Plus qu’un simple système de lecture

Nicholas Hoekstra, consultant en gestion de programmes à l’ABC, écrit sur l’importance du braille dans sa vie à l’occasion de la Journée mondiale du braille et du lancement de la Campagne mondiale pour l’alphabétisation en braille de l’ICEVI et de l’UMA.

Pour moi, le braille est plus qu’un simple système de lecture. C’est le symbole d’une vie indépendante. Ce sont les étiquettes sur les pots d’épices qui font la différence entre les aliments que ma famille veut manger... et ceux qu’elle ne veut pas. Cela me permet de lire des livres à ma fille de trois ans.

Un homme (à genoux) et une petite fille (debout) sont côte à côte devant un canapé. Sur le canapé se trouve un livre ouvert contenant du texte en braille et en caractères imprimés. L’homme lit le braille à la fille pendant qu’elle regarde le livre. Légende : “Nick, avec sa fille, lisant un livre en braille.”
Nick, avec sa fille, lisant un livre en braille. (Image : Marcela Paiva Veliz)  

J’ai perdu la vue en 1992, à l’âge de huit ans. Malheureusement, l’école près de chez moi à Comstock Park, dans le Michigan, n’avait pas d’enseignant capable de m’apprendre le braille. J’ai donc commencé ma troisième année à l’automne à l’école primaire Ken-o-Sha Park, une école inclusive située à environ trente minutes de chez moi.

À huit ans, j’avais littéralement passé toute ma vie à apprendre laborieusement à écrire. Désormais, j’allais devoir recommencer tout ce processus, cette fois-ci en utilisant le système de points en relief connu sous le nom de braille. Je n’oublierai jamais ma professeure, Mme Claysmith, qui me rappelait sans cesse de mettre une majuscule à mon nom en braille. Elle m’a enseigné bien plus que le braille. Elle m’a inculqué l’importance de l’éducation.

Nous mettons en majuscules les mots importants, et vous êtes important vous aussi. En tant que personne handicapée, le monde vous sous-estimera. Votre meilleur outil pour surmonter cela est l’éducation.

Mme Claysmith, enseignante en braille.

J’ai été placé dans ce qu’on appelait la “salle VIP” (pour “visually impaired persons”), avec trois autres élèves aveugles ou malvoyants. L’idée était que je puisse apprendre intensivement le braille pendant cette première année, tout en suivant des cours à l’oral avec les enseignants afin de ne pas prendre de retard dans les autres matières. La deuxième année, je resterais à Ken-o-Sha, mais je serais transféré dans une classe ordinaire où j’étudierais aux côtés d’élèves voyants tout en continuant à bénéficier d’un soutien en braille pour les mathématiques lorsque ce serait nécessaire. Au bout de trois ans, je suis retourné chez moi à Comstock Park pour fréquenter le collège local, j’étais intégré et en bonne voie pour réussir mes études.

Les paroles de Mme Claysmith m’ont accompagné pendant des dizaines d’années. Je me suis souvenu de sa voix lorsque je suis entré à la Harvard Graduate School of Education pour commencer mon master en politique internationale de l’éducation. Je l’entends encore aujourd’hui alors que je termine mon doctorat en éducation spécialisée à l’Université du Kansas.

Pendant des années, j’ai cru que la salle “VIP” de l’école primaire Ken-o-Sha Park était celle des “Very Important Persons” (personnes très importantes). En fait, je continue de le croire. Les enseignants qui m’ont appris le braille ont joué un rôle très important et ils considéraient tous leurs élèves de la même manière.

Plusieurs petits pots à épices sont empilés en pyramide sur une plaque de cuisson. Chaque pot est muni d’une étiquette en braille indiquant le nom de l’épice.
Plusieurs pots à épices avec des étiquettes en braille. (Image : Marcela Paiva Veliz)  

Alors que le braille était auparavant lié à mon éducation personnelle, il joue désormais également un rôle dans la manière dont j’éduque ma famille. Le braille me permet de partager des histoires, des rires et des souvenirs. Rien ne pourrait jamais remplacer le plaisir que j’ai à lire un livre à ma fille : inventer des voix rigolotes ou changer les noms pour qu’ils lui correspondent.

Alors que nous célébrons l’anniversaire de la naissance de Louis Braille à l’occasion de la Journée mondiale du braille, je suis reconnaissant que l’on m’ait encouragé à apprendre le braille quand j’étais enfant. Je suis tout aussi reconnaissant de pouvoir désormais contribuer aux activités du Consortium pour des livres accessibles. Grâce aux projets de formation et d’assistance technique de l’ABC, j’ai le privilège d’aider des organisations du monde entier à produire des livres accessibles et à renforcer leurs capacités à servir les apprenants aveugles et malvoyants. À bien des égards, c’est la perpétuation de ce que mes professeurs m’ont transmis : la conviction qu’avec les bons outils, chaque enfant peut apprendre, participer et imaginer un avenir plein de possibilités.

Campagne mondiale pour l’alphabétisation en braille ICEVI – UMA

À l’occasion de la Journée mondiale du braille, le Conseil international pour l’éducation des déficients visuels (ICEVI) et l’Union mondiale des aveugles (UMA) ont lancé la Campagne mondiale pour l’alphabétisation en braille, soulignant que le braille est le fondement de l’alphabétisation, de l’indépendance et de la pleine participation à la société. La campagne vise à renforcer l’engagement mondial en faveur du braille :

  • en soulignant son importance constante à l’ère numérique;
  • en encourageant la collaboration entre les pays et les régions;
  • en amplifiant la voix des utilisateurs du braille à travers le monde, en encourageant les enseignants à apprendre et à enseigner le braille.

L’action de l’ABC en faveur de l’enseignement du braille

 L’ABC agit en faveur du braille dans le cadre de ses trois principaux axes d’activité :

  • Renforcement des capacités : l’ABC dispense des formations et fournit un financement à des organismes situés dans des pays à faible revenu aux fins de la publication de livres en braille en relief ou de livres accessibles sous forme numérique pouvant être lus à l’aide de plages braille.
  • Service mondial d’échange de livres de l’ABC : ce catalogue mondial de livres répertorie plus d’un million de titres en format accessible pouvant faire l’objet d’échanges transfrontières dans le cadre du Traité de Marrakech. Ce service compte plus de 118 000 titres en braille, y compris 17 000 partitions de musique en braille.
  • Publication accessible – L’ABC encourage les éditeurs à adopter des pratiques de production en format accessible “natif”, notamment la production de livres dans le format accessible Epub3, afin que leurs publications puissent être lues par des personnes aveugles ou ayant une déficience visuelle grâce à des technologies d’assistance, comme des plages braille.

À propos de l’OMPI

L’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) est l’instance mondiale chargée des politiques, des services, de l’information et de la coopération en matière de propriété intellectuelle. En tant qu’institution spécialisée des Nations Unies, l’OMPI aide ses 193 États membres à mettre en place un cadre juridique international de la propriété intellectuelle qui soit équilibré et en accord avec l’évolution des besoins de la société. Elle fournit des services aux entreprises qui souhaitent obtenir des droits de propriété intellectuelle dans plusieurs pays ou régler des litiges. Elle propose des programmes de renforcement des capacités pour aider les pays en développement à tirer profit de l’utilisation de la propriété intellectuelle. Elle offre également un accès gratuit à des bases de données uniques contenant des informations dans le domaine de la propriété intellectuelle.


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ABC – Consortium pour des livres accessibles

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