World Intellectual Property Organization

Un guide des amateurs de thé pour gravir les sommets de la propriété intellectuelle

Contexte


Bien au-dessus de Katmandou et des plaines pittoresques du Teraï, dans les basses terres de la chaîne himalayenne, Guranse est un cultivateur, producteur et exportateur de fins camellia sinensis (photographie), une plante utilisée pour fabriquer du thé (Photo : Brent Miller)

Situé dans les hautes terres brumeuses du district de Dhankuta de la partie orientale du Népal, la Guranse Tea Estate Pvt. Ltd (Guranse) a été fondée en 1999 par les Vaidyas, une famille d’industriels. Bien au-dessus de Katmandou, la capitale du Népal, et des plaines pittoresques du Teraï, dans les basses terres de la chaîne himalayenne, Guranse est un cultivateur, producteur et exportateur de fins “camellia sinensis” (une espèce de plante dont les feuilles et les bourgeons sont utilisés pour fabriquer du thé).

Avec le soutien de la famille Vaidya, de plus de 600 agriculteurs locaux, du Gouvernement népalais et de partenaires internationaux, le producteur a pu se faire une réputation fondée sur la qualité, pénétrer le marché international et concurrencer avec succès les fabricants de thé bien établis du monde entier.

Par la suite, Guranse a amélioré les revenus et le niveau de vie des agriculteurs en commercialisant ses thés aromatiques de qualité supérieure auprès d’une clientèle internationale en Allemagne, au Japon et aux États-Unis d’Amérique.

Recherche-développement

Constituée et financée en tant que filiale de l’Organisation de Vaidya des industries et des maisons de commerce (Vaidya’s Organization of Industries and Trading Houses, VOITH), une société d’investissement au Népal, le domaine de Guranse a gagné la réputation de cultiver le meilleur “thé orthodoxe népalais” ou thé orthodoxe.

Le thé orthodoxe est une variété de thé de qualité supérieure fabriquée en associant deux fines feuilles cueillies à un bourgeon (contrairement au thé CTC ou broyage, déchiquetage, bouclage, un procédé en trois phases à partir duquel une machine fabrique du thé dont dérive son nom).

La plantation de thé Guranse est composée de jeunes théiers biologiques clonaux éclatants (par le biais d’une méthode sélective de reproduction des plantes à des fins d’obtention de qualités particulières comme la feuille dorée effilée), qui ont été cultivés après de nombreuses années de recherche-développement (R-D) en collaboration avec différentes organisations, dont le Specialty Tea Institute (STI).

Le STI, dont Guranse est membre, est une division de la Tea Association of the USA, Inc., un organisme de conseil et d’accréditation en matière de thé établi dans l’État de New York, aux États-Unis d’Amérique.


Les plantations de Guranse sont situées à une altitude comprise entre 1000 m et 2200 m au-dessus du niveau de la mer, dans la partie orientale de la région de Dhankuta, ce qui en fait l’une des plus hautes plantations de thé au monde (Photo : Mike Behnken)

En effet, avec l’appui de la VOITH, du STI et d’autres partenaires, Guranse a pu élever ses plantations et ses usines à un niveau de qualité internationalement reconnu, tout en garantissant les compétences et l’avenir économique de ses dirigeants et agriculteurs.

L’un des premiers développements des dirigeants de Guranse a été la création d’une usine de thé ultramoderne en 2003. Située à Jabire, à 18 kilomètres (km) de la ville d’Ilam (une région vallonnée de l’est du Népal), la Mai-Ilam Guranse Tea Estate Industries Pvt. Ltd (Mai-Ilam Guranse) avait la capacité de produire 1200 kilogrammes (kg) de thé par an.

Conçue par un expert en fabrication de thé fort d’une très grande expérience des salons de thé de renom de l’Inde voisine, l’usine spacieuse dédiée est la quintessence de la précision et de l’efficacité.

Propre et parfaitement organisée (les camions de livraison doivent passer par un gué d’assainissement pour nettoyer leurs pneus, tandis que visiteurs et travailleurs doivent porter des chaussures de protection avant d’entrer), l’usine est au cœur du processus de production de thé de Guranse.

Produits d’origine géographique spécifique

La culture du thé au Népal prend ses racines au XIXe siècle dans les pratiques agricoles et cultures provenant de pays voisins comme l’Inde et la Chine. Outre sa longue tradition agricole, la géographie du pays et son climat ont constitué des facteurs importants qui confèrent au thé népalais un goût et un arôme particuliers.

Abrité dans l’Himalaya et certaines des plus hautes montagnes au monde, dont une partie du mont Everest (Sagarmatha en népali), le Népal se compose généralement de trois régions géographiques : les montagnes, les collines (représentant 70% du pays) et les plaines. Le pays présente différentes caractéristiques en termes de socle rocheux, de géologie, de climat et d’hydrologie. De plus, 20% seulement des terres du pays, situées essentiellement dans les plaines et les collines des districts d’Ilam, de Taplejung, de Panchtar et de Dhankuta sont arables.

Bien que les collines orientales soient souvent accidentées et requièrent une forte irrigation et d’importants travaux de terrassement, 10% des terres de cette région représentent certains des sols arables les plus fertiles et riches en pluie du pays. Le district d’Ilam, par exemple, bénéficie en moyenne de 1500 millimètres (mm) à 1800 mm de précipitations annuelles.


Outre sa longue tradition de culture du thé, la géographie du pays et son climat ont constitué des facteurs importants qui confèrent au thé népalais un goût et un arôme particuliers. Mont Everest (photographie) au Népal (Photo : James C. Farmer)

Les plantations de Guranse sont situées à une altitude comprise entre 1000 m et 2200 m au-dessus du niveau de la mer, dans des espaces pittoresques s’étendant sur 290 hectares (940 acres), dans la partie orientale de la région de Dhankuta, ce qui en fait l’une des plus hautes plantations de thé au monde. La propriété est idéalement située pour la production de thé et donne un thé aux riches arômes de “muscat” (nom issu du cépage de raisin dont le parfum rappelle certains types de thé) aux excellents arômes et au goût unique.

Ces goûts reposent en outre sur plusieurs facteurs locaux : les conditions climatiques particulièrement chaudes et humides; l’acidité particulière des sols entourant la chaîne de l’Himalaya; les techniques des milieux de fermentation pour le traitement des feuilles (qui transforment les feuilles vertes en feuilles de thé noires); enfin, la décision stratégique du dirigeant de la propriété de planter d’éclatants théiers biologiques d’origine chinoise (ou camellia sinensis, contrairement aux théiers d’origine indienne ou camellia assamica).

Ces plantes sont cultivées dans une pépinière pendant un an avant d’être transplantées dans des plantations où elles sont alors pleinement exposées au climat népalais et au sol riche en humidité et nutriments. En effet, le climat de la chaîne de l’Himalaya – une variable qui affecte directement le goût des thés Guranse – est l’un des aspects les plus importants de la région. L’année se divise en une saison sèche (d’octobre à mai) et une saison humide (de juin à septembre) avec des températures qui vont de -2 °C à haute altitude en janvier à 40 °C en mai dans le Teraï.

Ce climat unique offre quatre principales saisons (ou “poussées”) de l’année qui sont idéales pour la production de thés de qualité supérieure. La récolte du thé à la propriété commence par conséquent en mars (appelé poussée de printemps), se poursuit en juin (poussée d’été), en août (poussée de mousson) et culmine en novembre (poussée d’automne) de chaque année.

Chaque récolte saisonnière produit un thé aux arômes distincts. Les feuilles récoltées lors de la première poussée sont jeunes et produisent un thé clair d’un muscat intense au goût tranché. Le thé de la deuxième poussée est plus mature et donne un arôme vif et harmonieux de muscat. Les thés récoltés à la mousson donnent un thé aux teintes brunes et aux arômes intenses. Enfin, les thés d’automne, qui sont récoltés uniquement si le temps le permet, donnent généralement un goût plein et cuivré.

Le thé népalais doit sa renommée à trois sortes de thé de qualité supérieure : 1) le thé vert fabriqué uniquement à partir des feuilles de camellia sinensis (dont la fermentation et l’oxydation sont minimales); 2) le thé blanc fabriqué à partir des jeunes bourgeons et feuilles de camellia sinensis (que l’on fait blanchir à la lumière naturelle et qui est ensuite traité pour empêcher l’oxydation ou la poursuite de la fermentation); et 3) le thé noir, généralement fabriqué à partir du camellia sinensis (qui subit une oxydation complète et est par conséquent plus fort que les autres thés et contient plus de caféine).

Indication géographique

La certification de l’indication géographie a été utilisée par les gouvernements et le secteur agroalimentaire pour établir une solide réputation, caractéristique et commercialisable pour certains producteurs et leurs produits en fonction de leur emplacement géographique ou de la tradition agricole. Avec 86% de ses 30 millions d’habitants vivant en milieu rural (estimations de 2009, Département d’État américain) et l’agriculture qui fournit 34% du PIB, le Gouvernement du Népal et le secteur agroalimentaire ont cherché des manières de promouvoir le développement rural et de réduire la pauvreté rurale dans le pays (55% des Népalais vivent en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar É.-U. par jour).


Depuis le début des années 2000, les plantations de thé au Népal se sont organisées en coopératives comprenant l’Association des producteurs de thé himalayens qui a été fondée par Guranse et d’autres agriculteurs des coteaux (Photo : Romain Guy)

Afin d’établir une indication géographique pour le thé népalais, le Gouvernement du Népal a travaillé avec les cultivateurs et les producteurs de thé du pays ainsi qu’avec des partenaires internationaux de trois manières : 1) pour incorporer les coopératives d’agriculteurs; 2) pour élaborer la législation nationale nécessaire pour reconnaître les indications géographiques et d’autres droits de propriété intellectuelle; 3) enfin, pour établir des organismes régissant le thé dont l’objectif consiste à soutenir les cultivateurs de thé.

Depuis le début des années 2000, les plantations de thé au Népal se sont organisées en coopératives comprenant l’Association des producteurs de thé himalayens (HOTPA, qui a été fondée par Guranse et d’autres agriculteurs des coteaux). Travaillant avec l’HOTPA et d’autres organisations, le Gouvernement népalais a conçu, en 2010, une stratégie de développement à long terme intitulée Stratégie d’intégration commerciale du Népal (NTIS). Une partie de l’initiative NTIS tenait à la nécessité de créer un environnement de propriété intellectuelle approprié afin de faciliter les progrès économiques.

Selon le gouvernement, les lois reconnaissant les indications géographiques pour le thé devaient être promulguées (d’ici 2012) et les lois en matière de propriété intellectuelle au sein du pays devaient être modifiées pour prendre en considération les autres droits de propriété intellectuelle et les cadres afférents, y compris les marques collectives et marques de certification, les savoirs traditionnels, l’établissement de bases de données pour les droits de propriété intellectuelle, des incitations fiscales visant à encourager les entreprises népalaises à adopter des droits de propriété intellectuelle et instituer un organisme en charge de l’application de la propriété intellectuelle.

Motivées par l’initiative NTIS, les sociétés du Népal ont adopté diverses certifications industrielles, comme celles de l’Organisation internationale de normalisation (ISO), une norme dominante du secteur afin de garantir la qualité et la sécurité du produit et de la procédure. D’autres normes industrielles qui sont en train de devenir populaires dans le pays comprennent l’analyse des risques aux points critiques (HACCP), un système de sécurité alimentaire reposant sur l’analyse des dangers biologiques, chimiques et physiques à tous les stades du processus de production et d’approvisionnement ainsi que les pratiques agricoles recommandées (GAP), une structure définie localement et reconnue au niveau international pour ses pratiques de sécurité dans la production agricole.

Guranse a incorporé ces marques de certification et normes internationales dans son processus de culture du thé. Ce faisant, les producteurs de thé ont codifié les pratiques agricoles et se sont assurés que leur exploitation était adaptée à l’objet et prête pour une certification d’indication géographique.

Depuis 2012, les producteurs de thé du pays, dont Guranse, attendent l’adoption d’une indication géographique pour le thé népalais. Grâce à l’enregistrement d’une indication géographique, Guranse et d’autres producteurs seront en mesure d’entrer dans une nouvelle ère du professionnalisme et d’assurer un service à valeur ajoutée. Dans le même temps, ils seront en mesure de distinguer leurs produits de ceux de leurs concurrents, de pénétrer en toute confiance le marché international avec des produits de qualité et d’améliorer le savoir-faire agricole, la qualité et le niveau de vie des producteurs de thé dans le pays.

Gestion de marques et commercialisation


Les cultivateurs de thé népalais ont pris conscience des avantages liés à la création d’une stratégie d’image de marque qui peut être exploitée pour s’introduire sur un marché mondial du thé hautement concurrentiel (Photo : Powerhouse Museum/Jean-Francois Lanzarone)

Après des années de négligence, les cultivateurs de thé népalais ont pris conscience des avantages liés à la création d’une stratégie d’image de marque qui peut être exploitée pour s’introduire sur un marché mondial du thé hautement concurrentiel et économiquement volatil. En 2003, par exemple, les représentants de Guranse ont participé à un symposium du STI, la quinzième conférence et exposition annuelle (le symposium), organisé conjointement avec la Specialty Coffee Association of America. Le symposium a proposé des séminaires sur le “thé de spécialité” en tant que catégorie de thé unique offrant un créneau potentiel pour les agriculteurs népalais. La manifestation proposait également des programmes de formation auxquels Guranse a participé et qui couvraient les fondamentaux quant à la manière d’obtenir, de préparer et de commercialiser un thé de spécialité.

En outre, pendant leur séjour aux États-Unis d’Amérique, les représentants de Guranse ont pu visiter plusieurs entreprises, dont des salons de thé et des cafés, des acheteurs de chaînes de magasins de thé, des magasins gastronomiques et d’autres organisations de services alimentaires. Grâce à de telles manifestations, la plantation de thé a pu définir sa stratégie de développement de produits, acquérir une solide compréhension de ses clients et consommateurs potentiels et ouvrir la voie à la croissance à venir.

Pour atteindre de nouveaux marchés et gagner de nouveaux clients, Guranse s’est concentrée sur une production de thé de qualité. Contrairement à de nombreuses autres plantations, les agriculteurs de Guranse cueillent leurs thés avec soin et de manière précise (en récoltant uniquement le bourgeon ainsi que la deuxième et la troisième feuilles, d’où un thé orthodoxe de qualité supérieure), ce qui donne un goût supérieur par rapport à des thés cueillis autrement (où le bourgeon et plus de deux feuilles sont cueillis à la hâte, donnant des thés de basse qualité).

De plus, l’HOTPA et d’autres coopératives de thé népalaises ont uni leurs efforts avec des personnalités de renom international et d’autres partenaires afin de créer et commercialiser une nouvelle marque intitulée “Nepal Tea: Quality from the Himalayas”. En travaillant avec de célèbres montagnards qui ont joué le rôle d’ambassadeurs de la marque (notamment l’alpiniste italien, Reinhold Messner, qui a notoirement escaladé tous les plus hauts sommets du Népal), l’HOTPA et ses partenaires (comme la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, GIZ, une organisation pour le développement international établie en Allemagne) ont créé une réputation respectée à l’échelle internationale pour la qualité du “Nepal Tea”.

En partie en raison de cette collaboration, “les investisseurs allemands sont curieux de visiter les plantations népalaises et plus d’une douzaine d’entre eux visiteront Ilam […] afin d’examiner le potentiel du thé népalais”, a déclaré Arun Rana, un consultant de GIZ.

De plus, en travaillant entre autres avec une organisation allemande, des producteurs de thé népalais, dont Guranse, ont créé une marque distincte appelée “Nepali Orthodox Tea”, une marque de qualité supérieure qui a été développée avec le marché international pour principale cible.

En outre, en 2005, l’HOTPA a pu accroître l’image de marque de ses membres en établissant un code de conduite pour ses producteurs de thé, en collaboration avec des partenaires internationaux comme l’Agence japonaise de coopération internationale, une agence de développement international établie au Japon.

Afin d’intégrer le code de conduite, la coopérative a également travaillé avec Winrock International (Winrock), une organisation de régénération à but non lucratif basée aux États-Unis d’Amérique, Helvetas, une organisation de développement établie dans la Confédération suisse et des organisations locales, dont Nepal Tree Crop Global Development Alliance (Alliance pour le développement mondial de la culture arbustive népalaise), une entité fondée en 2003 par le Gouvernement népalais afin d’élaborer des politiques relatives au thé dans le pays.


Afin d’attirer des clients et de favoriser la commercialisation, Guranse et d’autres organisations du Népal ont incorporé des marques de certification et des normes internationales dans leurs entreprises (Photo : Yasunari Nakamura)

Le code de conduite de l’HOTPA compte quatre principes essentiels : 1) le respect de la nature (ceci oblige les membres à préserver la biodiversité); 2) le respect des personnes (qui interdisait le travail des enfants ou la discrimination liée au sexe); 3) le respect du système de production (qui exigeait des agriculteurs qu’ils se conforment à des procédures de production approuvées au niveau national et international); et 4) l’engagement qualité (qui pousse les producteurs à une qualité constante).

Parmi les nombreuses innovations positives du code de conduite figurait la nécessité de proposer des formations aux agriculteurs. Comme un porte-parole de Guranse l’a déclaré, “nous avons compris que la qualité pourrait être meilleure, mais les agriculteurs manquaient de connaissances. Nous avons choisi des agriculteurs originaires de sept régions productrices de thé et leur avons fait suivre une formation rigoureuse. Quand ils sont revenus, ils ont formé 10 agriculteurs supplémentaires de leur village et l’effet multiplicateur a été très important.”

Le code de conduite contenait également une exigence d’éradication de l’inégalité entre les sexes parmi les agriculteurs. Bien que les ouvrières au Népal soient traditionnellement moins payées que les hommes pour des postes similaires (le salaire minimum pour des travailleurs hommes au Népal varie entre 100 et 150 roupies népalaises (Rs) et 80 Rs pour les femmes, en 2006), le code de conduite visait à améliorer le statut des femmes dans les communautés rurales népalaises en les plaçant sur un pied d’égalité salariale avec les hommes.

Adopter un code de conduite a insufflé un élan à la prospérité des producteurs de thé népalais par d’autres moyens. Outre la mise en œuvre de normes de certification industrielles, une exigence du code de conduite, les plantations de thé du pays se sont qualifiées elles-mêmes d’organisations modernes parfaitement adaptées à leurs objectifs. L’usine Mai-Ilam de Guranse, par exemple, est certifiée ISO 9000:2000 (depuis 2001) par TUV Rheinland, une organisation indépendante établie en Allemagne qui certifie les produits, les équipements et les procédés.

La propriété de Guranse est de plus l’une des rares plantations au Népal qui soit certifiée pour ses produits biologiques par plusieurs organisations, dont la National Association for Sustainable Agriculture (Association nationale pour l’agriculture durable), un organisme de certification biologique établi en Australie.

Avec des normes internationales au cœur de sa production et de ses procédures de traitement, Guranse et d’autres producteurs de thé au Népal récoltent les bénéfices financiers, qui comprennent le développement d’un flux de revenus complètement nouveau.

Relativement distinct des revenus découlant directement de la commercialisation du thé, le tourisme du thé est devenu un générateur de revenus potentiellement considérable pour les dirigeants et agriculteurs spécialisés dans le thé népalais et un contributeur majeur à la réussite de la stratégie de marque liée au thé et du développement économique rural au Népal. En utilisant les modèles de tourisme du thé fructueusement mis en place par d’autres régions comme le Darjeeling (en Inde), à titre de source d’inspiration, le responsable du tourisme du thé à Guranse, M. KC Santosh a déclaré : “si nous créons la bonne atmosphère, nous pouvons faire cinq Darjeelings à Dhankuta et attirer en même temps des acheteurs et des touristes”.


Guranse est membre de l’initiative du Pacte mondial, un cadre politique qui appelle les entreprises à aligner leurs opérations sur plusieurs principes touchant notamment les droits de l’homme (Photo : Pradeep Jeganathan)

L’introduction du code de conduite a donc constitué un tournant pour de nombreux cultivateurs de thé au Népal. Il a su ouvrir une nouvelle ère du professionnalisme et insuffler un but à un secteur qui avait été négligé pendant de nombreuses années, en raison, en partie, d’une instabilité politique et socioéconomique dans le pays.

La plantation de thé de Guranse, pendant ce temps, a créé et commercialisé ses propres marques de thé qui sont fabriquées dans des fûts en bois de 35 à 40 kg ou, sur demande, dans des conditionnements plus petits. Il existe plusieurs types de thé disponibles chez le producteur, dont : échantillon témoin – Black Tea (TGBoP); Super Fine Tippy Golden Flowery Orange Pekoe (SFTGFOP); Golden Orange Fannings Type Sample (TGOF Fanning); et échantillon témoin – Black Tea (PD-Bust).

Depuis 2012, un afflux de touristes a déjà visité les plantations de thé du Népal où ils peuvent séjourner dans des chalets spécialement prévus à cet effet ou chez les agriculteurs eux-mêmes, savourer le thé et explorer les environs. Au cours de cette même année, le thé du Népal, le thé orthodoxe népalais (ou thé orthodoxe) et d’autres marques de thé provenant du pays ont été commercialisés dans des salons commerciaux spécialisés dans le thé ou exportés vers un réseau de distributeurs et de vendeurs de détail en plein essor dans plusieurs pays, comme l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, le Danemark, les États-Unis d’Amérique, la France, l’Inde, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, la Chine et le Royaume-Uni.

Environnement

Le Gouvernement népalais, ses producteurs de thés et ses partenaires internationaux ont accordé la priorité aux préoccupations environnementales, en s’assurant que ces questions soient gravées dans la structure de la stratégie de développement du pays. Guranse, par exemple, est membre de l’initiative inspirée par les Nations Unies “Pacte mondial”, un cadre politique qui appelle les entreprises du monde entier à aligner leurs opérations sur 10 principes universellement acceptés concernant les droits de l’homme et les pratiques en matière d’environnement, de travail et de lutte contre la corruption.

Découlant de traités acceptés à l’échelle internationale, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme, les principes du Pacte mondial comprennent l’injonction que les entreprises ne soient pas complices de violations des droits de l’homme et que les organisations devraient encourager l’utilisation de technologies respectueuses de l’environnement.

Dans une lettre de 2009 (“Déclaration pour un soutien permanent du Pacte mondial”) adressée au Comité du Pacte mondial, le président de Guranse, M. Suraj Vaidya, a déclaré : “Nous nous engageons à intégrer le Pacte mondial et ses principes à la stratégie, à la culture, au fonctionnement quotidien de notre société et nous engageons à affirmer clairement cet engagement, à la fois auprès de nos employés, partenaires, clients et du grand public”.

À cette fin, Guranse a recherché des moyens de mettre en œuvre tous les éléments du Pacte mondial dans le code de conduite dans le cadre d’un processus étape par étape. Pour atteindre son objectif d’éradication du travail des enfants, par exemple, Guranse a financé l’embauche de deux enseignants locaux et la rénovation de l’école locale dans un effort visant à garantir que les enfants de la région puissent aller à l’école au lieu de rester chez eux ou d’être employés dans des plantations de thé pour travailler avec leurs parents. En acquérant une éducation élémentaire (plutôt qu’en travaillant), les perspectives d’avenir de ces enfants (telles que poursuivre des études supérieures ou rechercher des occupations autres qu’un travail manuel) seront ouvertes.

De plus, Guranse s’engage à mettre en œuvre des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement (comme indiqué dans son code de conduite). À cette fin, la société a, en 2009, utilisé du fumier purement biologique comme engrais (évitant ainsi le recours aux pesticides et aux engrais chimiques) et créé un microclimat sur l’exploitation agricole en plantant des arbres d’ombrage, des haies brise-vent et en créant des allées arborées. Ces trois dernières mesures garantissent le développement des théiers tout en protégeant le reste de la flore et de la faune dans la région, y compris les animaux sauvages, plantes et insectes locaux.

En recourant aux engrais biologiques, Guranse a en outre pu préserver la teneur en nitrates et en azote des sols, maintenant ainsi un environnement durable pour la culture du thé. De plus, la dégradation des terres et l’érosion des sols ont été un problème au Népal (en particulier pour les agriculteurs des coteaux, mais également pour les habitants des plaines) qui a laissé certains travailleurs ruraux vulnérables aux dangers dus à l’intervention de l’homme (comme le déclin des nutriments des sols) et aux catastrophes naturelles (dont les coulées de boues et les inondations).

En encourageant la culture du thé et en l’instituant comme une activité alternative et économiquement viable (en comparaison avec l’élevage qui exerce une pression sur l’environnement), la migration rurale a été mieux gérée et les communautés des coteaux et leurs terres ont bénéficié de moyens durables sur le plan environnemental pour gagner leur vie. Grâce à la croissance observée dans l’agriculture du thé, “[les agriculteurs népalais] pourraient compléter les cultures locales, comme la pomme de terre et le maïs, avec celle du thé” a déclaré le concepteur en chef de l’exploitation Mai-Ilam de Guranse.

Résultats de l’entreprise

La culture du thé au Népal a parcouru un long chemin depuis que des efforts concertés et stratégiques ont commencé à être déployés en vue de son développement au début des années 2000 par le gouvernement et les producteurs du pays, en collaboration avec les partenaires internationaux.


Pour atteindre son objectif d’éradication du travail des enfants, Guranse a financé l’embauche de deux enseignants locaux et la rénovation de l’école locale (Photo : Simone D. McCourtie/Banque mondiale)

Grâce à des campagnes internationales de gestion de marques et de commercialisation, le thé du Népal et le thé orthodoxe népalais sont devenus des marques de qualité supérieure réputées se vendant au détail à 10 000 roupies népalaises le kilo, leur plus haut prix enregistré.

Au total, le pays produit 11,7 millions de kilos de thé chaque année provenant de propriétés employant 40 000 personnes plantant plus de 15 000 hectares. Sur ce total, le thé orthodoxe représente près de 2 millions de kilos (le reste étant du thé CTC) et 70% de ce thé de qualité supérieure est exporté en Inde, en France, en Allemagne et aux États-Unis d’Amérique.

Les touristes du thé de la Chine, du Japon, de Sri Lanka, de la Suisse et des États-Unis d’Amérique ont par ailleurs visité plusieurs plantations au Népal où ils ont interagi avec les agriculteurs et stimulé l’économie locale.

Pendant ce temps, Guranse a vu sa production s’accroître (la plantation a produit 1,5 million de kilos de thé en 2010), son influence internationale se renforcer (la société a participé à plusieurs salons commerciaux, dont la Coupe du monde du café et du thé en Allemagne) et ses profits augmenter pour atteindre les 10 millions de roupies népalaises (142 000 dollars É.-U.).

Étant donné que l’usine Mai-Ilam de Guranse dispose de son propre centre de commerce, les agriculteurs ont pu vendre leur thé et d’autres récoltes sur site à un prix stable, non affecté par la volatilité des prix et l’incertitude des années passées.

Gravir les sommets d’une montagne de thé

Après avoir passé plusieurs décennies dans l’ombre des célèbres plantations de thé de l’Inde et d’autres pays, le secteur du thé népalais est parvenu à entrer dans une autre ère. Grâce à une stratégie de marque et de commercialisation qui comprenait une sensibilisation et une utilisation accrues des ressources humaines et naturelles, le secteur a travaillé en collaboration avec le gouvernement et des organisations internationales pour jeter les fondements d’un cadre de propriété intellectuelle exhaustif et d’une stratégie de promotion (du thé).

Les premiers défenseurs de cette approche, dont le domaine des thés Guranse, profitent déjà des avantages de processus de production gérés avec professionnalisme, employant des équipements à la pointe de la technique et s’appuyant sur des agriculteurs et des dirigeants enthousiastes. Le thé népalais arrive à maturité et commence à se poser en concurrent non négligeable sur le marché international grâce à des produits de qualité, à la rémunération équitable des producteurs, sur la base d’un cadre de propriété intellectuelle en rapide évolution.

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