morceau enregistré lui-même, tandis que le droit d’édition couvre la composition sous-jacente. Tout cela se traduit par des redevances pour les titulaires des droits, même si, comme nous le verrons, le cas de “Dai Dai” est un peu différent.

Sur l’Internet, les contenus générés par les utilisateurs ajoutent une dimension supplémentaire. Lorsque les fans intègrent la chanson dans leurs propres vidéos, les plateformes gèrent cela au moyen de ce qu’il convient de dénommer “droits d’exploitation secondaire”. Les systèmes d’identification de contenu et de concession de licences permettent de détecter l’utilisation d’un enregistrement ou d’une composition protégée et de reverser les recettes générées aux titulaires des droits, plutôt que de supprimer purement et simplement le contenu. Il s’agit d’un mécanisme destiné à transformer les utilisations informelles en recettes gérées.

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Getty Images/Robert Okine
Burna Boy se produit à la Scotiabank Arena le 17 décembre 2025 à Toronto.

Les chiffres des tournois précédents montrent pourquoi c’est important. “Waka Waka (This Time for Africa)” détient le record du monde Guinness de la chanson de la Coupe du monde de la FIFA la plus écoutée sur Spotify, totalisant plus de quatre milliards de vues rien que sur YouTube.

Ce succès n’a pas été sans susciter la polémique. Lorsque la FIFA a choisi la pop star colombienne Shakira pour enregistrer la chanson de la première Coupe du monde organisée sur le continent, cette décision a suscité des protestations réclamant une représentation africaine lors de la cérémonie d’ouverture. En réponse, la FIFA et l’équipe de Shakira ont fait appel au groupe sud-africain Freshly Ground pour participer à l’enregistrement et ont intégré des artistes locaux à la cérémonie.

“Waka Waka” a également fait l’objet d’accusations de plagiat, selon lesquelles son refrain aurait été repris de “Zangaléwa”, un tube des années 1980 du groupe camerounais Golden Sounds. Face au tollé général et à un éventuel litige en matière de droit d’auteur, Sony Music et l’équipe de Shakira ont négocié un accord à l’amiable avec les auteurs de “Zangaléwa”, qui ont alors été crédités en tant que coauteurs de “Waka Waka”.

Prestation en direct de Shakira et Burna Boy lors du tournoi

Les prestations en direct font naître des droits des artistes interprètes ou exécutants. Elles confèrent aux artistes le droit de contrôler si et comment une prestation est enregistrée, diffusée ou communiquée au public de toute autre manière. Shakira s’est déjà produite à deux reprises lors de cérémonies de clôture de la Coupe du monde, en interprétant “La La La” lors de l’édition 2014 au Brésil, et “Hips Don't Lie” en 2006 en Allemagne.

Pour un événement de ce type, les droits d’interprétation ou d’exécution (et tous les droits connexes) sont généralement gérés dans le cadre d’un accord conclu entre les artistes et l’organisateur – la FIFA en l’occurrence. Un tel accord définit ce que la FIFA est autorisée à faire avec la chanson et la prestation, et régit la rémunération des auteurs-compositeurs, des interprètes et de leurs représentants. Il s’agit de la dimension contractuelle, et du fondement des autorisations dont un organisateur a besoin pour mettre en scène et exploiter un spectacle de cette envergure.

Les organisations sportives dépendent fortement des recettes issues des droits de radiodiffusion et des droits relatifs aux médias.

En parlant d’envergure, Shakira devrait interpréter “Dai Dai” lors du tout premier spectacle de la mi-temps de la finale de la Coupe du monde de la FIFA, aux côtés de Madonna et de BTS, le 19 juillet 2026 au MetLife Stadium, dans le New Jersey. Alors qu’un tel spectacle pourrait facilement rapporter des cachets substantiels, Shakira et les autres stars se produiront à titre caritatif : des sources de Global Citizen, s’exprimant auprès du New York Times, choisissant plutôt d’offrir leur temps au Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation.

La FIFA n’a pas encore révélé le montant à hauteur duquel ces prestations offertes contribueront au Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation, qui vise à lever 100 millions de dollars É.-U. pour aider les enfants à accéder à l’éducation et au football.

Diffusion du spectacle de la mi-temps de la finale de la Coupe du monde

Lorsque le spectacle est diffusé en direct à la télévision, les droits de radiodiffusion et les droits relatifs aux médias entrent en jeu. Pour les interprétations et exécutions musicales, cela concerne les droits de plusieurs parties à la fois : les auteurs-compositeurs et les éditeurs pour la composition, le titulaire des droits de tout enregistrement utilisé, ainsi que les artistes interprètes ou exécutants eux-mêmes.

Les chaînes de télévision et les médias acquièrent ces droits auprès de la FIFA en tant que détentrice initiale de tous les droits découlant de la Coupe du monde, et versent souvent des sommes considérables pour obtenir le droit exclusif de diffuser en direct les grands événements sportifs.

Pour le tournoi de cette année, nous avons recensé 101 diffuseurs sur la liste officielle de la FIFA, allant de la Nouvelle-Zélande à la Norvège en passant par le Mexique.

Les organisations sportives comptent fortement sur les recettes générées par ces droits de radiodiffusion et droits relatifs aux médias et les réinvestissent dans des programmes destinés à soutenir les athlètes et le développement du sport au niveau local. La diffusion en continu illégale lèse donc non seulement les titulaires de droits, mais aussi les sportifs et les supporters, auxquels ces recettes sont destinées. Une étude estime que le piratage entraîne chaque année une perte de 28 milliards de dollars É.-U. à l’échelle mondiale.

Exploitation commerciale de “Dai Dai” par les sponsors de la FIFA

Au-delà de la diffusion télévisée, une chanson officielle de tournoi devient un atout commercial, et c’est là qu’intervient la mise en œuvre du parrainage. Il s’agit de la manière dont l’organisateur d’un événement concède ses actifs sous licence à des partenaires commerciaux – les sponsors officiels – afin qu’ils puissent élaborer des campagnes marketing autour du tournoi. La chanson cesse d’être une œuvre musicale autonome et s’intègre dans un écosystème de marque.

La campagne menée par Coca-Cola autour du titre “Wavin’ Flag” de K’naan en 2010 est l’exemple parfait d’une chanson utilisée sous licence dans une publicité internationale et qui, dans ce cas précis, est devenue l’hymne officieux de la Coupe du monde.

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Getty Images/Amin Mohammad Jamali
Shakira se produit lors de la cérémonie de clôture précédant la finale de la Coupe du monde de la FIFA 2014 au stade Maracanã de Rio de Janeiro, le 13 juillet 2014.

Pour les chansons officielles telles que “Dai Dai”, la FIFA obtient les autorisations nécessaires et gère la chaîne de concession de licences, permettant ainsi aux partenaires d’utiliser le morceau dans leur propre campagne.

Pour les titulaires de droits, il s’agit d’une licence supplémentaire et d’une nouvelle source de redevances; pour le sponsor, c’est un moyen de tirer parti de la charge émotionnelle du tournoi. Ce sont ces deux mêmes droits d’auteur sous-jacents, ceux découlant de la composition et de l’enregistrement, qui rendent possible chacune de ces licences accordées aux sponsors.

Utilisation de “Dai Dai” dans l’album officiel de la Coupe du Monde de la FIFA 2026™

“Dai Dai” figure également sur l’album officiel du tournoi, qui rassemble des titres d’artistes issus des pays hôtes. La reproduction d’une composition sur un enregistrement fait intervenir des droits mécaniques, tels que le droit de reproduire et de distribuer une œuvre musicale sous forme physique ou numérique. Une licence mécanique, ainsi que le versement des redevances correspondantes à l’éditeur et aux auteurs-compositeurs, sont requis chaque fois que la composition est reproduite de cette manière, que l’album soit vendu, diffusé en continu ou offert gratuitement.

Les redevances perçues par Shakira sur la chanson “Dai Dai” sont reversées au Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation.

L’identité visuelle de l’album mérite à elle seule qu’on s’y attarde. Le symbole ™ figurant dans l’intitulé “Album officiel de la Coupe du monde de la FIFA 2026™” indique que la FIFA fait valoir ses droits relatifs à la marque sur cette dénomination.

Redevances au profit du Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation

De nombreux moments dans la vie d’une chanson peuvent donner lieu au versement de redevances. Cette fois-ci, cependant, la destination est un peu différente.

Les redevances perçues par Shakira sur “Dai Dai” ont été reversées au Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation, tout comme son cachet. En outre, la chanteuse fait don à cette association caritative d’un dollar É.-U. pour chaque billet vendu lors de sa prochaine tournée “Las Mujeres Ya No Lloran”.

Dans son communiqué de presse, la FIFA a également annoncé que Sony Music “verserait un don équivalent aux premiers 250 000 dollars É.-U. collectés”. Cette initiative vise à collecter 100 millions de dollars É.-U. tout au long de la Coupe du monde de cette année afin de soutenir le programme “Football for Schools” de la FIFA dans plus de 200 pays.

“J’ai consacré ma vie à deux choses : composer des chansons et construire des écoles”, a déclaré Shakira dans le communiqué officiel. “Lors de la Coupe du monde de la FIFA, ces deux voies se rejoignent. Aux côtés de Madonna et de BTS, j’interpréterai “Dai Dai”, la chanson que j’ai composée pour cette Coupe du monde et pour les enfants du monde entier que nous aiderons grâce au Fonds mondial de la FIFA et Global Citizen pour l’éducation. J’espère que, sur la plus grande scène du monde, l’importance d’investir dans l’éducation des enfants retiendra toute l’attention!”

Pour plus d’articles sur le sport et la propriété intellectuelle, consultez l’édition spéciale du Magazine de l’OMPI. Pour en savoir plus sur la manière dont les artistes utilisent les marques pour protéger leurs créations, lisez cet article sur la stratégie de Taylor Swift en matière de marques.